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L’ampleur des dégâts… Un premier calcul fait état d’un manque de 700 euros par hectare pour solder 2016 et entamer 2017. Il doit bien sûr être affiné et ne concerne pas tous les céréaliers de la même manière.
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Manque de nuages mais ciel noir

L'économie française pourrait sérieusement pâtir de la crise des céréales

La récolte désastreuse de blé cette année touche un fleuron de l'économie et devrait être très prise au sérieux, si l'on veut éviter une crise agricole très importante dans les mois à venir.

Antoine Jeandey

Antoine Jeandey

Antoine Jeandey est rédacteur en chef de WikiAgri, pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Lancé en début d’année 2012, WikiAgri a pour philosophie de partager, avec les agriculteurs, les informations et les réflexions sur l’agriculture.

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Atlantico : Qu'est-ce qui explique que ces récoltes céréalières soient désastreuses ? Quelle est l'ampleur des dégâts aujourd'hui ?

Antoine Jeandey : Les conditions climatiques rencontrées cette année ont été particulières, dans le sens où il n’y a pas eu d’hiver (pratiquement pas de gel), d’où la non disparition habituelle et naturelle de certains parasites, et surtout il y a eu des pluies torrentielles début juin, moment où la plante a au contraire besoin de soleil pour prendre du volume. Pour autant, si dès juin on pouvait pressentir une mauvaise année, l’ampleur du désastre ne pouvait être constatée qu’à la moisson, puisque les épis semblaient aussi vigoureux que d’habitude… sauf qu’ils étaient vides, ou presque. Nous avons diffusé sur WikiAgri une vidéo réalisée par un agriculteur pendant sa moisson qui explique très bien cela.

 

L’ampleur des dégâts… Un premier calcul fait état d’un manque de 700 euros par hectare pour solder 2016 et entamer 2017. Il doit bien sûr être affiné et ne concerne pas tous les céréaliers de la même manière.

On parle d'une production céréalière plus importante en Allemagne qu'en France cette année : faut-il craindre la concurrence de plus en plus importante de nos voisins dans ce domaine de l'agriculture ou est-ce que malgré tout les céréales restent un domaine plus protégé que d'autres aujourd'hui ?

Pour l’instant, nous n’en sommes qu’à une seule mauvaise année. Bien sûr, elle fait mal, mais pour inverser des tendances dans le commerce mondial des céréales, il faudrait plusieurs résultats négatifs d’affilée. Et 2015 était en revanche une année record, donc des stocks ont été constitués. Les marchés à l’export moins fournis cette année pourront être reconquis l’année prochaine.

La filière céréalière française est très bien organisée, avec notamment un organisme, France Export Céréales, qui a fait ses preuves depuis de nombreux années dans des marchés à l’international. L’an dernier, l’excédent commercial dû aux céréales rapportait à la France l’équivalent de la vente de 80 Rafales. C’est énorme, d’où la réaction rapide, fin juillet, du gouvernement pour annoncer un plan d’urgence.

Quelle sont les solutions pour sortir de ce mauvais coup du sort ? Quels pourraient être les dégâts si l'on ne fait rien pour soutenir cette filière cette année ?

Si, vous l’avez compris, il convient de relativiser la mauvaise année sur une période plus longue, pour ceux qui la subissent, l’effet est immédiat. Pour retrouver au plus vite la faculté de produire qualité, quantité et rendements, les céréaliers doivent bénéficier de trésoreries saines. D’autant que derrière, plusieurs filières économiques dépendent de ces résultats céréaliers, de l’agroéquipement (machines, tracteurs…) en amont jusqu’à l’agroalimentaire en aval.

Un autre aspect, moins médiatisé, mérite l’attention : tous les rendements céréaliers sont mauvais, y compris fourragers. Or, pour ceux qui sont en polyculture élevage, c’est-à-dire qui nourrissent leurs animaux avec leurs propres cultures, les problèmes sont multiples : ils ne pourront plus, cette année en tout cas, faire fi de la crise de l’élevage grâce à leur autonomie en nutrition animale, puisque les récoltes insuffisantes pourraient la leur faire perdre. Avec un bémol, selon les régions, toutes n’étant pas touchées de la même façon.

C'est un nouveau coup du sort pour l'agriculture, touchée désormais dans presque tous les domaines. Quel sera le principal enjeu politique lors de la période de campagne électorale qui arrive ?

Le 1er septembre doit avoir lieu une réunion qui fait déjà grand bruit : un CAF (conseil de l’agriculture française, avec la Fnsea, les JA, les chambres d’agriculture, la coopération, le mutualisme… Bref, tout ce que le monde agricole compte de décisionnaires, ministère excepté) a ainsi pour objet d’annoncer le plan voulu par la profession pour contrer la crise. Ce plan comprend aussi une assistance pour ceux qui veulent quitter le métier.

Cet aspect est déjà très commenté, y compris politiquement. Philippe Loiseau, céréalier et député européen FN, a adressé un tweet assassin :

Eviter la mort du paysan pour les uns, redonner de la compétitivité à l’agriculture dans son ensemble pour d’autres (programme agricole d’Alain Juppé notamment), on voit déjà se profiler les divergences à travers le sujet agricole. A noter que François Fillon divulguera son programme agricole lors du Space (salon de l’élevage) à Rennes mi septembre. Il ne devrait pas être le seul parmi les candidats à la primaire de droite.

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