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Loin des yeux...

La Réunion va-t-elle sombrer dans la guerre civile ?

Après trois jours d’émeute, la flambée de violences s'étend sur l'île de La Réunion. Claude Guéant a dénoncé ce vendredi des « violences inacceptables ». Neuf membres des forces de l’ordre ont été blessés.

Eric Beeharry

Eric Beeharry

Eric Beeharry est le leader du mouvement citoyen Ensemble pour la Réunion.

Il a vocation à rassembler toutes les bonnes volontés, afin de renouveler la gouvernance économique et politique de l'île pour un meilleur avenir de sa population. Eric a travaillé plusieurs années à Paris et la Défense dans les services financiers et le commerce international pour Coca Cola, Canal+, Expedia et Vinci entre autres

 

 

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Atlantico : Comment et pourquoi la Réunion est tombée dans la violence cette semaine ?

Eric Beeharry : Des politiques et journalistes ont prétendu qu'il s'agissait d'une manipulation du PCR (Parti Communiste Réunionnais) pour faire oublier sa crise interne et détourner le regard du public vers ces émeutes téléguidées. Car plusieurs ténors de ce parti se rebellent actuellement contre leur direction plus qu'archaïque. Il se trouve que le premier soir d'émeutes coïncide avec le jour de l'annonce de la candidature de la députée sortante Huguette Bello contre son parti.

De surcroît, des habitants du quartier du Chaudron à Saint-Denis (où ont démarré les émeutes) ont témoigné que les casseurs ne venaient pas du quartier et étaient même prêts à en découdre avec eux pour défendre leur lieu de vie.
 

Qui sont les émeutiers ?

On peut légitimement supposer que ces émeutiers sont soit des militants de ce parti, soit des jeunes chômeurs achetés (la misère est grande à la Réunion), soit de sincères engagés mais manipulés.
 
Ceci dit, ces informations ont été passées sous silence dans la presse locale (peu libre). Ces violences orchestrées du premier soir sont donc réellement passées pour des revendications sociales aux yeux de la population. Ce qui a entraîné les jours suivants des imitations d'émeutes dans d'autres villes que Saint-Denis et qui là n'étaient pas dirigées politiquement, comme à Saint-Benoît et à Saint-Pierre.
 

C'est la "vie chère" qui est en cause ?

Il y a 3 raisons majeures à la vie chère à la Réunion :
 
D'abord il y a l'octroi de mer qui s'applique à tous les biens arrivant sur la Réunion. Ce qui est aberrant, puisqu'il s'agit clairement d'un droit de douane en pleine Union Européenne. D'autant plus dément que cette taxe censée protéger les productions locales frappe également les biens non produits à la Réunion. La vraie raison d'être de l'octroi de mer est ailleurs. Il finance les collectivités locales. C'est pourquoi les élus locaux rechignent à le supprimer, mais ainsi jouent contre le peuple qui subit cette taxation de la consommation. Il suffirait donc d'éliminer cet octroi de mer pour alléger le coût de la vie. D'ailleurs les collectivités de métropole ne vivent pas d'octroi de mer... et de plus la Cour des Comptes dénonce régulièrement la mauvaise gestion des finances publiques par les politiques réunionnais.
 
Ensuite, il y a un manque cruel de concurrence à la Réunion. C'est-à-dire que dans des secteurs clé comme le transport aérien, l'importation et la grande distribution, il y a si peu d'acteurs, d'entreprises, qu'ils ont toute liberté pour gonfler leurs marges et imposer des prix exorbitants aux consommateurs. Il suffirait donc de lancer des appels d'offres (internationaux même), pour libéraliser ces secteurs et ainsi provoquer la bataille des prix et donc leur baisse. Ce qui par ricochet nous apporterait plus de touristes par la baisse du prix du billet d'avion et donc une nouvelle source de croissance économique avec un potentiel de 20 000 emplois supplémentaires (chômage actuel: 120 000).
 
Enfin, la classe politique ne propose aucun projet économique pour la Réunion. Si bien que le chômage stagne à 30% et la population sous le seuil de pauvreté s'élève à près des deux tiers de la population. Une crise sociale terrible, mais qui arrange les politiques. Car les électeurs étant dans la misère, ça leur permet de les acheter par des bons des CCAS, des contrats de travail précaires dans les collectivités et autres SEM et même de l'argent liquide lors des campagnes électorales (sans parler des fraudes massives). Ce qui empêche le débat d'idées et donc l'apparition des solutions pour le pouvoir d'achat et le plein emploi. Il n'y a donc aucune démocratie à la Réunion.

Quel bilan tirer de la table ronde qui a eu lieu ce vendredi ? Comment pensez-vous que va évoluer la situation ?

La table ronde en préfecture a donné lieu à une baisse de 8 centimes sur le litre d'essence et une légère baisse (montants non précisés encore) sur les produits alimentaires de première nécessité.

Mais il y a 3 ans, ce même genre de mesures avaient été décidées. 3 ans après, la crise et les émeutes sont de retour. On voit donc bien que ces avancées apparentes n'en sont pas. Ces baisses artificielles seront vite compensées par de nouvelles hausses, puisqu'on ne s'est pas attaqué au fond du problème: l'octroi de mer, les monopoles et l'absence de projet économique pour la Réunion.

Les premières réactions ont donc naturellement été négatives et il est fort à parier que les émeutes vont continuer encore ces jours prochains. La France vient d'envoyer des centaines de militaires. La suite des événements promet donc d'être difficile et de plus en plus violente.

Avec le mouvement citoyen Ensemble, nous allons réfléchir à comment calmer les esprits tout en faisant avancer nos idées pour le pouvoir d'achat et le plein emploi. Bien que la presse locale ne nous aide pas beaucoup, préférant relayer les extrémistes et boycotter les démocrates. Ces solutions ont pourtant marché partout dans le monde, dans les démocraties modernes, mais bizarrement passent pour extraordinaires et révolutionnaires dans cette île coupée du monde libre. Ce bout de France où les principes de base d'économie et de démocratie sont ignorés, moqués, voire lynchés. Nous appelons à l'aide les démocrates de France. 

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