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Selon le rapport du BCPS, la natalité des palestiniens serait suffisante pour leur donner la majorité à l'horizon 2020.
Selon le rapport du BCPS, la natalité des palestiniens serait suffisante pour leur donner la majorité à l'horizon 2020.
©Reuters

Statistiques ethniques

Les Palestiniens bientôt plus nombreux que les Juifs en Israël : la démographie ou la guerre des chiffres

Un rapport du Bureau central palestinien des statistiques (BCPS) estime qu'en 2020, les Palestiniens seront plus nombreux que les Juifs sur l'entité formée par Israël et les territoires occupés.

Hagay Sobol

Hagay Sobol

Hagay Sobol, Professeur de Médecine est également spécialiste du Moyen-Orient et des questions de terrorisme. A ce titre, il a été auditionné par la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée Nationale sur les individus et les filières djihadistes. Ancien élu PS et secrétaire fédéral chargé des coopérations en Méditerranée, il est vice-président du Think tank Le Mouvement. Président d’honneur du Centre Culturel Edmond Fleg de Marseille, il milite pour le dialogue interculturel depuis de nombreuses années à travers le collectif « Tous Enfants d'Abraham ».

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Le Bureau Central Palestinien des Statistiques (BCPS) vient de publier son rapport sur l’état démographique de la région et les perspectives d’évolution. Si aujourd’hui il existe une majorité de juifs dans l’entité constituée par Israël et les territoires de l’Autorité Palestinienne (Gaza et la Cisjordanie), les projections démographiques indiqueraient que bientôt les palestiniens seront plus nombreux. Bien évidemment le Bureau Israélien a produit ses propres chiffres et a contesté les conclusions du BCPS. Les statistiques en général et en particulier celles ayant trait à cette région du monde sont à prendre avec précaution, car elles font souvent l’objet d’une instrumentalisation. Les questions que posent cette étude, ne concernent pas uniquement la méthodologie employée, mais également le moment choisi pour la publier, en pleine élection législative israélienne.

Les chiffres, ou une autre manière de faire la guerre

Depuis 1948, il existe une véritable guerre des chiffres. Cela a débuté avec le décompte des réfugiés palestiniens, estimés initialement à près de 700.000. Il était important pour des raisons politiques de ne pas les intégrer dans les différents pays arabes, ainsi que leurs descendants. A cet effet la Ligue Arabe a produit une résolution visant à ne pas leur accorder la nationalité de leurs pays de résidence. Alors que dans le même temps, l’Etat Hébreu accueillait les réfugiés juifs devant fuir les pays arabo-musulmans (près de 900.000 entre 1948 et 1967, la majorité s’étant installée en Israël). Cette attitude des dirigeants arabes permettait de maintenir vivace un abcès de fixation du conflit, car plus le nombre de réfugiés était élevé, plus l’injustice et le désir de revanche étaient grands.

Mais il existe une autre raison, économique, afin de bénéficier de l’aide apportée par l’UNRWA. Il s’agit de la plus grande agence de l’ONU, dont 99 % des employés sont des « réfugiés palestiniens ». Elle fut créée en 1949 par la résolution 302, suite à la première guerre israélo-arabe. C’est la seule agence qui ne s’occupe que d’un groupe particulier. Ce qui ne devait être au départ qu’une organisation provisoire, a vu son mandat constamment renouvelé. Il est important de noter que cette organisation donne une définition particulièrement large du « réfugié de Palestine » puisque cela englobe les descendants. Ce qui n’est pas le cas pour les autres réfugiés. C’est ainsi que l’on comptabilise désormais plusieurs millions de réfugiés.

Revenons à aujourd’hui. Il y aurait selon ces statistiques 4,23 millions de palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, et 1,37 en Israël. Que veut dire l’Autorité Palestinienne (AP) à travers ces données ? Il y a là tout à la fois un message s’adressant aux palestiniens des territoires et aux « expatriés », aux arabes israéliens, à Israël, et à la communauté internationale.

Pour les palestiniens des territoires, cela permet de rassembler sous une même bannière ce qui est divisé sur le terrain, Gaza et la Cisjordanie, ou encore politiquement, le Hamas et le Fatah. On envoie également un message aux « expatriés », estimés à 4.99 millions essentiellement dans les pays arabes voisins, leur disant, cette reconnaissance que nous sommes allés chercher à l’ONU, c’est aussi pour vous. C’est une recherche de légitimité de l’action de l’AP au moment où celle-ci est la plus contestée. A la fois auprès du Hamas qui voudrait étendre son emprise à la Cisjordanie. Et auprès du Qatar qui a récemment jeté son dévolu sur l’étroite bande côtière et dont l’Emir demande, contrairement à Mahmoud Abbas, d’abandonner la lutte pour Jérusalem.

Pour les arabes israéliens, ces chiffres qui les intègrent, veulent leur « rappeler » que bien qu’ils aient la nationalité israélienne, ils font partie intégrante du peuple palestinien. Cette position est parfaitement illustrée par la lettre qu’a adressé la députée arabe israélienne Hanin Zoabi au principal prêtre de Nazareth: « cessez d’encourager les jeunes chrétiens d’entrer dans Tsahal, vous en faites des ennemis de la Nation arabe ».

Quant aux israéliens, ils remettent en cause ces évaluations. Les autorités avancent de leur côté 7,83 millions d’habitants, dont 5,9 millions de juifs. Certains commentateurs font valoir également qu’il existerait une certaine ambiguïté sur la population réelle de l’Etat Hébreu qui serait minorée pour des raisons stratégiques. En effet, connaître la taille de la population reviendrait à déterminer le nombre exact de réservistes. Néanmoins, pour l’Autorité Palestinienne, c’est un moyen d’intervenir dans le processus électoral en agitant le spectre d’une majorité non juive qui sonnerait le glas de la solution de deux Etats pour deux peuples. L’idée est de renforcer, aussi bien à droite qu’à gauche de l’échiquier politique, les opposants à un Etat binational. Il suffit de se rappeler que c’est déjà cette perspective qui avait convaincu Ariel Sharon de changer sa ligne politique et de quitter Gaza.

Quant à la communauté internationale, le message est le suivant. Nous avons une population de taille respectable, mais un Etat uniquement sur le papier. Aidez-moi maintenant à lui donner une réalité tangible, sinon, avec la démographie qui joue en notre faveur, ce sera soit « l’apartheid », soit un Etat binational avec toutes les conséquences négatives que l’on peut anticiper. Ou en d’autres termes : c’est Abbas ou le Hamas, et deux Etats ou le chaos.

La natalité, une arme à double tranchant

Selon le rapport du BCPS, la natalité des palestiniens, bien qu’ayant diminué pour rejoindre celle de la population israélienne, serait suffisante pour leur donner la majorité à l’horizon 2020. Mais les démographes palestiniens ont-ils intégré tous les paramètres, en particulier le fait que la population religieuse juive, près de 20% des habitants, a un taux de fécondité très supérieure à la moyenne nationale ? Cela mériterait une analyse plus fine avant d’adopter ces conclusions.

Quoi qu’il en soit, Yasser Arafat, en son temps, prônait la « guerre de l’utérus » et demandait à chaque mère palestinienne de lui « donner au moins un de ses enfants pour combattre, et de submerger par le nombre l’ennemi sioniste ». Aujourd’hui l’AP est confrontée aux résultats de cette politique et à une crise économique qui la frappe de plein fouet, le chômage et la précarité ne cessant de s’accroitre. Plutôt que de se réjouir des conclusions de ce rapport, les dirigeants palestiniens devraient se préparer à trouver des solutions concrètes, car une croissance démographique non maîtrisée ne ferait qu’aggraver une situation déjà bien incertaine.

Le rôle des occidentaux dans le processus de paix

Plus on contextualise les résultats du rapport du BCPS, plus on s’aperçoit qu’il s’agit avant tout d’un levier politique au service du Raïs palestinien, pour inviter les occidentaux à intervenir, alors que les négociations avec les israéliens stagnent. Celui-ci, de plus en plus isolé, dans son propre camp et sur la scène internationale considère que le processus de paix ne pourra se raviver qu’avec une aide extérieure. C’est également ce que pense Shimon Perez qui a été sermonné par le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou pour ses prises de positions en faveur de Mahmoud Abbas.

Mais pour autant, les occidentaux sont-ils encore crédibles pour les différentes parties ? Cela n’est pas certain. Il suffit pour s’en convaincre de pointer quelques faits, tels que l’absence de désarmement du Hezbollah qui de fait impose sa loi, alors que cela était prévu lors des accords qui ont mis fin à la 2ème guerre du Liban. On peut citer l’intervention en Libye qui a chassé Kadhafi, en laissant une situation des plus instables. Le départ d’Afghanistan qui est à coup sûr le prélude au retour des talibans. Ou encore la politique d’Obama priorisant l’Asie, et qui a délaissé les alliés traditionnels des USA, comme Hosni Moubarak, au profit d’un soutien aux printemps arabes qui ont fait émerger un gouvernement islamiste à la tête de l’Egypte. Ce n’est pas un message des plus rassurants qui a été adressé là aux monarchies pétrolières proaméricaines, alors que l’Iran n’est plus qu’à quelques coudées de la bombe atomique. Le manque de constance et les revirements politiques entament le crédit de ceux qui sont sensés incarner les valeurs démocratiques et être les « gendarmes du monde ». Ces manquements permettent désormais l’émergence de nouveaux acteurs, tel le Qatar qui vont occuper le terrain, laissé plus ou moins vacant.

La démographie ne fait pas tout

Le Qatar est un petit état du Golfe persique relié à la péninsule arabique, dont l’indépendance ne date que de 1971. Peuplé de moins de 2 millions d’habitants son influence internationale est considérable. On voit bien avec cet exemple que la démographie ne fait pas tout, bien au contraire.

Ce pays est désormais omniprésent sur la scène Proche et Moyen-orientale. Sa puissance économique est au service d’une pratique rigoriste de l’islam Sunnite qui n’a rien à envier à l’Arabie Saoudite. Son intervention à Gaza a permis de ravir à l’Iran la branche politique du Hamas, démontrant qu’il est désormais un acteur incontournable. Et c’est là précisément que les Occidentaux doivent intervenir.

L’avenir et la paix de cette région se joueront à la condition, de permettre conjointement le développement économique et de la démocratie. Ce qui impose de défendre avec constance ces valeurs et lutter fermement contre l’extrémisme et l’obscurantisme. Ainsi la confiance en l’Occident sera restaurée et sa présence sera beaucoup plus efficace que le seul exercice de pressions sur tel ou tel partenaire, ou l’attribution d’aides financières.

Comme on le voit à partir de quelques chiffres, ont peut aller très loin. Il ne suffit pas pour cela uniquement de savoir compter, mais également de lire entre les lignes !

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