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Crédits Photo: LOIC VENANCE / AFP

Bonnes Feuilles

Le grand péril qui plane sur l'Éternel féminin est bien la dévirilisation masculine

Dans "Elle : Eloge de l'éternel féminin" (ed. Albin Michel), Denis Tillinac nous invite à préserver ce mystère qu'est la femme pour l'homme et éviter à tout prix qu'une guerre des sexes n'éclate. 2/2

Denis  Tillinac

Denis Tillinac

Denis Tillinac est écrivain, éditeur  et journaliste.

Il a dirigé la maison d'édition La Table Ronde de 1992 à 2007. Il est membre de l'Institut Thomas-More. Il fait partie, aux côtés de Claude Michelet, Michel Peyramaure et tant d'autres, de ce qu'il est convenu d'appeler l'École de Brive. Il a publié en 2011 Dictionnaire amoureux du catholicisme.

 

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Mauvais procès : ce n’est pas l’émancipation de la femme qui met en péril l’Éternel féminin mais son substrat idéologique dans nos sociétés « modernes », empoisonnées par le venin de leur nihilisme. En décrétant que toute invocation d’un monde de l’esprit débordant la matérialité était une illusion, donc une aberration, les philosophes de la « déconstruction » ont vidé l’imaginaire de toute substance. L’humain n’est qu’une « machine désirante » actionnée par les pistons d’une libido anonyme. Et cette machine n’a pas de sexe déterminé, les pulsions qui traversent sa tuyauterie n’ont pas de visage. Il m’a fallu beaucoup de temps et quelques sauts d’obstacles pour comprendre cela. On ne vit pas sans conséquence parmi les écrivains et les peintres. Mes égéries, je les voyais en divas capricieuses et lasses, alanguies sur un sofa ; ou en vestales immaculées recluses dans un manoir telle la Calixte du Prêtre marié de Barbey d’Aurevilly.

 Je les voyais oisives et songeuses, attentives exclusivement à ce qui accélérait les battements de leur cœur. Je les silhouettais en amoureuses potentielles ou virtuelles, état qui immobilise le temps. Denrée rare parmi mes contemporaines si l’on excepte les patriciennes, les bourgeoises de province – et ces femmes de tous milieux égarées dans notre siècle, qui cherchent éperdument l’amour et rien d’autre. La plupart ne lui consentent que de la petite monnaie de semi-regrets épisodiques, quand il pleut sur leur existence. Elles convoitent un diplôme, puis un job ; un mari les encombre et quand il daigne s’absenter, congrès ou colloque, des histoires prosaïques de loupiots à récupérer à l’école, de courses au supermarché ou de prêt pour l’achat d’un quatre-pièces accaparent leurs neurones. Celles qui prennent un amant et deviennent sa « maîtresse » s’en tiennent à des apartés furtifs, des cinq-à-sept relevés seulement par le piment de la clandestinité. C’est mieux que rien, soupirent-elles en tournant les pages d’un agenda noirci d’obligations. C’est beaucoup moins qu’il n’en faudrait pour les régaler d’une aventure tant soit peu romanesque. Chaque fois qu’une copine en veine de confidence me raconte sa dernière « histoire » – c’est son mot –, je la trouve courte en bouche, comme on dit d’un vin de soif faussement enjôleur. « On se fait des week-ends sympas », précise-t-elle avec une moue à michemin du contentement et de la résignation. Et je suis tenté de la juger inapte aux cavales où le cœur abat toutes ses cartes sans souci du lendemain. L’amour peut être sombre ou joyeux, il n’est pas « sympa ». Mauvais procès, mauvaise foi : une égérie, ça se mérite, et l’homme aujourd’hui n’a pas la carrure. La plupart des femmes d’ailleurs ne cessent de déplorer qu’il se dévirilise. « Sois un mec ! » : on entend partout cette injonction, chez les plus jeunes notamment. Les femmes ont amèrement conscience d’inspirer encore et toujours l’antique peur à l’homme qui ne sait plus trop s’il doit feindre la rudesse ou ramper à leurs pieds. Soit il roule les mécaniques et elle casse son effet parce que sa grande gueule trahit un autoritarisme vulgaire de petit chef, soit il se laisse materner comme un doudou et il ruine le peu qui lui reste de crédit. Dans les deux cas, les femmes lui intentent un procès en insuffisance, et elles ont raison.

Elles ne veulent ni d’un mariol ni d’un paillasson. Elles voudraient simplement que leur mec poétise sa virilité. Mais il n’a plus les mots de cette passe, ni les gestes. Il tourne autour de la féminité comme un chien apeuré autour d’une vipère et s’en écarte.

Extrait de "Elle : Eloge de l'éternel féminin" de Denis Tillinac, publié chez Albin Michel.

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