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Patrick Leigh Fermor : l’écrivain voyageur qui a inspiré James Bond
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Vent d'ailleurs

Patrick Leigh Fermor : l’écrivain voyageur qui a inspiré James Bond

Pauline de Préval nous entretient toutes les deux semaines de ses pérégrinations parmi les meilleurs auteurs de littérature étrangère.

Pauline de Préval

Pauline de Préval

Pauline de Préval est journaliste et réalisatrice. Auteure en janvier 2012 de Jeanne d’Arc, la sainteté casquée, aux éditions du Seuil, elle a publié en septembre 2015 Une saison au Thoronet, carnets spirituels.

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« Si Peau d’Âne m’était conté, / J’y prendrais un plaisir extrême. / Le monde est vieux, dit-on, je le crois ; cependant / Il le faut amuser encor comme un enfant ». Ces vers de La Fontaine, qui mieux que Patrick Leigh Fermor pourrait-il les incarner ? 

Mais peut-être ne connaissez pas encore « Paddy » ? Méfiez-vous, il pourrait devenir votre meilleur ami, et vous entraîner par monts et par vaux - du moins vous aider à traverser avec allégresse, et toujours avec flegme et élégance, cette vallée de larmes. Rien n’a jamais résisté à ce grand aventurier qui tenait la balance égale entre le voyageur à la Stendhal et l’espion à la Lawrence d’Arabie. 

Né en 1911, Sir Patrick est du même tonneau que Sir Winston, je veux dire Churchill. Agé de 80 ans, alors qu’un photographe venait le prendre en portrait, et que celui-ci lui déclara espérer recommencer pour les 100 ans du héros de la Couronne, Churchill répliqua : « Vous m’avez l’air en bonne santé, jeune homme ! Je ne vois pas pourquoi vous n’y arriveriez pas ! » Mort en 2011, Sir Patrick a failli lui aussi devenir centenaire. Mais déjà que de vies en une seule ! Ce n’est pas un hasard si James Bond, dans les romans de Ian Fleming, le lisait. 

Paddy échoue dans ses études à Canterbury. Mais, fidèle à l’esprit du lieu, il décide de devenir un personnage de contes. Quoi de mieux alors que de prendre le chemin de l’exil ? En 1933, il entreprend un périple qui prouve que l’aventure est toujours possible, et le restera tant que les rêves seront des défis au cœur et à l’esprit. Il voyage à travers toute l’Europe, franchit la Turquie, atteint la Grèce, se rend au Mont-Athos pour fêter son anniversaire. Il en tire la matière d’un livre, Dans la nuit et le vent, superbement traduit par Guillaume Villeneuve chez Nevitaca (3e édition en 2016), une somme qui anticipe sur le style précis et poétique de Nicolas Bouvier, et rivalise avec celui, si jazzy, de Paul Morand.

Durant la guerre, membre du SOE (Special Operations Executive), il accompagne les armées britanniques dans les Balkans et en Grèce. Le reste appartient à l’épopée et à la légende, revue et corrigée par l’esprit de Tintin, sinon d’Indiana Jones : parachuté en Crète, il organise la résistance armée aux troupes nazies qui occupent l’île. En 1944, il organise l’enlèvement du général allemand Karl Keipe comme il le relate dans Enlever un général (avant-propos de Roderick Bailey, traduit en français par Guillaume Villeneuve, Nevicata, 2015) Paddy et ses hommes trimballent le général à travers toute l’île, direction Alexandrie.

Aristocrates et bergers, alliés et ennemis, Paddy les séduit tous par « un dangereux mélange de sophistication et d’insouciance », comme l’avait prophétisé un de ses professeurs. Il rivalise par exemple d’érudition avec le général nazi pour savoir qui des deux terminera tel ou tel vers d’Horace. Après la guerre, il continue de bourlinguer et se rend aux Antilles, dont il rapporte des vues originales sur le vaudou. Non content de travailler pour l’adaptation au cinéma des Racines du ciel de Romain Gary, il aura le plaisir de voir son rôle joué par Dirk Bogarde.

A dater des années 1950, le dandy de grands chemins s’installe en Grèce, le pays des Dieux, le pays où Lord Byron, son prédécesseur, rendit son dernier souffle. Il parle à la perfection en particulier dans Mani (Bartillat, traduit en français par Marc Montfort, 2018, 22€). « En Grèce, écrit-il, tout est passionnant. Chaque rocher, chaque ruisseau évoquent presque toujours une bataille, un mythe, un miracle, une anecdote paysanne ou une superstition. Par conséquent, il me parut préférable, en écrivant, d'attaquer le pays en certains points choisis et de le saisir à cœur. Voilà pourquoi ces incursions privées en Grèce ont été dirigées vers les régions les moins ouvertes aux voyageurs, car c'est là que se trouvait ce que je cherchais. Ce livre est en un sens le contraire d'un guide de voyage. »

Si vous voulez voir le Péloponnèse d’un œil neuf, ce livre est pour vous. Bréviaire poétique et vademecum pédestre, il vous entraînera loin : plus loin que la terre. Au plus près des dieux cachés. Et si vous ne pouvez rejoindre la mère de l’Europe, qu’elle vienne à vous.

Par Jupiter !

 

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