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LREM, le progressisme ou l’antimatière politique
©LUDOVIC MARIN / AFP

Tribune

LREM, le progressisme ou l’antimatière politique

Il semble que le pouvoir et ses soutiens soient entrés dans une sorte d’ère du vide politique. La confusion qui règne, l’absence de dynamique, de cohérence, l’inanité du projet autoproclamé progressiste frappent au point d’inquiéter.

Anne-Sophie Chazaud

Anne-Sophie Chazaud

Anne-Sophie Chazaud est essayiste et chroniqueuse. Auteur de Liberté d'inexpression, des formes contemporaines de la censure, aux éditions de l'Artilleur, parution le 23 septembre 2020. 

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Après l’affaire Benalla, après des mois de tensions politiques et sociales d’une rare gravité, après les départs en série des grognards de la Macronie au point qu’on ne sait plus trop bien qui pilote l’avion France ni dans quelle direction, alors que l’exécutif en est réduit à nommer pour porter sa parole l’autrice présumée del’inoubliable « Yes, la meuf est dead » (Sibeth Ndiaye au sujet de la mort de Simone Veil) et responsable d’une communication présidentielle constamment calamiteuse, et tandis que s’ouvre la campagne des Européennes, il semble que le pouvoir et ses soutiens soient entrés dans une sorte d’ère du vide politique. La confusion qui règne, l’absence de dynamique, de cohérence, l’inanité du projet autoproclamé progressiste frappent au point d’inquiéter.

Beaucoup avaient, pendant la campagne présidentielle, comparé le macronisme à une bulle spéculative, surcotée et au bord constant de l’explosion : à l’exception du fait que cette bulle est encore accrochée au pouvoir qu’elle avait réussi à conquérir avec l’appui d’un système médiatique subjugué et de quelques opérations judiciaires opportunes visant à disqualifier l’opposition, il semble bien que le moment de son éclatement soit très proche.

Et l’on est frappé avant tout par la béance qui s’ouvre au regard, ce que le remaniement ministériel technocratique intervenu dimanche 31 mars ne vient que confirmer. Béance intellectuelle, béance politique, béance sociale, béance morale. Rien ne résiste à l’examen.

La rhétorique binaire de LREM tourne en boucle sur le seul logiciel qui lui reste : celui de l’opposition autoproclamée progressiste à  la vision « repliée », nationaliste, populiste, égoïste, d’une conception politique réputée nauséabonde. Pas même besoin de réviser les éléments de langage, ni même de les mettre à jour : ils tournent en boucle depuis 2017, il suffit simplement de les recycler paresseusement. La députée LREM LetitiaAvia au plateau d’Europe 1 ne se donne d’ailleurs pas même la peine d’appeler le Rassemblement National par son nom : l’ennemi désigné sera le Front National, comme c’est le cas depuis Mathusalem pour cette oligarchie hors-sol qui ne parvient à s’autopromouvoir qu’à la faveur d’un malentendu idéologique grossièrement surexploité.

Pendant ce temps, dans le vide abyssal de la technocratie devenue toute puissante, à l’image exacte de ce qu’incarne pour beaucoup l’Union européenne et de ce qui constitue fondamentalement la Macronie,  Nathalie Loiseau enchaîne les contreperformances et les spectacles pathétiques : une déclaration de candidature qui ferait honte à un élève de collège débutant ses ateliers théâtre, un charisme d’huître, un premier meeting de campagne consternant de platitude, un lancement qui tourne au fiasco avec des estrades qui s’effondrent et des cafouillages invraisemblables dépassant l’entendement… Rien ne manque au spectacle de cette débandade obscène du macronisme.

La surexploitation  grossière du filon antipopuliste, quant à elle, devient gênante même pour ceux qui seraient tentés d’y adhérer et qui avaient apporté leurs voix au jeune candidat de 2017. D’autant que, pendant ce temps, le candidat des Républicains F-X.Bellamy fait renaître la droite classique de ses cendres, -droite classique qui constituait la seule petite réserve de voix encore possible pour LREM, comme l’a démontré le traitement sécuritaire de la crise des gilets jaunes.  Une droite qui redécouvre que son destin n’est pas d’être éternellement phagocytée par un centrisme décervelé, dans lequel elle ne se reconnaît notamment pas sur les plans culturel et identitaire, sur les questions migratoires, dont elle ne partage pas les complaisances communautaristes. Une droite qui constate jour après jour le deux poids deux mesures d’indignation en termes de violences, selon qu’il s’agit du peuple de la France périphérique ou des quartiers perdus de la République, une droite qui n’apprécie pas le silence entourant les attaques d’églises désormais quotidiennes en France quand des membres de la majorité présidentielle comparent le voile islamique au serre-tête des jeunes filles catholiques. Une droite qui n’entend pas être de nouveau prise en otage du vote barragiste. Une droite qui ne se reconnaît pas dans un pouvoir promouvant les Benalla, Belattar et autres amis douteux du Président. Une droite, enfin, qui s’est reconnue dans le travail exemplaire du Sénat, faisant enfin apparaître les limites d’une compromission à tous les étages au terme d’une commission d’enquête dont tout le monde a salué la dignité et le sérieux par comparaison avec la pantalonnade de la commission de l’Assemblée présidée par la députée LREM Yaël Braun-Pivet qui a fait honte à la démocratie française.

A gauche, -si l’on peut appeler cela la gauche-, Raphaël Glucksmann quant à lui finit d’ingurgiter les débris restants du Parti Socialiste qui n’avaient pas été encore absorbés par le macronisme, et apporte une alternative gémellaire à LREM, articulée sur la même logique rhétorique, quoiqu’il s’en défende, ouvertement mondialiste et libérale, lui qui affirmait « Quand je vais à New-York ou à Berlin, je me sens plus chez moi culturellement que quand je me rends en Picardie ». Avec une petite dose de discours social plus affirmée pour parfaire le tableau, ce qui ne peut pas nuire en pleine période de jacquerie (on ne sait jamais, pour récupérer quelques Picards égarés, sur un malentendu)…

Dans ce paysage, LREM recycle ses éléments de langage ahanés depuis des mois, l’ouverture contre le repli, l’avenir contre le passé, le progrès contre la régression, le Bien contre le Mal, bref, un galimatias dont le manichéisme et la binarité ne peuvent que finir par attirer les soupçons même des plus crédules barragistes.

La campagne sera « difficile et violente », a prophétisé Laetitia Avia, allant jusqu’à évoquer, sans rire, le risque de manipulations et d’  « exacerbation des fausses informations » pour ces élections, sans doute pour annoncer ce que l’on avait déjà compris : le contrôle à venir  de l’opinion et le verrouillage propagandiste de lacirculation des informations, qui étaient l’objectif réel de la loi liberticide anti Fake News, laquelle va donc pouvoir pour la première fois se déployer tout à son aise en contexte électoral. Ce sera donc désormais le juge des référés, expert en Vérité,  qui pourra décider dans la période à venir, de la validité des contenus autorisés à circuler sur les réseaux sociaux. A en juger par ce qui a été mis en place pour réprimer la révolte des gilets jaunes, on peut être pleinement confiant quant au bienfondé démocratique des dispositifs déployés... Pendant ce temps,-et le télescopage serait comique s’il n’était si grave-, l’on apprend que l’Elysée a diffusé lui-même de fausses informations grossières à base de montages vidéos et de contenus obtenus illégalement, pour parer les effets de l’affaire Benalla. Ismaël Emelien, le socialiste de chez Havas, longtemps considéré comme l’éminence grise d’Emmanuel Macron, aurait en effet produit ces documents mensongers (sans en référer à son mentor et patron ?) puis incité à les faire diffuser sur des comptes Twitter anonymes, anonymat des réseaux sociaux dont le pouvoir macronien ne cesse de dire qu’il est un outil de violence et de propagande réactionnaire, contre laquelle il prétend lutter. Le chantre du progressisme, auteur de l’ouvrageLe progrès ne tombe pas du ciel, présentant une vision du progrès à la fois désincarnée, vide de sens, incantatoire et tautologique, ne voit donc aucun problème à utiliser les moyens qu’il prétend dénoncer chez les adversaires du camp du Mal réputés antiprogressistes.Voilà bien, comme cela tend à devenir systématique désormais, la Macronie dans toute sa splendeur : une instrumentalisation grossière de procédés rhétoriques, moraux puis législatifs à des fins de captation du pouvoir. Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. Et un confondant sentiment d’impunité dont l’arrogance devient difficilement supportable même pour ses plus fidèles soutiens. Gageons que ce n’est pas la nomination de Sibeth Ndiaye comme porte-parole du gouvernement qui arrangera le tableau, elle qui déclarait « assumer parfaitement de mentir pour protéger le Président »…

La manipulation devient très voyante. Le procédé, grossier. Et, surtout, la vacuité du contenu, éclatante, à l’exception du dépeçage du gâteau France entre amis.

L’ère du vide politique macronien semble bel et bien officiellement ouverte, avec pour principal risque d’engloutir en son abyme le reste du pays, dans ce faisceau d’antimatière intellectuelle et politique que devient l’extrême-centre. Toute la question est donc de savoir quels contrepoids et quels contrepouvoirs seront désormais apportés à cette attraction du néant. Tel sera l’enjeu principal des élections à venir.

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