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Comment parle-t-on ?

Ce délitement de la société française qui s’exprime au travers de notre vocabulaire quotidien

La dégradation du vocabulaire dans nos sociétés contemporaines, devient de plus en plus préoccupante

A l’occasion d’un déjeuner dominical, que l’on qualifiera de mondain, regroupant des personnes de sensibilités politiques différentes, quelque part dans nos campagnes, l’un des participants, défenseur d’une vision très traditionnaliste de la nation française et s’attristant de son déclin, emploie dans la conservation un terme, ce « type », qui n’a rien de traditionnaliste, ce que l’auteur de ces lignes ne manqua point de lui signaler, le mettant en face de ses propres contradictions. Au-delà de l’anecdote piquante, le sujet de la dégradation du vocabulaire dans nos sociétés contemporaines, qui ne constitue pas une nouveauté, de nombreux linguistes s’en inquiétant depuis plusieurs décennies, devient de plus en plus préoccupant, la situation s’étant considérablement détériorée ces dernières années, à l’heure d’internet, du téléphone portable et de la télé-réalité.

Un des exemples les plus frappants concerne notre manière de désigner les autres êtres humains, quel que soit leur sexe, avec l’emploi désormais courant et généralisé, comme nous venons de le voir, à l’ensemble des classes sociales, de deux termes, anciennement familiers, voire péjoratifs, « type » et « fille », pour parler d’un homme ou d’une femme, que nos ancêtres bien élevés auraient évité d’utiliser en réunion. En effet, selon la définition du dictionnaire Le Petit Robert de 1984, dans son acception actuelle apparue à la fin du XIX° siècle, le mot « type » fait référence à un « individu quelconque », tout un programme ! Concernant l’emploi du mot « fille », il paraît infantilisant et foncièrement sexiste.

Or, les mots que l’on utilise constituent un témoignage marquant de la considération que nous apportons à l’autre et de la perte de sociabilité qui en découle. Dans une société égalitaire et respectueuse d’autrui, l’utilisation de termes péjoratifs pour parler de ses semblables devrait être totalement proscrite. Cependant, s’il est de bon ton de s’apitoyer sur le phénomène, il convient de s’interroger sur son origine, pour pouvoir espérer endiguer une tendance inquiétante.

Un premier facteur explicatif est l’individualisme forcené, triomphant dans un monde dominé par l’idéologie néolibérale. Notre société se présente, de plus en plus, comme un assemblage d’individus autocentrés, qui ne respectent plus les autres, et partagent de moins en moins de valeurs en commun, d’où l’affaiblissement constaté de l’attachement à la Nation. Il s’ensuit que la perception de « l’autre », mis à distance, est dénuée d’une quelconque attention. D’une certaine manière, ce « type » signifie tout simplement cet « inconnu » qui ne m’intéresse pas.

Un deuxième facteur explicatif tient au triomphe de la vulgarité et de la grossièreté dans notre société, consécutive de la massification culturelle propagée par la télévision. Le vocabulaire qui s’impose à tous est celui des masses et non des intellectuels de la rive gauche ou de la bourgeoisie traditionnelle de l’ouest parisien, contrairement à auparavant. Il est très difficile d’échapper à ce processus de nivellement par le bas, à moins de vivre en vase clos. Dans ce cadre, on peut légitimement se demander si l’emploi du terme cette « fille » ne renvoie pas, au moins inconsciemment, chez certains hommes à l’abréviation de l’expression « fille de joie ».

Que faire, là est la question ? Face à des évolutions qui paraissent difficiles à contrecarrer, votre serviteur ne prétendant pas être exempt de reproches en la matière, il est malheureusement coutumier à notre époque de tout simplement « baisser les bras », comme ces parents qui démissionnent devant les caprices répétés de leurs enfants. Cependant, nous devons nous affranchir de ces tendances infantilisantes et reprendre en main notre façon de nous exprimer. Efforçons-nous de bannir ces deux termes de notre vocabulaire du quotidien et reprenons en permanence, comme le faisaient les enseignants du passé, les personnes de notre entourage qui les prononcent, jusqu’à ce qu’ils finissent par revenir à un vocabulaire plus respectueux d’autrui. Il est quand même plus agréable de parler de Monsieur « Dupont » que de « ce type » !

 

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