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Affiche de Mommy.

Démocratisation de la famille

"Mommy" "Lou !", même combat : consciemment ou non, des films qui ont éradiqué la figure du père

Alors que les structures familiales sont en pleine recomposition, le cinéma et plus largement le monde culturel et artistique se sont naturellement inspirés des nouveaux modèles et de la monoparentalité.

Gérard  Neyrand

Gérard Neyrand

Gérard Neyrand est sociologue, est professeur à l’université de Toulouse), directeur du Centre interdisciplinaire méditerranéen d’études et recherches en sciences sociales (CIMERSS, laboratoire associatif) à Bouc-Bel-Air. 

Il a publié de nombreux ouvrages dont Corps sexué de l’enfant et normes sociales. La normativité corporelle en société néolibérale  (avec  Sahra Mekboul, érès, 2014) et, Père, mère, des fonctions incertaines. Les parents changent, les normes restent ?  (avec Michel Tort et Marie-Dominique Wilpert, érès, 2013).
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Atlantico : Deux films récemment sortis, Lou! et Mommy ont une histoire qui se construit autour d'une structure familiale purement mère-enfant. Dans Mommy, le scénario développe une quête de stabilité et de joie familiale entre une une mère, une autre femme, et son fils. A quand remonte le phénomène, quelles en sont les étapes clées ?

Gérard Neyrand :  Le 20ème siècle a vu un processus d'indifférenciation, au nom de l'égalité, des fonction du père et de la mère. L'égalité de la femme, et l'accès favorisé au divorce a de facto augmenté le nombre de famille mono-parentales, avec une préférence largement accordée à la mère. On peut donc dire que c'est à partir de la fin de la 2ème guerre mondiale que le regard sur la famille a changé, que le processus s'est enclenché. En témoigne d'ailleurs le nombre de livres qui ont émergé sur ce sujet, quelques années après c'est à dire dans les années 80 (avec des points de vue psychanalytiques et psychologiques notamment). Les nouveaux modes de fonctionnement parentaux avec la démocratisation de la famille, un bien grand mot pour parler de la liberté qui se met à imprégner la sphère privée, caractéristique des mouvements depuis les années 60.

A partir de 1982 (pour la France), la PMA pose doublement la question de la place du père. L’homoparentalité ensuite, sujet plus actuel révèle deux conceptions des rôles de sexe, mais aussi des modes de fonctionnement familiaux qui se font concurrence : traditionnels, et familles "démocratisées" où l’on accorde moins d’importance à la différenciation sexuée.

Il est intéressant de voir qu'en miroir de cette réalité, d'autres films prennent le contre-pied de cette mise à l'écart des pères, je pense à Bodybuilder de Roschdy Zem par exemple, qui évoque la redécouverte de la relation père-fils . La question paternelle est posée depuis longtemps ; en 2000 j'ai publié un livre sur la place du père, de la mère et de l'enfant dans la famille contemporaine, et qui traitait justement du rôle de chacun et de leur évolution.

Diriez-vous que certains hommes ont le sentiment d’être, en tant que pères, dépossédés d’une fonction qui faisait partie de leurs prérogatives auparavant ?

Bien sûr, il peut y avoir ce sentiment et notamment chez les pères séparés qui du fait des conflits avec leurs ex-compagnes se retrouvent par écho en difficulté avec leurs enfants. J’ai rencontré ce type de souffrances dans des associations, où les pères estimaient qu’ils n’avaient pas assez accès à leurs enfants en comparaison avec leurs mères, et que leurs rôles étaient donc amoindris.

Si on prend les statistiques, la résidence alternée ne concerne que 20% des enfants, et la grande majorité de ces cas ont été décidés sur la base d’un consensus entre les parents.

L'importance du père dans la structure familiale est souvent mal cernée, voire politisée. De quoi la recherche scientifique nous a-t-elle permis d'être sûr à ce sujet ?

Cela concerne également la mère. Les deux rôles ont été remis en question. Et c’est vrai que l’une des difficultés de cette évolution, dans la mesure où la place des femmes s’est beaucoup appuyée par le féminisme. Les travaux scientifiques montrent que dans une société en pleine mutation, avec une tendance à changer de modèle familial, cela change en fonction des milieux. Le père voit donc sa place reconfigurée, avec un type d’autorité dialoguante. Dans l’espace public, je vois autant de pères qui poussent leurs poussettes que les mères. Cela a d'ailleurs ses effets positifs.

La quête moderne de l'égalitarisme, qui s'apparente parfois davantage à ne pas prendre en considération les différences de rôle aurait-il pu y être pour quelque chose ?

Cela renvoie également à une société qui s’est individualisée, et où les problèmes trouvent leurs solutions davantage dans l’interaction entre les personnes que par les institutions, comme c’était le cas autrefois. Le mariage régulait tout en ce qui concernait la vie des individus. Nous sommes passés à un fonctionnement qui se régule par la responsabilisation des personnes.

Mais ce n’est pas sans conflit, notamment dans la haute bourgeoisie, ou bien même dans certaines cultures patriarcales où la liberté des femmes et le manque d’autorité paternelle peuvent choquer. Dans tous les intégrismes religieux, il y a cette mise en avant, et cette importance de la distinction des sexes.

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