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Le coup de cœur de la semaine : "chrétiens, juifs et musulmans dans Al-Andalus, mythes et réalités" de Dario Fernandez-Morera, une pièce importante dans le dossier du multi-culturalisme

Hélène Renard pour Culture-Tops

Hélène Renard pour Culture-Tops

Hélène Renard est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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LIVRE
Chrétiens, juifs et musulmans dans Al-Andalus, mythes et réalités 
de Dario Fernandez-Morera,  préface de Rémi Brague, de l'Institut
Ed. Cyrille Godefroy
368 p. 24 €
 
 
RECOMMANDATION
 
Excellent  
 
 
THEME
 
L'affirmation qu'en Espagne arabo-musulmane (du VIIIe au XIIIe siècle) les fidèles des trois religions ont pu vivre une coexistence harmonieuse en un paisible paradis est une falsification de l'histoire. Telle est la thèse de l'auteur qui entreprend ici une démystification de cette vision idyllique (soutenue, affirme-t-il, par une propagande efficace et utile à certains). Les faits historiques, les textes (en particulier juridiques), les trouvailles archéologiques récentes,  la démentent. Il aborde dans les deux premiers chapitres la façon dont l'Espagne a été colonisée et conquise par les forces du Califat islamique, démontrant qu'il s'agissait bien d'un jihad, d'une invasion à motifs religieux, avec pour effets la destruction d'une civilisation, celle de l'empire chrétien gréco-romain et wisigothique. A partir du troisième chapitre, il détaille les réalités quotidiennes de la vie à al-Andalus, société régie par la sharia, gouvernée par un clergé islamique, proche du malikisme, école conservatrice de la jurisprudence musulmane, où des mots comme tolérance, liberté de conscience, n'avaient aucun sens. La prétendue convivencia était quotidiennement accompagnée de décapitations, d'empalements, de crucifixions à la fois contre les musulmans blasphémateurs et contre les chrétiens et les juifs non soumis.  Sans parler du sort réservé aux femmes, excisées, lapidées ou réduites à l'esclavage sexuel. Ni des destructions innombrables d'églises. Les Chrétiens restaient des dhimmis, tolérés mais avec des mesures humiliantes car en position d'inférieurs ; de même pour la majorité des juifs. Et bien entendu, l'auteur examine en les nuançant les apports culturels des grands esprits de l'époque (Averroès entre autres). Il démontre, avec l'appui de nombreuses références, que l'Espagne islamique ne fut pas une période heureuse, ouverte, tolérante, n'en déplaise aux tenants du "multiculturalisme".  
 
 
POINTS FORTS
 
  • L'éclairage  totalement nouveau offert par ce livre remettant en cause une croyance largement répandue et une vision, héritée du XIXe siècle, qui ne s'appuyait pas sur les faits historiques.
 
  • Avec 190 pages de notes détaillées, dont la lecture n'est pas moins intéressante que le reste du texte, les sources et références sont non seulement citées mais largement expliquées. 
 
  • Le courage de l'auteur qui ne craint pas d'être traité d'islamophobe -ce qu'il n'est pas à l'évidence-  et contredit sans sourciller les affirmations de ses confrères historiens quand elles vantent une tolérance qui n'a jamais pu exister, les lois et textes juridiques de l'Islam, généralement méconnus, s'y opposant.
 
  • Les "perles" citées en tête de chacun des chapitres : une sélection d'affirmations surprenantes qui laissent le lecteur plus qu' étonné...
 
  • La préface de Remi Brague (membre de l'Académie des sciences morales et politiques) qui, depuis longtemps, dénonce cette vision idyllique :  "C'était trop beau pour être vrai".
 
 
POINTS FAIBLES
 
  • L'éditeur, courageux lui aussi, aurait cependant dû veiller à ce que les citations des historiens chantres d'un paradis tolérant soient mises dans une autre police de caractère de façon à les distinguer d'emblée du reste du texte et de l'analyse de l'auteur.
 
  • Les innombrables exemples, références, preuves, sources citées, finissent par rendre à la longue, du moins pour le non spécialiste, la lecture mal aisée. Les spécialistes, eux, apprécieront cette abondance justifiée par l'objectif de démystification.
 
 
EN DEUX MOTS
 
S'il existe des dizaines d'ouvrages et d'articles, tous orientés dans la célébration de cette période hispano-islamique, il est juste et enrichissant que paraissent enfin une  étude permettant une approche différente, "dégrisante" dit Rémi Brague.
 
 
UN EXTRAIT
 
"Rares sont les périodes de l'histoire qui ont été si mal interprétées ou déformées que l'Espagne musulmane. La tolérance si vantée des dirigeants omeyyades fait partie de cette narration ou de ce roman historique.  Nous avons vu que cette interprétation ne résiste pas à un examen attentif... "
 
 
L'AUTEUR
 
Dario Fernandez-Morera est américain, né en 1950, professeur au département d'espagnol et de portugais de l'Université Northwestern ( Chicago). Docteur de l'Université Harvard, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'Espagne médiévale et s'est fait connaître par plusieurs monographies sur les auteurs du Siècle d'or. Dans sa version anglaise, paru aux Etats Unis, cet ouvrage a rencontré un grand succès auprès du public américain sous le titre The Mythe of the Andalusian Paradise (2016)

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