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La laïcité, cette invention spécifiquement chrétienne

Le christianisme a inventé la distinction du sacré et du profane, du religieux et du politique, du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Cette distinction est le fondement même de la civilisation chrétienne, ce qui la distingue des autres. Extraits de "Le vrai génie du christianisme" (1/2).

Jean-Louis  Harouel

Jean-Louis Harouel

Jean-Louis Harouel est agrégé des Facultés de droit, professeur émérite à l’Université Paris II. Il est auteur prolifique d’ouvrages de droit, d’économie, d’histoire et notamment de Culture et contre-culture (1994). Il a également publié Le vrai génie du christianismeLes droits de l’homme contre le peuple (DDB), et Revenir à la nation (J.-C. Godefroy)

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"Qu’elles veuillent l’admettre ou non, les sociétés occidentales sont chrétiennes. La laïcité est une invention spécifiquement chrétienne. Le christianisme a inventé la distinction du sacré et du profane, du religieux et du politique, du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Cette distinction est la marque spécifique et le fondement même de la civilisation chrétienne. C’est ce qui rend celle-ci profondément différente des autres civilisations, à commencer par celle qui se pose actuellement comme sa grande rivale : la civilisation islamique.

La disjonction chrétienne du politique et du religieux constitue la source du succès de l’Occident. C’est d’elle qu’est née la liberté de l’individu, laquelle est à l’origine non seulement des libertés publiques européennes mais encore de la dynamique occidentale. C’est en effet à la désintrication du spirituel et du temporel, à la dissociation du sacré et du profane, qu’il faut rapporter l’invention par l’Europe occidentale – et non par d’autres grandes civilisations – du progrès technique et du développement économique, dont bénéficie aujourd’hui une grande partie de l’humanité. L’avènement de la science et de la technique moderne est certes un miracle européen, mais plus profondément encore un miracle chrétien.

1. L’identité chrétienne des sociétés occidentales


Le thème des racines chrétiennes de l’Europe n’a pas bonne presse dans l’intelligentsia. Leur évocation suscite, comme l’a noté Jean de Boishue, « une levée de boucliers » de la part de ceux « qui tiennent le christianisme pour une espèce de maladie infantile ». Pourtant, la présence du christianisme dans les sociétés européennes est encore plus forte que cela. Ce n’est pas seulement du passé qu’il s’agit, mais bel et bien du présent. Ce n’est pas seulement de nos racines chrétiennes qu’il s’agit, mais – hic et nunc – de la nature chrétienne de nos valeurs, qui relèvent de manière évidente d’un christianisme sécularisé.

Nous verrons à la fin de ce livre que la sécularisation de ces valeurs d’origine évangélique et surtout la volonté de les traduire en règles de droit n’ont pas été sans les dénaturer, produisant ainsi de graves effets pervers funestes pour les nations concernées6. Mais, pour l’heure, il ne s’agit que d’identifier le caractère indubitablement chrétien des pays européens.

Le christianisme, matrice des valeurs de l’Occident

Il est désormais bien connu que le christianisme a été historiquement la matrice des valeurs de la modernité démocratique : individualisme, égalité, solidarité, valorisation de la femme, droits de l’homme, etc. Ce sont là des valeurs inventées par le christianisme, qui ont été ensuite sécularisées au fur et à mesure que le monde occidental devenait « laïc et désenchanté », si bien que Luc Ferry considère que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 24 août 1789 « n’est bien souvent pas autre chose que du christianisme laïcisé et rationalisé ». C’est d’ailleurs ce que pensaient déjà à la fin du XIXe siècle les fondateurs de la laïcité française.

 [...]

 Le christianisme est à l’origine du développement économique intervenu depuis deux siècles, et donc de l’enrichissement du monde. Certes, rien n’est plus loin des intentions manifestées par le Christ, rien n’est plus éloigné de son refus d’agir sur le monde. Le christianisme est une religion sans projet terrestre, qui n’a en conséquence jamais eu la volonté d’apporter le progrès technique, l’enrichissement de la société, l’élévation des niveaux de vie, le bien-être matériel. Et pourtant, historiquement, il a apporté tout cela.


Sans le christianisme, nous piocherions tous la terre comme dans les civilisations anciennes. Celui qui est aujourd’hui ingénieur, cadre commercial, haut fonctionnaire ou général, n’a pas conscience que, sans le progrès technique et le développement économique permis par lui, il serait presque fatalement un paysan vivant durement et pauvrement. Le grand économiste français Jean Fourastié l’a noté cum grano salis : « Le haut fonctionnaire d’aujourd’hui […], s’il se pense vivant en 1820 […], ne pense pas un seul instant [que], vivant dans une société pauvre, il aurait eu au moins neuf chances sur dix d’être paysan pauvre. » Au lieu de quoi, du fait de l’enrichissement de la société, il est cadre, car « c’est une loi du progrès
technique de multiplier les cadres ».


Le lien historique entre christianisme occidental et développement


Bien que le thème soit relativement peu présent dans la pensée actuelle, le lien entre le christianisme et l’invention du développement économique se rencontre chez plusieurs auteurs importants. Dès les années 1930-1940, le grand historien anglais Christopher Dawson insistait sur l’« importance
primordiale [du] facteur religieux » comme explication de la suprématie matérielle des nations occidentales sur le reste du monde. Le fait « qu’un petit groupe de peuples de l’Europe occidentale ait pu acquérir dans un laps de temps relativement court le pouvoir de transformer le monde et de s’émanciper de la dépendance millénaire qui maintenait l’homme soumis aux forces naturelles » ne résultait pas « d’un héritage propre  à un type biologique particulier ». Dawson était parvenu à la conclusion que c’était la religion chrétienne qui constituait la cause de « l’évolution particulière de l’homme d’Occident».

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Extrait de "Le vrai génie du christianisme", éditions Jean-Cyrielle Godefroy, pp. 11-20

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