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Invitation de Donald Trump au 14 juillet : quand la réalité de la coopération militaire franco-américaine prend le dessus
©AFP

Défilé

Invitation de Donald Trump au 14 juillet : quand la réalité de la coopération militaire franco-américaine prend le dessus

Le Président Macron semble souffler le chaud et le froid dans ses relations avec Donald Trump, s'appuyant en cela sur des médias qui ne savent plus où le suivre.

Bruno Tertrais

Bruno Tertrais

Directeur-adjoint à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS).

Spécialiste des questions stratégiques

Dernier ouvrage paru : La revanche de l'Histoire, aux Editions Odile Jacob

 

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Atlantico : Donald Trump a répondu favorablement à l'invitation d'Emmanuel Macron pour assister à la cérémonie du 14 juillet. Alors que l’événement qui a marqué ces dernières semaines, entre les deux hommes, était le rejet des accords de Paris par le Président américain, comment peut-on interpréter ce pas en avant de la part du nouveau locataire de l'Elysée ?

Bruno Tertrais : Emmanuel Macron aime surprendre. Sur les dossiers internationaux, il aurait pu choisir, par prudence et manque d'expérience, une totale continuité dans le style et sur le fond. Il a choisi de procéder différemment. C'est assez rafraîchissant. L'invitation n'est pas totalement surprenante: nous commémorons le 100ème anniversaire de l'arrivée des troupes américaines sur le continent. Le prétexte était donc rêvé, d'autant que cela fait longtemps qu'un président américain n'a pas assisté au défilé du 14 juillet. Mais il y a un double message. D'abord rappeler toute l'importance de la coopération militaire franco-américaine. Au Moyen-Orient, au Sahel où nous sommes d'ailleurs partiellement dépendants des Etats-Unis, par exemple... Macron avait rappelé l'importance de cette coopération pendant la campagne électorale. Il y a peut-être un autre message. La fameuse "poignée de main virile" a été diversement appréciée à la Maison Blanche. De même que les commentaires du président français après l'annonce du retrait américain de l'accord de Paris. C'est aussi une manière de montrer qu'au-delà de ces péripéties, l'amitié franco-américaine est solide. Et de montrer qu'on peut encore mieux recevoir Trump que Poutine...

"Partenariat économique, lutte anti-terroriste et autres questions d'intérêts communs" La Maison Blanche a pu ainsi préciser les thèmes qui seront abordées lors de la rencontre. Quels sont les sujets sur lesquels les deux hommes ont besoin l'un de l'autre ? Quel serait le moyen de parvenir à une "entente" constructive entre les deux hommes ?

Les Etats-Unis et la France restent deux des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité des Nations-Unies, deux puissances nucléaires, et les deux seuls pays, aujourd'hui, qui aient à la fois la capacité et la volonté d'intervenir militairement dans le monde, rapidement si nécessaire, pour défendre leurs intérêts et, plus généralement, pour garantir la sécurité internationale. Le Royaume-Uni étant, pour l'instant, un peu hors du coup. La gestion des crises est donc un terrain privilégié de coopération. Et celle-ci est loin d'être à sens unique, comme on le voit par exemple dans le domaine du renseignement et du contre-terrorisme. On parlera donc beaucoup de ces questions. Et le communiqué conjoint marquant la disponibilité des deux pays à frapper en Syrie si des armes chimiques sont employées de nouveau montre bien que nous gardons beaucoup de poins communs dans nos visions respectives des affaires stratégiques.

Mais la rencontre sera aussi consacrée aux questions économiques. Quel avenir pour le partenariat commercial transatlantique sous Trump? Le projet de traité de libre-échange, déjà mal en point, ne semble guère pouvoir être ravivé. Je pense que la France tentera néanmoins de convaincre Washington qu'on ne peut pas, sur ces questions, avoir une approche strictement bilatérale, pays par pays, ce que souhaiterait l'administration Trump.

Alors que tout semble opposer les deux hommes à priori, est-il tout de même possible de faire un rapprochement entre deux méthodes, très largement axées autour des questions de communication, soit la domination de l'image sur le réel, comme a pu le rappeler la reprise du slogan de Donald Trump par Emmanuel Macron "Make our Planet great again" ?

Je ne partage pas du tout ce point de vue, je ne vois pas de "domination de l'image sur le réel". Sans compter que la communication, c'est déjà de la politique, y compris et même surtout dans le domaine diplomatique. Les deux hommes ont adopté des stratégies de communication assez fortes, quoique très différentes. Et au risque de l'incohérence dans la conduite des affaires du pays dans le cas américain - à l'inverse d'une France dans laquelle le processus de décision va sans doute être, sous le quinquennat actuel, assez centralisé sur les questions régaliennes.

Ceci étant posé, les deux hommes conservent quelques points communs: ils ne viennent pas de la politique, ils ont travaillé dans le milieu du business, et ils ont tous deux fait des campagnes présidentielles sur un mode disruptif. Assez de similarités pour qu'ils puissent, sinon s'apprécier, au moins se respecter.

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