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La consommation de bière active la libération de dopamine dans notre cerveau ce qui nous pousserait à la consommation d'alcool.

Dépendance

L'alcoolisme est-il héréditaire ?

Une étude américaine démontre que la consommation de bière active la libération de dopamine dans notre cerveau ce qui nous pousserait à la consommation d'alcool. Un phénomène qui n'est pas lié à l'alcool, et qui varie aussi selon les antécédents familiaux de chaque individu.

Mickaël  Naassila

Mickaël Naassila

Mickaël Naassila est professeur de physiologie et de biologie cellulaire dans le Groupe de recherche sur l'alcool et les pharmacodépendances à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale).

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Atlantico : Une récente étude américaine, révèle que le goût de la bière active la libération de dopamine ce qui nous pousse à consommer. L'étude montre également que le taux de dopamine secrété varie en fonction des antécédents familiaux en matière d'alcoolisme. Quelle est la part d'hérédité dans l'alcoolisme ? Est-il juste de dire que l'alcoolisme est héréditaire ?

Michaël Naassila : La vulnérabilité à développer l’alcoolisme dépend de l’interaction entre des facteurs génétiques et environnementaux. Ces facteurs génétiques pèsent un poids important dans cette vulnérabilité, environ 50%. Cela signifie que nous héritons bien de variants génétiques (mutations au niveau de gènes) qui peuvent augmenter le risque de devenir alcoolodépendant. Ces facteurs génétiques peuvent par exemple modifier notre sensibilité à l’alcool et nous rendre plus tolérants (résistants) aux effets de l’intoxication ou encore plus sensibles aux effets plaisants (renforçants) de l’alcool (via une plus forte libération de dopamine induite par l’alcool dans nos centres du plaisir). C’est exactement ce que suggère l’étude montrant une plus forte libération de dopamine chez les jeunes consommateurs d’alcool à qui on fait boire seulement une gorgée de leur bière favorite et qui ont une histoire familiale positive (d’alcoolisme). Cela signifie que le fait d’avoir un parent alcoolique  semble augmenter la force du conditionnement aux stimuli associés à l’alcool, ici le gout de la bière. Chez ces jeunes consommateurs de bière avec une histoire familiale positive d’alcoolisme, la consommation d’une faible quantité d’alcool (une gorgée de bière) augmente 4 fois plus la libération de dopamine comparativement à d’autres jeunes buveurs sans histoire familiale positive.

Attention, d’autres traits (ou endophenotypes) peuvent être hérités comme par exemple une faible capacité de contrôler un comportement (ou une réponse): le contrôle inhibiteur, c’est à dire l’activation des nos régions cérébrales du cortex frontal qui nous empêche de réaliser une action qui peut par exemple être néfaste ou dangereuse. Il a été montre qu’un faible contrôle inhibiteur (déficit des fonctions exécutives) est retrouvé chez les sujets présentant une histoire familiale positive.

Peut-on établir des diagnostic précoces, selon nos antécédents familiaux, en matière d'alcoolisme ? 

Oui on peut très bien envisager de repérer chez les personnes avec une histoire familiale positive d’alcoolisme si elles ont un faible contrôle inhibiteur (déficit de fonctions exécutives) et mettre en place spécifiquement chez elles par exemple une psychothérapie. Ce déficit de fonctions exécutives serait ici un marqueur ( encore appelé un endophenotype) qui permet de repérer les personnes (parmi celles avec une histoire familiale positive) a risque de développer une addiction à l’alcool.

Quels sont, à l'heure actuelle, les solutions thérapeutiques pour "guérir" de l'alcoolisme ? Quelles sont les pistes futures ?

Actuellement il existe des médicaments (acamprosate, naltrexone, disulfirame) ou d’autres à l’essai (baclofene, topiramate, ondansetron, GHB, nalmefene) ainsi que des psychothérapies (cognitivo-comportementales, familiales, etc). Les pistes futures sont de personnaliser les traitements en fonction des variants encore une fois génétiques(champ de la pharmacogénétique). En effet les médicaments ne sont pas efficaces chez tous les malades et on sait donc que cette efficacité dépend de facteurs génétiques.

L’avenir c’est aussi améliorer la prise en charge des patients alcooliques très déficiente à l’heure actuelle. Seuls 8% des malades alcooliques sont traités pour leur maladie...

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