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La chancelière allemande Angela Merkel lors d'une conférence de presse sur la situation de la pandémie de Covid-19 en Allemagne.
©FABRIZIO BENSCH / PISCINE / AFP

Icône (de l’efficacité) déchue

La chute : l’Allemagne se casse les dents sur la vaccination contre le Covid

Après avoir réussi à contenir le virus lors de la première vague, Berlin semble incapable depuis l’automne de faire face aux défis posés par la pandémie. Comment expliquer un tel revirement de situation ?

Charles Reviens

Charles Reviens

Charles Reviens est ancien haut fonctionnaire, spécialiste de la comparaison internationale des politiques publiques.

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Atlantico : Alors que durant les premières vagues de la pandémie, l’Allemagne a pu faire office de modèle pour freiner la diffusion du virus, elle est maintenant confrontée à un échec manifeste, illustré par ce confinement de maintenant cinq mois, et la gestion de la chancelière Merkel est de plus en plus critiquée à travers le pays, quelles peuvent être les raisons d’un tel revirement de situation ?

Charles Reviens : La situation de l’Allemagne, en miroir de celle du Royaume-Uni, démontre à l’envi que modestie et prudence sont de rigueur dans l’impitoyable benchmark des écosystèmes nationaux face à la crise sanitaire covid-19 en cours depuis plus d’un an désormais.

Dix ou onze mois plutôt, tout le monde, et moi comme les autres dans une contribution atlantico datant du 16 avril 2020, tressait des couronnes pour l’Allemagne et sa chancelière et ce pour des raisons alors avérées : meilleur niveau d’équipement médical (davantage de lits de réanimation qui accueillaient d’ailleurs des patients français), volume élevé des tests covid pilotés par l’institut Robert Koch, fédéralisme efficient, communication pédagogique et rassurante de la « scientifique » Angela Merkel et du ministre fédéral de la santé Jens Spahn, le plus souvent flanqués des 16 ministres-présidents des Länder.

Tout a de fait beaucoup changé depuis lors et notamment novembre où certains indicateurs clés se sont fortement dégradés, particulièrement à partir d’octobre 2020 où l’indicateur instantané des décès par unité de population est devenu supérieur à celui de la France.

On constate plusieurs analogies franco-allemande à l’appui de l’importante dégradation relative de la situation allemande. La première tient aux modalités du premier déconfinement à la fin du printemps et au début de l’été, avec une grande liberté dans les interactions sociales désormais regrettée par Angela Merkel selon laquelle « nous n'avons pas été assez prudents et assez rapides ». Des deux côtés du Rhin, rien n’a été mis en place dans ce déconfinement plutôt raté pour limiter les interactions sociales particulièrement génératrices des cas de contamination les plus nombreux. On peut rappeler à ce titre la politique des « 3 Cs » instituée il y un an au Japon incitant la population à éviter les lieux combinant trois caractéristiques (closed : lieux fermés avec faible ventilation, crowded : lieux avec une densité d’occupation élevée, close contact : lieux avec faible distance entre personnes). Il serait intéressant de comprendre pourquoi l’Allemagne, qui avait au printemps des pratiques présentant des similarités avec celles de certains pays d’Asie-Pacifique, n’a au final pas voulu ou pas pu mettre en œuvre la stratégie « zéro covid » qui semble avoir été si fructueuse pour ces pays.

Ensuite l’Allemagne est désormais comme la France embarquée dans la véritable panade des de l’Union européenne sur la vaccination et on reviendra sur ce point dans la deuxième question.

Tout cela a conduit la république fédérale à mettre en place à compter d’octobre 2020 et plus encore à durcir mi-décembre un confinement plus strict que celui de la France après la sortie du second confinement le 15 décembre : fermeture des écoles, port obligatoire de masques FFP2… L’Allemagne entre cette semaine dans son cinquième mois de confinement ou semi-confinement sans perspective claire d’en sortir, au moment même où le Royaume-voit la sortie du tunnel.

Cette situation a affecté la discipline collective et le haut niveau de consensus du fait d’interrogations croissantes sur l’a pertinence des mesures et leur impact socio-économique : 50 % des allemands acceptent les restriction aujourd’hui contre 65 % début janvier selon une enquête de l'institut YouGov.

Ce qui est notamment pointé comme critique de la stratégie allemande est une très mauvaise gestion de la politique de vaccination, tant des stocks, et de leur redistribution à travers la République fédérale, qui s’illustre par un chiffre de seulement 4.5% de la population ayant obtenu la première dose d’un vaccin, contre 14% pour les Etats-Unis, par exemple, quelles sont les raisons d’un tel échec ? Est-ce imputable au fonctionnement de l’Etat Allemand, à celui du système de santé ou à d’autres facteurs ?

La proportion actuelle de personnes vaccinées est très proche de celle de la France et tous les membres de l’Union européenne qui semblent embarqués de façon irrémédiable dans le programme piloté par la commissions européenne et dont j’ai expliqué le retard dans une contribution récente. Cette proportion est au moins quatre fois inférieure à celle constatée au Royaume-Uni pour les personnes ayant reçu une première dose, alors même que des données britanniques font état d’une réduction de 80 % du risque d’hospitalisation pour une personne vaccinée.

Au vu de ces résultats de nombreux analystes en Allemagne et en Grande-Bretagne considèrent que la principale erreur commise par Angela Merkel dans la gestion de la pandémie a consisté à confier la gestion du processus d’achat de vaccins à la commission européenne présidée par son ancienne ministre Ursula von der Leyen. Les allemands constatent amèrement que les vaccins de leur biotech BioNTech basée à Mainz sont davantage disponibles pour les américains que pour eux du fait du partenariat avec Pfizer. Ils subissent comme dans les autres pays d’Europe continentale les retards de production et de logistique rencontrés par Pfizer et AstraZeneca. Il semble enfin que le processus interne d’administration des vaccins connaisse un peu de retards, avec seulement 68 % des doses reçues par l’Allemagne administrées contre 75 % pour les Etats-Unis.

On attribuait la réussite allemande en partie au profil scientifique d’Angela Merkel. A ce titre, la prise de position de la chancelière allemande contre le vaccin Oxford AstraZeneca, en écho à celle de nombreux chefs d’Etats européens, presque hostile puis hésitante a pu surprendre, comment expliquer un telle erreur, au moins dans la communication ?

Au printemps les analyses comparaient facilement l’action et la communication entre par exemple Angela Merkel, Donald Trump ou Boris Johnson : d’un côté une scientifique pédagogue et consensuelle affichant des bons résultats nationaux, de l’autre un Premier ministre britannique imprévisible et impétueux adepte des virages à 360 degrés ou président américain aimablement qualifié d’« incompetent lunatic » dans deux pays où l’incendie covid semblait détruire tout sur son passage.

L’étoile d’Angela Merkel a indiscutablement pâli depuis cette époque mais la chancelière demeure et de très loin la responsable politique allemande la plus populaire avec un taux d’approbation proche de 70 % dans les dernières enquêtes. Le fait qu’Angela Merkel ait annoncé sa retraite politique et qu’elle ne dirigera plus la CDU pour les élections d’octobre 2021 crée probablement une situation favorable en réduisant son exposition à de dures critiques politiques.

Concernant le vaccin AstraZeneca, les propos récents de la chancelière indiquant qu’elle ne se ferait pas administrer ce vaccin ont renforcé l’ambiance particulièrement tendue entre l’Union européen et ce laboratoire pharmaceutique ; doutes exprimés par Emmanuel Macron sur l’efficacité de ce vaccin pour les personnes de plus de 65 ans, division par deux des livraisons prévue à l’UE sur les deux premiers trimestre 2021 alors que les plannings sont tenus pour les commandes pour le Royaume-Uni, mises en demeure de la commission européenne… C’est un peu le première match post covid entre l’UE et la Grande-Bretagne, apparemment pas en faveur des pays d’Europe continentale.

Tout cela a alimenté une défiance forte en Allemagne vis-à-vis de ce vaccin, défiance clairement alimentée au plus haut niveau par la chancelière mais aussi par les autorités sanitaires. Cela peut être d’autant plus dommageable que les doses AstraZeneca sont indispensables pour que l’Allemagne respecte son objectif d’une première injection pour toutes les personnes volontaires d’ici la fin de l’été. L’Allemagne a récemment mis fin à la liberté de choix entre les trois vaccins disponibles AstraZeneca, Moderna et Pfizer/BioNTech.

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