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Le président Emmanuel Macron prononce un discours lors du lancement de la réunion du Conseil stratégique français des industries de santé (CSIS) à l'Elysée, le 29 juin 2021.
Le président Emmanuel Macron prononce un discours lors du lancement de la réunion du Conseil stratégique français des industries de santé (CSIS) à l'Elysée, le 29 juin 2021.
©SARAH MEYSSONNIER / POOL / AFP

Présidentielle M-10

L’année du trompe-l’œil : pour quelles réformes Emmanuel Macron a-t-il encore le capital politique nécessaire pour ne pas risquer le crash ?

Après les élections régionales et départementales, Emmanuel Macron souhaite relancer les réformes pour faire oublier la défaite de la majorité. Le chef de l'Etat doit décider, avant le 14 juillet, s'il poursuit la réforme des retraites. Politiquement et socialement, ce choix serait risqué à dix mois de l'élection présidentielle.

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Atlantico : Après quatre ans d’exercice pouvoir, une révolte des Gilets jaunes et une crise sanitaire, quel capital politique reste-t-il à Emmanuel Macron ?

Christophe Bouillaud : D’une part, Emmanuel Macron reste haut dans les sondages d’intention de vote pour la présidentielle. Sa popularité semble même remonter fortement ces derniers temps à la faveur de l’accalmie de la crise sanitaire. Il semble donc en mesure de se présenter à sa réélection en 2022. Cette situation contraste fortement avec le peu d’appétence des électeurs lors des élections régionales et départementales pour les candidats estampillés LREM. Cela correspond au fait qu’une partie de l’électorat n’a pas trouvé pour l’instant de candidat pour la présidentielle plus crédible que lui pour incarner la stabilité économique et sociale. Emmanuel Macron reste en effet le champion du « parti de l’ordre », ou, pour être plus contemporain dans l’expression, de « la France qui va bien ». Il y garde ainsi un socle de convaincus et un plus vaste marais de ralliés de raison, surtout parmi les personnes les plus âgées et/ou les plus aisées bien sûr.

D’autre part, la quasi-totalité des députés « marcheurs », et plus généralement de son personnel politique, lui reste d’une fidélité totale. Ils ont bien compris pour la plupart que leur seule chance de continuer leur carrière politique tient à 100% à la seule réélection d’Emmanuel Macron. Ces Mesdames et Messieurs Personne, comme un Olivier Véran par exemple, qui n’existent que par la divine surprise de 2017 n’ont donc pas intérêt à déranger les plans de leur chef. Le MODEM et son chef François Bayrou continuent à jouer profil bas. Les autres petits alliés de droite et du centre sont inexistants dans la critique. Il n’a donc guère de rébellion à craindre dans ses rangs.

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Autrement dit, il peut tout à faire agir en usant de la plénitude des pouvoirs d’un Président de la République disposant d’une majorité parlementaire. Il garde donc un fort pouvoir d’initiative sur l’agenda politique. Il reste aussi  par définition le Président dont tous les médias suivent les moindres faits et gestes.

Sur quelles réformes Emmanuel Macron peut-il utiliser le capital politique qu’il lui reste ? Va-t-il profiter de sa popularité auprès de l’électorat retraité pour faire passer sa réforme des retraites ?

Toutes les réformes d’orientation néo-libérales seront les bienvenues pour renforcer son socle de premier tour. Il essayera sans doute de faire passer sa réforme de l’assurance-chômage. Il ressortira peut-être l’idée d’un minimum social unique. Il voudra sans aucun doute aller vite sur la réforme des retraites.

L’avantage d’un tel choix, c’est en effet de renforcer sa popularité dans son cœur de cible électoral pour le premier tour, la France retraitée ou la France qui va professionnellement très bien. La France retraitée veut avoir des garanties que son propre niveau de vie sera maintenu au prix d’un départ plus tardif à la retraite des générations suivantes. La France qui va professionnellement très bien ne voit pas de son côté la retraite comme un problème, puisque sa vie de travail lui semble pouvoir continuer éternellement tant elle lui rapporte financièrement et symboliquement. Avec la réforme des retraites, et cela d’autant plus que tous les syndicats de salariés seront nécessairement contre, y compris cette fois-ci la CFDT, Emmanuel Macron pourra se targuer de laisser les comptes de la Nation en ordre. Il aura ainsi rassuré tous les rentiers, les retraités actuels et les détenteurs, directs ou indirects, de la dette publique française. Ces derniers, disent leur porte-parole dans les médias, n’entendent pas laisser une dette publique à leurs enfants, ou leurs petits-enfants, ils veulent à mon avis juste leur laisser en héritage de solides titres de dette publique qui feront leur patrimoine.

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Le capital politique amoindri d’Emmanuel Macron est-il un frein pour celui dont la remise en question n’est pas la qualité première ? Risque-t-il de se retrouver face à un mur ?

Comme le montre la réaction d’Emmanuel Macron au vu des résultats des élections régionales et départementales, tout à fait semblable à ce qu’on avait vu à la suite des résultats des municipales de 2020, il a décidé de ne tenir aucun compte de cette expression populaire de mécontentement. Ses candidats sont largement battus, un record d’abstention a été largement atteint,  il fait comme si de rien n’était. En dehors de la certitude du personnage d’avoir toujours raison, y compris contre le sentiment majoritaire, cela tient largement au fait qu’il n’a pas un vrai parti derrière lui. Les élus et politiciens de LREM doivent tout à Emmanuel Macron. Ils n’ont pas souvent de fiefs à perdre, donc, ils ne viennent pas faire pression sur lui pour ne pas perdre encore plus. Un Mitterrand, un Chirac, un Sarkozy, un Hollande, devait tenir compte des récriminations d’une base constituée des grands élus de son parti. Ces derniers  avaient soin de l’image à moyen terme du parti, garant de leur propre réélection. Or, avec Macron, le seul qui a vraiment perdu son fief à cause de Macron, c’est l’ancien maire de Lyon, Gérard Collomb. Mais c’est fait depuis l’an dernier. Le Drian n’a qu’à moitié perdu la région Bretagne cette année.   Cette absence de pression de la part d’une base de notables explique largement la raison pour laquelle le pouvoir actuel n’opère aucune correction de trajectoire. De ce fait, il n’en a littéralement rien à faire de l’avis des électeurs qui ne votent pas pour lui au premier tour de la présidentielle. Il n’y a qu’eux qui comptent.

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La limite de cette façon de gouverner est de provoquer des mobilisations sociales. Là encore, la stratégie d’Emmanuel Macron est claire : tenter de s’appuyer au maximum sur la répression policière ou jouer la montre. Pour l’instant, cela lui a plutôt réussi. Après tout, la répression policière depuis 2017 n’a fait que des mutilés et autres éborgnés. Il n’y a pas eu de morts directement et simplement attribuables à l’action de la police, tous les cas jusqu’ici sont ambigus,  il n’y a pas eu non plus de policiers tués par les émeutiers. Mais que se passerait-il si cela dérapait vraiment lors d’une des manifestations à venir ?

C’est d’expérience, au bout de quatre ans, la seule limite du macronisme : la capacité des forces de l’ordre à réprimer et à contenir les mobilisations sociales. Les Gilets jaunes ont obtenu quelque chose en décembre 2018, car ces dernières étaient alors à la limite de la rupture.

Historiquement, qu'ont fait les présidents en fin de quinquennat dans des situations équivalentes ?

En général, en fin de mandat, on fait quelques réformes longtemps attendues par les clientèles qu’on entend servir. Il y a un côté « liquidation avant fermeture » pas très reluisant à suivre et qui passe souvent inaperçu des médias. Les économistes ont essayé de quantifier sans trop de résultats probants cet effet. En fait, ce sont parfois des petites mesures symboliques qui sont censées rapporter quelques voix bienvenues. De ce point de vue, la réforme du financement de la dépendance me parait un bon candidat pour être une réforme de ce type : un autre petit cadeau aux seniors pour les rassurer sur leur sort quand ils auront atteint ce stade du grand âge, ou pour les aider à gérer au mieux leurs propres vieux parents.

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Au vu du calendrier parlementaire, Emmanuel Macron a-t-il le temps et la marge de manœuvre pour faire passer une réforme majeure ?

Oui, il me semble. Il peut aussi bien reprendre la réforme des retraites où elle avait été laissée en 2020, et repartir dans un cheminement parlementaire rapide, quitte à remanier fortement le texte. Il peut aussi utiliser la loi sur le financement de la Sécurité sociale, ou simplement faire une loi spécifique pour modifier les paramètres du système de retraite actuel.

Comme il a une majorité parlementaire, il peut passer en force. Pourquoi pas ? La seule surprise serait qu’enfin le MODEM se réveille de sa torpeur et fasse manquer les voix nécessaires.

Et puis, pour le reste, rappelons que le Président peut déclencher des référendums de sa propre initiative.

La seule chose qui semble difficile à ce stade du quinquennat est une réforme constitutionnelle qui demanderait l’aval du Sénat.

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