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Crédits Photo: Flickr/wjmarnoch
De par son histoire, son architecture et les œuvres qu'il abrite le musée du Louvre fait l'objet de bien des fantasmes.

Pyram-hideuse affaire

Entre le Louvre et l’Élysée, un long fleuve peu tranquille

De par son histoire, son architecture et les œuvres qu'il abrite le musée du Louvre fait l'objet de bien des fantasmes. "La face cachée du Louvre" écrit par Ariane Warlin nous permet de lever le voile sur quelques uns des secrets qui planent autour de la pyramide. (Extrait 1/2).

Ariane Warlin

Ariane Warlin

Ariane Warlin est journaliste pour la presse écrite et audiovisuelle, elle travaille sur des sujets aussi variés que l'économie, la politique internationale et la culture. Sa passion des musées l'a naturellement conduite à s'intéresser au plus étonnant d'entre eux : le Louvre.

 

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En ce jeudi matin nuageux de juin 2002, Bernadette Chirac, brushing au vent, arrive comme une furie dans le bureau de son président de mari. Elle vient de s’entretenir avec l’une de ses très proches amies, Mme Hélène David-Weill. Cette dernière est à la tête de l’UCAD, l’Union centrale des Arts décoratifs. Et elle est furieuse car elle vient d’apprendre que ce bâtiment serait délocalisé à la Monnaie de Paris, un établissement qui représente une superficie de 18 000 mètres carrés, mais il est exclu qu’elle parte des Tuileries. Elle envoie donc la première dame en « mission commandée » pour qu’elle fasse barrage à ce projet. Le président avait pourtant tout organisé.

Ce déménagement devait permettre d’étendre les surfaces d’exposition du musée, qui lorgnait en effet sur ce bâtiment, situé dans son périmètre, pour y installer le département des arts de l’Islam. Mais sainte Bernadette parvient à faire pression et le plan (bien que bien avancé) tombe dans les oubliettes de la forteresse. C’est Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture à l’époque, qui est chargé de gérer ce délicat imbroglio. De quoi refroidir davantage encore les relations avec le Louvre. Avant lui, déjà, sa prédécesseur, Catherine Tasca, avait bataillé ferme avec le musée, lequel souhaitait toujours plus d’autonomie, notamment concernant la gestion de son personnel. Leurs altercations furent d’ailleurs relayées dans Le Monde, qui leur servit de tribune en janvier 2002 pour étaler publiquement leurs états d’âme respectifs. Pierre Rosenberg a rechigné à héberger certaines pièces des arts premiers au Louvre (dont on sait à quel point elles étaient chères à Jacques Chirac), ce qui n’a pas aidé à rétablir les relations avec la présidence.

Les relations du Louvre avec l’Élysée ne se sont pas améliorées par la suite, bien au contraire. Si Henri Loyrette et Nicolas Sarkozy partagent le même goût du pouvoir et la même détestation de la contestation, pour le reste, ils sont extrêmement différents.

Indépendamment de la silhouette, tout les oppose. L’un est nerveux et populaire, l’autre relativement calme (en public du moins) et empreint d’un flegme très aristocratique. Ceci dit, ils ont besoin l’un de l’autre. Du fait d’un jeu d’intérêts bien compris, ils composent, comme il est d’usage. La situation est d’autant plus compliquée qu’un précédent entre la belle-famille de Nicolas Sarkozy et le musée a sans doute influé sur leurs rapports. Le Louvre aurait dû, en théorie, bénéficier d’un don de feu M. Bruni Tedeschi, collectionneur remarquable, et père de l’actuelle première dame. Du temps de Pierre Rosenberg, plusieurs conservateurs se rendent chez sa veuve, accompagnés par des représentants du conseil des musées, afin de choisir des œuvres. Mais finalement, l’affaire tourne court. Mme Bruni Tedeschi se rend compte qu’elle ne peut pas procéder à la donation à laquelle elle songeait, dans la mesure où son mari a déjà créé une fondation.

Regrettable épisode…

Mais ce qui a achevé d’agacer Henri Loyrette, comme tous ses homologues des autres établissements publics, c’est la gratuité des musées pour les moins de vingt-six ans. Une mesure en vigueur depuis avril 2009. Il a traîné des pieds autant qu’il a pu en mettant en avant les coûts occasionnés. Il a tenté de saborder le projet… mais en vain. S’il a obtenu certains aménagements, il a néanmoins été obligé de céder. Pour le moment, il existe un système de compensation, mais à terme, il devrait être révisé. Cette mesure est en effet un peu grotesque car plus de 80 % des jeunes qui viennent au musée sont des étrangers. On sponsorise donc leur visite avec les financements publics.

Est-ce pour normaliser les relations avec le Louvre que, lors des cérémonies du 14 juillet 2010, le président Sarkozy a remis à Henri Loyrette la légion d’honneur ? Faut-il voir derrière ce geste une récompense ? Un dédommagement ? Un signe de gratitude ? Ou un encouragement au fayotage ? Toujours est-il qu’Henri Loyrette, de son côté, n’a pas rendu la pareille, puisqu’il n’a pas assisté à la dernière cérémonie des vœux du président.

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Extrait de La face cachée du Louvre - Enquête sur les dérives du musée le plus célèbre au monde, MICHALON (12 janvier 2012)

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