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Image extrait du film "L’Élève Ducobu", adapté de la bande dessinée éponyme de Godi et Zidrou, dont le héros est un élève plus que moyen.

Savoir raison garder

Ni Einstein, ni Zidane ? Comment élever un enfant moyen dans un monde obsédé par la performance

Obnubilés par la réussite de leur progéniture, certains parents peuvent être amenés à exercer une pression excessive et involontaire sur des enfants qui n'ont pas toujours les épaules taillées pour.

Anne Peymirat

Anne Peymirat

Anne Peymirat est coach parental et fondatrice de l'agence "Parentalité Conseil & Formation" ; diplômée d'HEC, certifiée sur une méthode de parentalité reconnue, "Calmer, Easier, Happier Parenting", elle a déjà aidé plus de 1000 parents à reprendre leur vie de famille en main et à mieux vivre avec leurs enfants. Elle est l'auteur de Je ne crie plus, je répète plus, je ne râle plus… je gère !, aux éditions First (octobre 2014) et membre de la structure Happy families.

 

Voir la bio »Pierre Duriot

Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire. Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles. Pierre Duriot est Porte parole national du parti gaulliste : Rassemblement du Peuple Français.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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Atlantico : "Votre enfant ne parviendra probablement pas à intégrer l'une des meilleures universités du pays ou à obtenir une bourse d'étude de sport", rappelle dans un article du New York Times (voir ici) l'auteur du best-seller "Bébé made in France", Pamela Druckerman. Le fait d'admettre que son enfant n'est pas forcément le petit génie rêvé est-il l'une des choses les plus difficiles à admettre pour les parents d'aujourd'hui ? Cette culture de l'excellence dès le berceau a-t-elle toujours existé, et sinon, d'où vient-elle ?

Pierre Duriot : Cette culture est en fait étroitement liée à la "fiabilité" des enfants modernes. Contrairement aux siècles passés où la mortalité infantile était galopante, on sait qu'un enfant qui naît aujourd'hui va vivre dans la très grande majorité des cas, donc on ne l'envisage plus comme "héritier", ou futur adulte brillant passé l'enfance, mais dès sa naissance. On appelle cela l'enfant "fantasmé", c'est à dire, celui qui correspond au désir du couple et aux espoirs que l'on place en lui. On conçoit bien que des parents peuvent avoir envie, quand ils sont inscrits dans un parcours d'excellence, que leur enfant ait la capacité de reprendre l'entreprise, l'étude, la fortune... mais également, de nombreux parents, et c'est légitime, souhaitent que leurs enfants s'élèvent plus haut qu'eux dans l'échelle sociale et cela passe en partie par un bon diplôme scolaire. Quelque part, cette pression scolaire est le revers de la médaille de l'enfant roi. On n'en a qu'un, ou deux, mais on les comble, on les stimule, on les sollicite et ils doivent réussir coûte que coûte, répondre aux attentes placées en eux, correspondre à l'enfant fantasmé, à la conception que l'on se fait de la réussite sociale dans le nouveau monde consumériste. Sinon, gare à lui. Un manque d'adéquation entre l'enfant réel et l'enfant fantasmé peut avoir des conséquences dramatiques. L'une des tâches essentielles des parents consiste bien à se faire une raison quand l'enfant rêvé n'est pas l'enfant réel et pas seulement sur le plan scolaire.

Anne Peymirat : Les parents d’aujourd’hui sont très exigeants vis à vis d’eux-même et de leurs enfants. Ils veulent travailler, faire du sport, sortir,… tout en ayant des enfants qui travaillent bien à l’école, sont engagés dans des activités extra scolaires, socialisent sans problème, dessinent, sont créatifs…

La culture de l’excellence a sans doute toujours existé dans certaines familles mais elle est maintenant certainement plus largement répandue. Elle peut être liée entre autres au temps que les parents ont avec leur enfant car, même si les parents sont toujours très occupés, ils passent en moyenne beaucoup plus d’heures chaque semaine avec leurs enfants que les générations précédentes (en moyenne 8 heures de plus que dans les années 1950). Ils ont donc plus de temps pour y penser.

IIs peuvent regarder de plus près ce que font leurs enfants et pour certains, cela peut être source de stress si les résultats ne sont pas à la hauteur de leurs attentes et/ou de l’investissement qu’ils y mettent.

Quels conseils donneriez-vous à des parents dont les enfants se trouvent "dans la moyenne", c'est-à-dire, ni mauvais, ni excellents en classe ? Comment convient-il d'accompagner ce genre d'enfant dans sa scolarité ?

Pierre Duriot : Ne pas s'affoler, être ni mauvais ni excellent n'augure rien en matière de réussite professionnelle future et ce pour plusieurs raisons. La première est en lien avec le système éducatif qui a tendance à sélectionner comme bons élèves les profils les plus conformes... en caricaturant, les meilleurs perroquets. N'être pas excellent comme "répétiteur" n'est donc pas forcément une mauvaise chose et la moyenne de la classe n'est alors pas dramatique. La seconde raison est que des études très sérieuses ont été menées sur le cheminement professionnel. Elles montrent que la réussite scolaire préalable n'intervient pas de manière outrageusement prépondérante. La capacité d'initiative ou à différer, les facultés d'adaptation au milieu, la sociabilité, les capacités de travail, de gestion du temps ou de la tâche, auraient tendance à être les plus recherchées et elles ne sont pas forcément corrélées à la réussite scolaire. En fait, des capacités de gestion des affects, une forme d'opiniâtreté et du courage, valent au moins autant qu'une mention très bien. Enfin, il faut également en parler, puisque de nombreux analystes du milieu du travail en ont fait état, les capacités négatives que sont le conformisme bêlant, la propension à mentir, à trahir, à poignarder dans le dos, à n'avoir pas de scrupules, à savoir avaler des couleuvres, ou plus simplement à coucher, sont des armes intéressantes pour réussir dans le milieu professionnel contemporain, au-delà des diplômes ou des compétences. L'école élémentaire, maternelle et primaire, l'âge où se constituent les capacités futures, entre 0 et 10 ans, est une phase de construction, pas de programmation professionnelle.

Anne Peymirat : Il est important d’accompagner tout enfant dans ses devoirs et sa scolarité. Il y a des façons de faire pour que ce suivi aide l’enfant à progresser sans le stresser et donc lui permette d’apprendre mieux et plus vite.

Mon dernier livre, "Je ne crie plus, je ne répète plus, je ne râle plus, je gère !" (Editions First, octobre 2014) donne les moyens aux parents d’y arriver. Un conseil simple et facile à mettre en œuvre consiste à toujours dire à l’enfant deux choses positives pour chaque point à améliorer dans un devoir. En cherchant un peu, il y a toujours des choses qui sont bonnes ou du moins "OK" dans un devoir. Si le parent commence par dire ce qui ne va pas, comment voulez vous que l’enfant prenne confiance en lui et soit motivé pour faire des efforts et s’améliorer?

 

Constate-t-on une tendance identique hors contexte scolaire ? Certains parents sont-ils tentés de mettre une pression excessive sur leurs enfants, par exemple dans le sport, alors que ces derniers ne présentent pas de dispositions pour ces pratiques ? A quels risques ces enfants sont-ils ainsi exposés ?

Pierre Duriot : Cela est très courant, au point d'être répertorié avec le mot "surinvestissement" qui exprime cette manière que l'on a d'initier son enfant très tôt au sport, à l'art, que l'on pratique pour en faire un champion, en fait le champion que l'on a été ou que l'on a pas pu être justement. Vouloir faire hériter son enfant de ses propres capacités sportives, ou être un champion par procuration à travers son enfant, sont avant tout des désirs d'adultes. Il se peut que l'enfant adhère et en ait les capacités, alors tout va bien. Mais l'enfant peut adhérer et n'avoir pas les capacités, ou alors ni l'un ni l'autre. A la clé, on peut avoir des cas de rejet ou de maltraitance.

Anne Peymirat : Les parents restent heureusement le plus souvent réalistes ! Ils ne vont pas demander l’impossible à leur enfant. Toutefois, il est vrai que beaucoup de parents sont très "pushy" et s’inquiètent plus des résultats que du bien-être et de l’amusement que l’enfant retire de son activité. Par exemple, un parent va se plaindre que son enfant ne participe assez souvent au match de basket, va s’en inquiéter et en déduire que son fils est défavorisé dans l’équipe sans se soucier a priori de ce que ressent son enfant.

Le risque est soit que l’enfant reprenne le stress du parent, soit au contraire qu’il rejette la pression et se désintéresse du sport ou de l’activité proposés.

Sur un plan plus général, comment faire pour que l'enfant "moyen" s'épanouisse dans son éducation, et que, au regard de ses dispositions de départ, il réussisse au mieux dans la vie ? Existe-t-il quelques "clés" à indiquer aux parents soucieux de la réussite de leur progéniture ?

Pierre Duriot : Un enfant moyen est un enfant ordinaire et il faut savoir apprécier cette forme de normalité. Si avoir un cancre n'est pas forcément gratifiant, gérer un enfant surdoué n'est pas non plus tous les jours facile. Il ne faut pas tout miser sur l'école tant les qualités humaines positives ou négatives, comme expliqué à la question précédente, sont prépondérantes, ne serait-ce que lors de l'entretien d'embauche. On y jauge les capacités communicationnelles et empathiques du candidat, sa culture générale et sa gestion du stress, plus que l'excellence de sa notation scolaire. Ne pas se braquer donc sur le résultat scolaire pour, appréhender son enfant dans sa globalité et pas seulement comme élève. Les relations aux autres, aux adultes, au travail, la capacité à être seul, la propension à mettre en œuvre des solutions affectives ou techniques de manière autonome, sans recours à l'adulte, la capacité à s'intéresser, se passionner, pour des items complexes, la faculté d'étonnement ou de recherche de solutions, la maîtrise du langage, sont au moins aussi importants que la réussite scolaire pure. Comme pour chaque enfant, il faut un milieu enrichissant, du temps passé à faire avec lui et pas à sa place, savoir également tenir les cadres, les autorisés et les interdits qui vont structurer l'enfant, là où combler et céder en permanence risquent d'en faire un blasé de tout, si ce n'est un tyran. Il n'y a pas en fait de recette miracle mais un genre de principe selon lequel, "qui aime bien châtie bien".

Anne Peymirat : Il faut accompagner l’enfant, être suffisamment encourageant pour qu’il se sente bien. Si ses parents sont déçus, l’enfant le sentira. Comme je le mentionne dans mon livre, la clé est bien souvent le parent. Si le parent prend le temps de remarquer les petites réussites, les progrès et lui faire remarquer, l’enfant pourra s’épanouir beaucoup mieux et réaliser son potentiel. Et il pourra aller ainsi beaucoup plus loin que si ses parents sont tellement exigeants qu’ils en deviennent négatifs et par là-même, et sans le vouloir, l’enferment dans une mauvaise image de lui-même.

Il n’y a pas de fatalité, tout enfant peut s’épanouir et sera toujours meilleur avec un parent qui le soutient, le valorise pour ce qu’il fait et l’encourage, qu’un parent qui montre sa frustration et sa déception.

La réussite n’est pas un absolu, c’est un concept variable qui change d’un parent à l’autre. Là-dessus aussi, j’incite tout parent à prendre le temps de réfléchir seul ou en couple à ce qu’il attend de son enfant, en fonction de leurs priorités et dans le respects des capacités de l’enfant.

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