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©ETIENNE LAURENT / POOL / AFP

Mépris

La minute sexiste du président Macron

34 victimes ont été opportunément oubliées par le président de la République lors de sa minute de silence pour les victimes de violences conjugales.

Eric Deschavanne

Eric Deschavanne

Eric Deschavanne est professeur de philosophie.

A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxième
humanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry
(Germina, 2010). Il est également l’auteur, avec Pierre-Henri Tavoillot, de Philosophie des âges de la vie (Grasset, 2007).

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Il fallait que cela arrivât ! Le geste de trop ! Un geste officiel indécent, presque ridicule, mais qui produit l'effet d'un symptôme révélateur. La minute de silence demandée vendredi par le président de la République en mémoire des 123 femmes victimes de la violence conjugale en 2016 a subitement dévoilé le caractère fondamentalement sexiste de la vague néo-féministe que nous subissons depuis quelques années. Pour obtenir ce chiffre de 123 victimes, en effet, il a fallu que le président procède à une soustraction. Selon les chiffres du ministère de l'intérieur, il n'y a pas eu 123 meurtres conjugaux en France en 2016, mais 157. Il n'y a pas eu, en 2016 dans les foyers français, 123 meurtriers mais, pour parler « inclusif », 157 meurtriers et meurtrières. Il manquait donc 34 victimes dans la comptabilité morbide du président. 34 victimes oubliées, pour lesquelles Emmanuel Macron a estimé que « le silence vide de l'indifférence » était amplement suffisant.

Cette minute de silence que Macron voulait « vibrante » fut assourdissante, passant sous silence les 34 victimes mâles de la violence conjugale. Le « silence vibrant du respect pour Sophie, Anna, Émilie, Fatima... » s'est accompagné d'un silence méprisant pour Vincent, Paul, Mohamed et les autres. Les hommes victimes de meurtres conjugaux ont été niés par le président. Si l'on admet le désormais lieu commun selon lequel la négation d'un crime est une manière de tuer la victime une deuxième fois, ils sont donc morts deux fois.

Ce négationnisme, comme tout négationnisme, a une cause idéologique. Le président a parlé et agi sous l'influence de l'idéologie néo-féministe qui distille depuis plusieurs années, à travers les médias et les réseaux sociaux, un sexisme anti-mâles plus ou moins explicite. Le sexisme, rappelons-le, se définit comme la discrimination fondée sur l'appartenance à un sexe. La discrimination entre les morts à laquelle se livrent nos néo-féministes, et que le chef de l’État reprend désormais à son compte, est objectivement une discrimination sexiste. On imagine sans peine les réactions si l'on avait soustrait les musulmans (au motif que les auteurs étaient eux-mêmes musulmans) de la liste des victimes des attentats de Paris ou de Nice au moment des hommages nationaux qui leur furent rendus. C'est bien à une discrimination de ce type que s'est livré vendredi le chef de l’État. Faut-il que l'intoxication idéologique des médias soit complète pour qu'un tel scandale moral demeure inaperçu !

Pour justifier « l'oubli » des 34 victimes mâles, il n'y a que trois interprétations possibles. La première, la simple étourderie, est improbable. Il faudrait interpréter l'oubli de manière freudienne, faire le procès de l'inconscient sexiste du président Macron. Difficile pourtant d'imaginer que le président ait été négligent au point de ne pas se faire communiquer des chiffres connus de tous ceux qui se tiennent informés le problème, réel et sérieux, de la violence conjugale.

Deuxième interprétation : le président a un sens de la justice superficiel. Obsédé par la parité – un idéal de justice qui nie l'individu, puisqu'il substitue le principe de l'égalité entre les groupes à celui de l'égalité entre les individus -, il aurait été frappé par la dissymétrie entre le nombre des victimes femelles et celui des victimes mâles. Le problème serait moins, dans l’esprit du président, celui de la violence conjugale en tant que telle, que le déficit de meurtres conjugaux féminins, ou le surplus injustifiable de femmes victimes. Il eut fallu alors, afin de respecter la parité jusqu'au bout, procéder à une autre soustraction, de manière à passer sous silence, en même temps que les 34 victimes mâles, 34 victimes femelles. Il eut fallu demander une minute de silence pour les 89 femmes victimes d'un surcroît injustifiable de violence conjugale.

L'interprétation la plus crédible me paraît malheureusement être la troisième, celle selon laquelle Macron a cédé – par conviction ou par cynisme - à l'idéologie du néo-féminisme sexiste. Selon ce néo-féminisme, un homme est par essence coupable, forcément coupable, si bien qu'il ne peut jamais être considéré comme une victime. Les femmes meurtrières, structurellement en état de légitime défense, ne peuvent être que des résistantes dont il faut saluer le courage. La victime mâle n'est pas à proprement parler une victime, puisque le mâle est par essence un agresseur, un oppresseur, un bourreau, un harceleur. Sa mort n'est donc que justice. Vous pensez que j'exagère ? Que des gens intelligents ne peuvent admettre une vision morale politique aussi caricaturale ? Détrompez-vous : l'histoire est remplie d'exemples de grands esprits que l'idéologie a conduit à l'aveuglement ou au délire. Rappelons-nous ce qu'écrivait Jean-Paul Sartre dans la célèbre préface aux Damnés de la terre de Frantz Fanon : « Il faut tuer : Abattre un européen, c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre. » 

Le silence autour des victimes mâles de la violence conjugale, silence orchestré par les néo-féministes, certains médias et, désormais, par le président de la République lui-même, a une signification implicite : il peut être interprété comme un permis de tuer, voire comme une incitation au meurtre féministe : « Il faut tuer: abattre un homme, c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et une opprimée : restent un homme mort et une femme libre.» Emmanuel Macron est paraît-il très intelligent. La mécanique intellectuelle fonctionne bien, c'est indéniable. Reste qu'avec lui, on ne parvient jamais tout à fait à savoir si les énormités qu'il profère parfois sont imputables au cynisme achevé d'un Mitterrand ou à l'immaturité d'un l'adolescent attardé. Une chose est certaine : il assume aujourd'hui publiquement d'endosser les habits du féminisme sexiste. 

 

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