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La France a levé des obligations à 10 ans à un taux inférieur à 2%, une excellente opération.
©Reuters

Contournement

Les marchés sont-ils en train de se détourner de la dette française ?

La France a emprunté à des taux inférieurs à 2% pour des échéances à 10 ans. Un record pour l'Hexagone qui traduit la confiance des investisseurs. Mais il pourrait en être autrement à plus long terme.

Philippe Herlin

Philippe Herlin

Philippe Herlin est chercheur en finance, chargé de cours au CNAM.

Il est l'auteur de L'or, un placement d'avenir (Eyrolles, 2012), de Repenser l'économie (Eyrolles, 2012) et de France, la faillite ? : Après la perte du AAA (Eyrolles 2012) et de La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ? chez Atlantico Editions.

Il tient le site www.philippeherlin.com

Voir la bio »

Atlantico : La France a emprunté à des taux records (inférieurs à 2%) pour des échéances à 10 ans. Mais cette situation est-elle amenée à se poursuivre ? Les marchés financiers, sur lesquels s'endette l'Etat français lorsqu'il émet de la dette, sont-ils en train, ou peuvent-ils commencer, de se détourner de la dette française ?

Philippe Herlin : Pas du tout, les marchés ne se détournent pas de la dette française. Encore hier - le 4 avril - la France a levé des obligations à 10 ans à un taux inférieur à 2%, une excellente opération, et un des taux les plus bas que puisse obtenir un pays à travers le monde. Malgré la perte de son triple A, l'aveu que l'objectif d'un déficit sous les 3% du PIB ne serait pas atteint cette année, la croissance zéro, la France continue de bénéficier d’une excellente signature.

Cela peut sembler bizarre mais c’est comme ça. Dans un autre domaine, l’or devrait monter, les banques centrales font tourner la planche à billets et avec Chypre, on sait désormais que les dépôts ne sont plus absolument sûrs, mais ce n’est pas le cas ! Ceci dit, il faut penser à long terme, et il vaut mieux acheter de l’or que des obligations françaises, ceux qui continuent d’investir dans la dette souveraine prennent de gros risques. Et puis lorsque l’on voit l’affaire Cahuzac et ses suites, on se dit aussi qu’une crise de régime pourrait vite alerter les marchés…

Si cela se produit non pas à court terme, mais à long terme, quelles seraient les conséquences pour l'économie française si les investisseurs n'accordaient plus leur confiance ?

Une remontée des taux, et très rapidement un étranglement des dernières marges de manœuvre dont nous disposons. Il faut rappeler que notre situation est pire que l’Italie : celle-ci a un budget excédentaire, mais qui devient déficitaire une fois que l’on incorpore les intérêts de la dette (on dit qu’elle a un excédent primaire), ce qui n’est même pas le cas de la France. Notre déficit structurel est nettement supérieur et on ne voit rien qui pourrait le réduire. Et surtout, si la France connaît des difficultés, qui va lui venir en aide ? Il n’y aura que l’Allemagne, ce qui sera bien trop lourd pour elle. Les fonds d’aide (FESF, MES) ne seraient que d’un secours très temporaires.

Il faudrait passer à autre chose, ce que nous avons vu à Chypre : la ponction des comptes bancaires. D’autant que le président de l’Eurogroupe a déclaré que Chypre constituait un « modèle » pour le futur, c'est-à-dire solliciter les épargnants plutôt que les autres pays européens. Et contrairement à Chypre, les dépôts de moins de 100.000 euros n’y échapperaient pas : Chypre a bénéficié de 10 milliards d’aide, pour la France il faudrait plusieurs centaines de milliards, ce qui est impossible. Il ne restera alors qu’à puiser dans les comptes bancaires…

Alors que François Hollande a déjà annoncé qu'il ne pourrait pas tenir son objectif de 3% en 2013, alors qu'il s'agissait d'une promesse de campagne, comment éviter un tel scénario ?

Le temps presse. En fait tout le monde sait ce qu’il faut faire, la Cour des comptes, les think-thank comme l’Ifrap, plusieurs économistes le disent depuis longtemps : il faut baisser la dépense publique, de l’Etat comme des collectivités locales où le gâchis est immense. Il manque la volonté politique, depuis 40 ans. La pression des événements peut-elle l’y aider ?

Nous glissons plutôt vers la crise politique, la crise de régime. Le salut peut-il encore venir de la classe politique actuelle ? J’en doute. Mais l’espoir existe, il faudrait que se lève un mouvement en faveur des libertés économiques… espérons.

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