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Crédits Photo: JEAN-PIERRE CLATOT / AFP
e-mail

Usage d'Internet

Nos e-mails sont-ils vraiment une menace pour l'environnement ?

L’envoi de mails est souvent considéré comme un important problème environnemental entraînant une chaîne de consommation de grande ampleur. Face aux services de streaming et le Cloud, l’impact du mail est-il toujours aussi important qu’on ne le pense ?

Romuald Ribault

Romuald Ribault

Romuald Ribault est entrepreneur et directeur marketing chez Ecologic France, éco-organisme agréé pour la gestion des déchets électriques et électroniques.

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Atlantico.fr :  La plupart des gens ont tendance à considérer l’envoi de mail comme un gros problème environnemental entraînant une chaîne de consommation de grande ampleur. Face aux services de streaming et le Cloud, l’impact du mail est-il toujours aussi important qu’on ne le pense ?

Romuald Ribault : Tout est question d’usage, que ce soit les usages en streaming, les usages de Cloud, les usages d’e-mails… Si j’envoie un e-mail avec une pièce jointe de 1 Mo, et que j’utilise mon ordinateur de bureau avec ma connexion fibre ou ADSL, cela ne va pas du tout avoir le même impact. On ne va pas du tout mobiliser la même chaîne matérielle pour le même service numérique. 

Vous allez avoir des gens qui vont envoyer des mails en texte brut en envoyant des messages courts. Et à côté de cela, ils vont avoir un usage du streaming qui ne sera pas forcément dans la bonne pratique. Donc c’est difficile de comparer ce qui a le plus d’impact car c’est vraiment une question d’usage. 

Aujourd’hui, pour donner une idée de la complexité du sujet, vous avez une étude de 2014 de l’ADEME (Agence de la transition écologique) qui dit qu’un mail de 1 MO, cela représente 20 grammes de CO2 émis.

Quand on envoie un mail, il y a l’action de l’utilisateur. On peut l’envoyer à une personne, à 10 personnes, à 20 personnes, donc cela ne représente pas le même impact. Et il y a aussi des impacts du côté du fournisseur de services. J’envoie mon mail à un fournisseur de services qui le prend, le traite et l’envoie à un autre fournisseur de service, qui l’envoie lui-même à un autre fournisseur de service, et qui l’envoie à son client. 

Quand vous recevez un mail que vous devez lire pendant 5 minutes, c’est beaucoup plus fastidieux qu’un mail court.

Il y a des actions à faire pour réduire cet impact comme éviter d’envoyer une pièce jointe. Si elle est trop grosse, on peut utiliser des services de stockage temporaire pour envoyer un lien. 

De son côté, le fournisseur de services s’applique des politiques, et il s’améliore au fur et à mesure du temps. Libre à chacun aussi de choisir son fournisseur d’accès.

Il faut aussi relativiser les facteurs d’impacts. Vous pouvez avoir toutes les bonnes pratiques en mail, streaming, et en Cloud, mais si vous allez tous les jours au travail avec votre voiture Diesel SUV, il y a davantage d’impact.

Chacun doit être responsable à l’égard de son utilisation du numérique. Le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas. Si je reçois tous les jours la newsletter d’un site et que je ne lis jamais, peut-être qu’à un moment donné, ce serait bien que je me désabonne.

C’est difficile de faire faire ces bons gestes parce qu’il y a un manque de compétence sur cette matérialité du numérique. On considère trop que le numérique, c’est magique.

Derrière, il y a tout une matérialité dont il faut avoir conscience. Et cela passe par l’éducation et une spécialisation dans le domaine du numérique. Il faut donc avoir des compétences très élargies pour comprendre tout cela.

Enlever « cordialement » à la fin de son mail est-il un acte écologique réellement important ?

Non car « cordialement » ne prend pas beaucoup de BIT. Alors que le texte en bas qui dit qu’il ne faut pas imprimer ce mail, tout en mettant une grosse image d’arbre vert qui pèse 2 MO, ça vaudrait le coup de l’enlever. 

Si vous voulez vraiment réduire votre message à l’essentiel, vous utilisez le format texte de votre éditeur de messagerie, et il n’y aura pas ces mises en forme qui rendent le mail complexe

Comment pouvons-nous voir ce qui est le plus gros gaspillage du web d’un point de vue environnemental et personnel ?

On sait que 80% du flux internet, c’est la vidéo, et 20%, ce n’est pas de la vidéo. Dans ces 80% de vidéo, vous avez 60% de pornographie, 20% de vidéo de type Netflix, et 20% de vidéos du type caméras de surveillance, webcams. Donc, si on veut vraiment aller vers les choses qui ont le plus d’impact, ce sont les usages en matière de vidéo dont il faut être le plus responsable. Donc, par exemple, pas de vidéo en streaming dans la voiture. Moi, j’ai 2 enfants, je suis particulièrement impliqué. Et dans la voiture, ils regardent souvent des vidéos du type Tik Tok. Je leur fais la leçon, mais ils ne matérialisent pas l’impact de ces vidéos. Alors que si ils avaient conscience de cela, ils comprendraient qu’ils peuvent attendre quelques heures avant de voir la dernière vidéo.

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