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Les racines de la révolte des Camisards

Philippe Joutard et Jean-Clément Martin ravivent la mémoire de la guerre des Camisards et de la guerre de Vendée. Ces révoltes ont été menées par des catholiques et des protestants qui tentaient de préserver leur liberté de culte face au régime qui les opprimait. "Camisards et Vendéens, deux guerres, deux mémoires vivantes" est publié aux éditions Alcide. Extrait 1/2.

Jean-Clément Martin

Jean-Clément Martin

Jean-Clément Martin est un spécialiste de la Révolution Française. Ancien directeur de l'Institut de l'histoire de la Révolution Française, il a notamment étudié la Vendée comme lieu de mémoire. 

Voir la bio »Philippe Joutard

Philippe Joutard

Philippe Joutard est ancien recteur et professeur d’histoire  émérite. Il est notamment l'auteur d'Histoire et mémoires, conflits et alliance (La découverte, 2013).

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La révolte ou la guerre des Camisards, les troubles ou la guerre des Cévennes, ces expressions multiples sont utilisées pour désigner un phénomène étrange du début du XVIIIe siècle : un petit nombre de paysans et d’artisans protestants, dans une région obscure du sud de la France, met en échec pendant plusieurs mois les troupes du plus grand monarque européen de l’époque, Louis XIV. L’affaire fit grand bruit en son temps. Mais l’écho subsiste jusqu’à nos jours. Le contraste est grand entre le caractère limité des faits et leur résonance sur la longue durée. Les Camisards, c’est d’abord une mémoire.

Le déclenchement de la guerre 

 
Au point de départ, c’est une opération pour délivrer des fugitifs protestants, accompagnée du meurtre de celui qui les a arrêtés, le 24 juillet 1702, et qui est leur geôlier : l’abbé du Chaila. Cet événement se passe en plein cœur des Cévennes, dans un bourg au pied du versant sud du mont Lozère, Le Pont-de-Montvert. Cet abbé du Chaila, qui avait des responsabilités à la fois religieuses et administratives, était haï et redouté de tous les anciens protestants cévenols. Voilà pourquoi les Cévenols qui l’ont agressé lui donnèrent de nombreux coups de couteau, pour se venger des années de surveillance et de répression. 
 
Puis, la troupe continua en s’attaquant à un château proche. Quatre jours plus tard, l’un des chefs de la bande, Esprit Séguier, fut pris et exécuté. Les autorités royales pensaient en avoir terminé avec cet « incident » : la révolte ne faisait que commencer.
 

Le choix de l’absolutisme, la terreur 

 
Pour comprendre cette explosion violente, il est nécessaire de revenir dix-sept ans en arrière. Les 17-18 octobre 1685, par l’édit de Fontainebleau, Louis XIV révoquait l’édit de Nantes qui en 1598 avait permis aux protestants français de pouvoir librement célébrer leur culte à travers tout le royaume. Au départ, la coexistence était mal supportée par les deux communautés religieuses. Peu à peu, celles-ci finissaient par s’accepter, ce dont témoignaient dans plusieurs régions la multiplication des relations professionnelles et parfois même amicales sans parler d’un nombre significatif de mariages mixtes. Le « pari » de l’édit de Nantes était en voie d’être gagné. Tout change avec Louis XIV. Pour des raisons essentiellement politiques et de gloire personnelle, le grand roi veut restaurer l’unité religieuse du royaume comme preuve de son pouvoir absolu : après avoir triomphé sur les champs de bataille, il fallait vaincre les consciences, avoir en quelque sorte le pouvoir de Dieu. Dans ce but sont lancées par l’autorité royale et ses représentants locaux les terribles dragonnades, ou logement des soldats chez les protestants jusqu’à leur conversion. Les « dragons » ont pratiquement tous les pouvoirs sauf le meurtre ! Le système est très efficace, aidé par la rumeur des exactions des gens de guerre.
 
 
Les abjurations forcées se multiplièrent en quelques semaines, donnant l’impression fausse d’un effondrement du protestantisme français. L’édit de révocation, contrairement aux traditions de l’époque, n’autorisait même pas l’émigration, à l’exception de celle des pasteurs et de leur épouse accompagnée des seuls enfants de moins de sept ans. Il y eut bien un dernier article qui permettait une certaine forme de dévotion privée pour les ultimes obstinés, mais qui d’entrée de jeu ne fut pas respecté. C’est dire la dureté du texte, l’autorité royale ne respectant même pas un texte qu’elle a scellé.
 
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