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Doublement des montants

Mais qui va acheter pour Noël les milliards de dette supplémentaire que va créer le gouvernement américain en 2018 ?

Les Etats-Unis ne cessent de s'endetter, et doublent même l'allure en 2018, alors que leur cycle de croissance est au plus haut. 1.000 milliards de dollars de dette publique seront à vendre en 2018 et 2019, le double de 2016.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Le double de 2017 est à vendre ! 1 000 milliards de dollars de dette publique en 2018 et en 2019, le double des 500 de 2016 ! 800 milliards par mois ! La rupture est flagrante par rapport à la diminution régulière depuis le maximum de 2010 à 15 000 milliards, au pire de la récession. Au total, le Trésor américain doit aujourd’hui 20 trilliards de dollars, 20 000 milliards, soit 106% du PIB américain. Il ne cesse de s’endetter, et double même l’allure, au plus haut de son cycle de croissance ! Vient en effet une loi, tout juste approuvée par les deux Chambres, pour diminuer les impôts sur les entreprises, les autoentreprises, les trésoreries des multinationales parquées hors des Etats-Unis et, dans une moindre mesure, sur les ménages. Ce soutien fiscal va creuser le déficit public d’un trilliard et demi de dollars sur dix ans, alors que l’économie est en pleine croissance (3%) et en plein emploi (avec un taux de chômage de 4,1%) ! Comment comprendre cette logique ?

Et ce n’est pas tout. A partir du mois de janvier, la Banque centrale américaine va commencer à vendre les milliards de dollars de dette publique qu’elle a achetés dans la crise. Elle va puiser dans son portefeuille de 2 500 milliards, en commençant par 6 milliards par mois de titres publics, plus 4 milliards d’obligations hypothécaires. Ainsi, avec les bons du trésor qui arrivent à échéance et qui ne seront pas renouvelés, 230 milliards seront bientôt vendus, et devront donc trouver preneur. Elle prévoit ensuite de monter ces ventes mensuelles jusqu’à 30 milliards de bons du trésor et 20 milliards de titres obligataires – soit 600 milliards par an en 2021. La Banque centrale américaine devrait conserver un peu plus de 1 500 milliards de bons du trésor, pour calmer le jeu. On ne sait jamais.

Mais qui donc va acheter tout ce papier ? Les banques ? Moins sûr, car elles ont plus que doublé leurs avoirs entre mi-2012 (212 milliards) et mi-2017 (479 milliards), en liaison avec les régulations prudentielles. Un rattrapage a donc eu lieu, mais l’administration de Donald Trump veut leur rendre la vie plus simple, pour qu’elles fassent plus de crédit. Les ménages, alors ? Pas si sûr non plus, avec un taux d’épargne passé de 6% à la fin de la récession à 3,1% aujourd’hui. Les ménages américains épargnent relativement moins, confortés par la hausse de leur fonds d’épargne et la bonne santé de l’économie.

La Chine, alors ? Oui, mais moins qu’avant. Déjà, elle est le premier détenteur de titres américains, avec 3 trilliards de dollars. Elle reprend ses achats depuis un an, sachant qu’elle détenait 4 trilliards en 2014. Elle a dû en vendre pour soutenir son change en 2015 et 2016, mais cette phase est achevée. Le Yuan monte graduellement. En revanche, comme la Chine veut axer sa croissance sur la demande interne, ses excédents devraient se réduire, donc ses futurs achats de bons du trésor. Elle poursuivra ses achats sur un rythme plus faible pour des raisons économiques, mais elle les poursuivra, pour des raisons politiques aussi. Le Japon, alors ? Oui, toujours, graduellement, pour des raisons politiques, mais aussi pour placer une épargne à 2,4%, ce qui est mieux que 0% chez elle. Les autres pays d’Asie, alors ? Oui sans doute, mais peu à peu, sachant qu’ils ont déjà 1 200 milliards de dollars de titres américains. L’Arabie saoudite, les pays du Golfe, pourquoi pas, mais leur situation se détériore : le prix du pétrole n’est plus ce qu’il était, il leur faut investir dans le pays, plus les dépenses d’armes. Et de nombreux autres pays pourront se trouver moins amis des Etats-Unis, voire plus inquiets de sa stratégie. Pire, comme les Etats-Unis veulent réduire leurs déficits commerciaux, ils vont réduire en même temps les excédents en dollars chez leurs partenaires, qui les recyclaient en bons du trésor !

Les retraités américains ? Bien sûr ! Déjà, ils en ont près de la moitié, au travers de fonds spécialisés d’épargne (Sécurité sociale, Fonctionnaires, Militaires, Personnel de santé…), qui vont continuer leurs emplettes.

Donald Trump a deux fois plus de titres publics à vendre au moment où, à l’extérieur, ses partenaires ont moins les moyens et, peut-être, le désir de les lui acheter. A l’intérieur, le risque de surchauffe menace, avec des taux d’inflation en hausse, donc des taux courts qui montent. Donc la dette américaine sera achetée par les retraités américains, plus risquée ou, si on préfère, plus chère.

 

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