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La communauté Airbnb contriburait à l’économie parisienne à hauteur de 185 millions d’euros.
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Moteur économique

La France n’a aucun intérêt à partir en guerre contre Airbnb comme le suggère Cécile Duflot

Accusé de concurrencer l’hôtellerie traditionnelle, le site de location de logement Airbnb générerait 185 millions d'euros par an pour l'économie parisienne, entre logement et dépenses sur place, selon une étude commandée par le site communautaire.

Nicolas  Costes

Nicolas Costes

Nicolas Costes est économiste spécialiste du logement. 

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Le 13 juin dernier Airbnb, le site communautaire de location d’appartement, publiait un communiqué de presse relatant les résultats d’une étude qu’il  a faite réaliser. D’après cette étude, ou plutôt le communiqué de presse, "la communauté Airbnb contribue à l’économie parisienne à hauteur de 185 millions d’euros".

A défaut de disposer de l’étude complète, il faut se contenter des quelques résultats publiés. Mais quelle conclusion en tirer ?

185 millions injectés dans l’économie grâce aux seules locations parisiennes sur airbnb. Le chiffre est impressionnant mais ne représente 0,03% de la valeur ajoutée générée par l’économie francilienne en 2011 (source Insee).

Ce résultat s’appuie notamment sur les dépenses moyennes réalisées par les voyageurs Airbnb qui s’élèveraient à 865€ durant leur séjour contre 439€ pour les clients d’hôtel.

Cette comparaison ne doit pas être sur interprétée dans la mesure ou la finalité du voyage de ces deux types de clientèle (le voyageur Airbnb et le client d’hôtel) ne sont sans doute pas les mêmes : d’un coté Airbnb semble attirer une large majorité de vacanciers alors que les hôtels attirent une importante clientèle d’affaire dont l’objectif n’est pas d’aller faire du shopping ou de découvrir la gastronomie française… Il est donc logique que les dépenses affichées par les clients Airbnb soient nettement supérieures.

En valeur absolue, cette différence s’explique également par la durée du séjour : 5,2 nuits en moyenne pour un locataire selon l’étude commandée par Airbnb contre 2,3 nuits pour un client d’hôtel. Mais proportionnellement à la durée du séjour, ce sont les clients d’hôtel qui dépensent le plus (439€/2,3 nuits soit 190€ par nuit contre 865€/5,2 nuits soit 166€ par nuit pour un locataire Airbnb). Si les hôtels parvenaient à augmenter leur taux d’occupation (qui s’élève à  79,6% en 2012), le gain pour l’économie francilienne serait donc substantiel en emplois notamment !

Cela amène à se poser la question de savoir si les services d’Airbnb font concurrence à l’hôtellerie ? Autrement dit, les locataires Airbnb seraient-ils venus à Paris si ce service n’avait pas existé ? On peut penser que oui car un locataire Airbnb dépense un budget près de deux fois supérieur à celui d’un client d’hôtel. Ce n’est donc pas sa contrainte budgétaire qui l’aurait empêché de venir à Paris, il y serait en revanche resté sans doute moins longtemps sauf à ce contraindre sur ces dépenses plaisir (restaurant, shopping…).

Mais cette étude a également été commandée à la suite des échos qui ont suivi la condamnation du site par le tribunal de New-York et sans doute pour calmer les ardeurs de la ville de Paris qui souhaite encadrer davantage les locations saisonnières. Or le communiqué de presse nous apprend que « la très grande majorité des hôtes (83%) louent leur logement principal ». Autrement dit, seuls 17% des locations proposées seraient des résidences secondaires mises en location de façon permanente pour des touristes ; les autres ne serait qu’occasionnellement disponibles à la location, l’occupant profitant de son départ en week-end ou en vacances pour proposer son logement sur le site.

Cette donnée en invérifiable mais ses conséquences sur l’économie parisienne peuvent être importantes. Pourtant, une simple visite sur ce site nous permet de douter de ce résultat (si la recherche de disponibilité par date est fiable…) : en cherchant un appartement disponible à Paris du 16/09/2013 au 22/09/2013 (une semaine donc), plus de 10 287 logements s’offrent à vous ! A croire que beaucoup de parisiens désertent Paris ou prolongent leurs vacances durant les premières semaines de rentrée… après tout, ils ont le droit. Lorsqu’on étend la recherche cette fois du 16/09/2013 au 16/10/2013 (soit un mois), 4 887 logements sont disponibles… une longue absence pour 4 887 parisiens pour un mois de rentrée… il en reste même encore 3 127 disponibles pour 3 mois de location consécutifs (du 16/09/2013 au 16/12/2013)…

Comment interpréter cela ? On aurait un éventail d’environ 10 000 logements louables dont près de 30% à 50% le seraient en fait pour des durées plus longues. Ces derniers ne seraient donc vraisemblablement pas des logements principaux mais bien des résidences secondaires loués à des touristes. On serait donc loin des 17% concédés par l’étude...

Or, le fait de sortir ces biens du marché locatif « traditionnel » nuit à l’économie parisienne ; leur mise à disposition sur les sites de locations saisonnières contribue à réduire l’offre locative disponibles pour les parisiens et donc à renchérir les loyers. Cela nuit globalement à l’économie en accroissant la part du budget des ménages consacrée au logement aux dépends de la consommation, ou en augmentant les prétentions salariales ce qui nuit à la compétitivité des entreprises.

Les résultats de cette étude commandée et payée par Airbnb doivent donc être interprétés avec beaucoup de précaution. Elle aura au moins eu le mérite de faire une publicité gratuite au site.

S’il s’avérait que bon nombre de logements listés soit en fait des locations saisonnières, il ne faut sans doute pas blâmer les propriétaires qui prennent quelques largesses avec la réglementation pour arrondir leurs fins de mois. Cela devrait plutôt inciter nos dirigeants et élus locaux à s’interroger sur ce qui poussent les parisiens notamment à s’autoriser une telle pratique plutôt que de louer leur bien de manière plus conventionnelle… Un assouplissement de la réglementation des relations bailleurs-locataires allant dans le sens d’une « flexicurisation » (flexibilité pour le propriétaire du logement notamment pour récupérer plus rapidement la jouissance de son bien / sécurité pour le locataire avec des loyers moins dynamiques et une sélection moins stricte) pourrait suffire à remettre bon nombre de logements sur le marché de la location « traditionnelle ».

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