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Des élèves installés dans l'une des classes d'une école à Nantes le jour de la rentrée scolaire.
©FRANK PERRY / AFP

Tribune

Le mythe de l'égalité républicaine à l'école

La liberté scolaire serait plus efficace pour lutter contre les inégalités. Une tribune co-écrite par David Lisnard, maire de Cannes, Lisa Kamen, professeur des écoles et chroniqueuse radio, et Myriam Menez, enseignante et présidente d’association de parents d’élèves.

David Lisnard

David Lisnard

Porte-parole de François Fillon durant la campagne présidentielle 2017, David Lisnard est maire de Cannes depuis le 5 avril 2014. 

Voir la bio »Lisa Kamen

Lisa Kamen

Lisa Kamen est professeur des écoles et chroniqueuse radio.

Voir la bio »Myriam Menez

Myriam Menez

Myriam Menez est enseignante et présidente d’association de parents d’élèves.

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« Mon fils m’a demandé si le prénom Pierre existait vraiment ». Les paroles de cette femme à l’adresse d’Emmanuel Macron ont fait le tour des médias français. Elles ne sont pas anecdotiques. Nous constatons dans tant de nos quartiers et écoles en France cette concentration de population d’origine étrangère. Comment traiter la question de la mixité scolaire et la capacité de nos écoles à bien instruire et générer de la cohésion nationale dans les établissements où se retrouvent presque exclusivement des enfants d’immigrés ?

La réponse est contre-intuitive. Elle réside notamment dans une nouvelle liberté scolaire. Il est un mythe tenace: l’école de la République serait une garantie d’égalité. Pourtant 12 % des jeunes gens participant à la Journée défense et citoyenneté rencontrent des difficultés dans le domaine de la lecture. La moitié d'entre eux est « en situation d’illettrisme » pour utiliser le drôle de lexique novlanguesque de l’administration française. Ces jeunes illettrés sont majoritairement issus des quartiers « défavorisés ». Les familles modestes sont donc moins bien servies par l’école. Où est l’égalité ? Où est même la tentative de lutte contre les inégalités ? Non seulement c’est un mythe mais c’est un mensonge d’État.

50 % des parents scolariseraient leurs enfants dans un établissement privé s’ils le pouvaient. Plus de 80 % des Français trouvent que ce serait une bonne chose de pouvoir choisir. Mais voilà : ils ne le peuvent pas. La carte scolaire, la stricte limitation du nombre d’écoles privées sous contrat, et le fait que l’on prélève par l’impôt le coût de l’école publique – tout en affirmant à tort qu’elle est gratuite – réduisent drastiquement les possibilités des parents. Et les contraintes sur les écoles privées continuent de s’alourdir avec un régime d’autorisation a priori qui se substitue à un système de contrôle a posteriori. Plutôt que de sanctionner les abus de quelques-uns, on restreint la liberté de tous. Comme le souligne le juriste Pierre Delvolvé, « en substituant un régime administratif à un régime judiciaire, on prive de garanties légales la liberté d’enseignement ».

De nombreux chercheurs se sont penchés sur cette idée, très largement admise que l’école privée était moins « démocratique » que l’école publique. Or, selon Gabriel Langouët et Alain Léger de l’Université de Caen, il existe une « idée fausse » selon laquelle l’école publique est, à l’inverse du privé, « démocratique, socialement neutre et au service de tous les enfants sans distinction ». Ils notent en effet que le secteur privé est « un lieu de meilleure réussite pour les enfants des classes populaires » et concluent ainsi : « le secteur public est plus démocratique par son recrutement social, certes, mais le secteur privé est plus démocratique parce qu’il réduit les écarts sociaux de réussite ». Ils soulignent aussi que « la composition sociale des deux secteurs s’est modifiée dans le sens d’une indéniable démocratisation du secteur privé ; [que] l’efficacité des deux secteurs s’est transformée et [que] le secteur privé a continué à réduire plus vite que le secteur public les inégalités sociales de réussite ».

Comme nous l’avons vu, une majorité massive de parents souhaitent pouvoir choisir l’établissement scolaire de leurs enfants. Pour y répondre et relever le niveau global de l’instruction en France, la concurrence entre les écoles permettrait d'une part de proposer des projets variés et adaptés à la diversité des enfants, d'autre part de les comparer. Il ne s’agit pas de pulvériser l’Éducation nationale mais, au contraire, de la sauver en la recentrant sur les missions du service public tout en permettant aux familles et aux enseignants qui le souhaitent d’avoir le choix. Qui dit choix, donc liberté, dit responsabilité. Il devient impossible de prendre l’école pour une simple garderie lorsqu’on est informé et libre d’inscrire son enfant dans l’école la plus adaptée.

Il existe plusieurs formules permettant de restituer cette liberté : du crédit-scolarité aux free schools à l’anglaise, les possibilités sont nombreuses. Il s’agit dans tous les cas de rendre aux parents, premiers éducateurs de leurs enfants, une véritable liberté de choix et de permettre aux écoles de disposer d’une plus grande autonomie de gestion. Le rôle de l’État serait de proposer des bourses sur des critères sociaux et de performance scolaire des élèves, d’examiner les projets d’écoles, les contrôler, et exiger d’elles l’enseignement d’un socle commun correspondant à un volume horaire minimal basé sur les fondamentaux : savoir lire, écrire, compter, connaître l’histoire et la géographie de son pays, bénéficier d’une éducation artistique et culturelle… Autant de connaissances qui seraient évaluées à l’entrée en 6ème, en 3ème puis à la sortie du lycée par des examens nationaux. Et il y a fort à parier que les écoles qui proposeraient 26 heures de macramé ou de slam par semaine seraient reléguées par les parents qui veulent le meilleur pour leurs enfants : leur réussite et leur épanouissement. C’est l’un des effets positifs de la concurrence. Elle engendre de l’émulation et permet concrètement de sortir du nivellement par le bas. Les enseignements de bases seraient renforcés, de même que les compétences dans les humanités et le sport. Les chefs d’établissement seraient libres de choisir leurs équipes enseignantes, de les former, de les gérer comme le fait un chef d’entreprise. On sait que les deux premières causes de désaffection pour ces métiers sont l’absence de liberté géographique et le sentiment de contrainte pédagogique. Les professeurs aussi réclament de l’air !

Grâce à la multiplicité des initiatives privées, les parents « des quartiers » ne seraient plus cantonnés dans leurs choix. Ils pourraient comparer en toute transparence les performances des écoles alentours et décider s’ils souhaitent que leurs enfants croisent des petits Pierre ou pas. Ils seraient à égalité avec ceux qui peuvent aujourd’hui scolariser leurs enfants dans la « bonne école » parce qu’ils ont les moyens de la payer en plus de leur contribution par l’impôt ou qu’ils disposent d’informations fiables concernant la qualité des établissements. Ces mesures concrètes de libéralisation auraient vocation à produire des résultats rapides et mesurables. Elles n’ont rien à voir avec les formules incantatoires habituelles de bonne conscience qui ne font qu’entretenir le statu quo actuel au détriment des familles les plus pauvres, et du niveau général de l’enseignement en France tant pénalisé par le renoncement à l'émulation et au mérite.

Les réformes mises en œuvre par les pays ayant récemment redressé la barre en matière d’éducation sont variées mais l’expérience prouve qu’elles peuvent porter leurs fruits rapidement, les études PISA le montrent. Le débat sur ce point doit être ouvert : dans l’état de décrépitude actuel de l’Éducation nationale, et à la demande des premiers concernés, les élèves, leurs parents et la communauté éducative, il est urgent de libérer l’école.

Tribune co-écrite par David Lisnard, maire de Cannes, Lisa Kamen, professeur des écoles et chroniqueuse radio, et Myriam Menez, enseignante et présidente d’association de parents d’élèves.

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