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Sang neuf

Injecter du sang jeune dans des corps d'adultes afin d'inverser le vieillissement : des scientifiques vont mener cette expérience que Dracula ne renierait pas

Plusieurs laboratoires croient dur comme fer aux vertus du sang jeune sur les organismes humains vieillissants et ont décidé de se lancer dans cette expérience aux confins de l'éthique médicale.

Il demeure une chose à laquelle aucun homme ne peut prétendre : l'immortalité. On a beau être immensément riche, le temps ne s'achète pas. Avec les progrès de la médecine, on tend à rallonger toujours plus notre espérance de vie, à freiner le vieillissement. Mais la mort semble bel et bien inéluctable. L'espérance d'une vie éternelle a peu à peu été réservée aux croyants, pour qui la mort ne serait que le début d'une nouvelle existence.

Mais pourrait-il y avoir un moyen de contrecarrer le dessein de la Grande Faucheuse ? Celui de certains scientifiques paraît être tout droit sorti des livres de contes d'épouvante : rajeunir l'homme en lui injectant le sang de personnes plus jeunes. Le plus insolite dans tout cela : les cobayes qui veulent participer à l'expérience devront s'acquitter d'une somme de 8 000 dollars pour sentir le sang frais couler dans leurs veines, rapporte le site Quartz.

Inverser le vieillissement cellulaire

C'est en tout cas le projet du discret laboratoire californien Ambrosia, qui a obtenu l'autorisation de l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) pour mener cette expérience. Quelque 600 personnes âgées d'au moins 35 ans vont ainsi recevoir une injection d'un litre et demi de plasma sanguin d'individus de moins de 25 ans, après avoir fait une première prise de sang. Un mois après, un nouvel examen sanguin permettra de constater les différences entre les deux échantillons à l'aide d'une centaine de marqueurs biologiques. Les résultats seront livrés dans deux ans.

Mais qui finance cette expérience, en dehors de l'argent récolté auprès des cobayes ? On pouvait s'en douter : il s'agit du milliardaire américain Peter Thiel, cofondateur de Paypal et actionnaire important de Facebook. L'excentrique investisseur qui avait déjà confié prendre régulièrement des hormones de croissance afin d'entretenir sa masse musculaire s'était dit "très intéressé" par ce domaine de recherche sur la transfusion de sang. Dès 2006, il avait manifesté son intérêt pour la recherche contre le vieillissement humain, en donnant 3,5 millions de dollars à la fondation Methuselah, qui  concentre ses efforts en ce domaine.

Expérience fructueuse chez les souris

Il faut dire que certains indicateurs encouragent à pousser ces études plus en profondeur, précise MIT Technology Review. En 2014, les biologistes Amy Wagers et Tony Wyss-Coray mènent une expérience de parabiose sur deux souris, inspirée de précédents travaux menés dans les années 1950. Les deux souris, l'une jeune, l'autre vieille, sont ainsi cousues ensemble de manière à partager le même réseau sanguin. Et c'est là que l'impensable se produit : après plusieurs semaines, la souris la plus âgée semblait rajeunie. En effet, les cellules déclinantes des muscles et du foie, au contact de ce sang frais, avaient retrouvé une certaine vigueur et les connexions cérébrales s'en étaient également trouvées améliorées relate Le Monde.

À la suite de ces résultats, Wyss-Coray aurait reçu des dizaines de mails de la part de personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, pathologie liée au vieillissement cérébral. Comme il avait affirmé à The Guardian, l'un deux lui avait même confié qu'il pouvait fournir lui-même le sang : le scientifique n'aurait qu'à lui dire l'âge souhaité du donneur. Si le chercheur a gardé ses distances de ces demandes farfelues, il a en revanche gardé l'idée de soigner Alzheimer. Le projet, qui sera mené dans son laboratoire de biotechnologie Alkahest, va étudier l'évolution de dix-huit patients atteint par la pathologie, auxquels on a injecté du sang jeune. Les résultats devraient être connus d'ici fin 2016.

Critiques multiples

En ce qui concerne l'expérience menée par Ambrosia, la communauté scientifique se montre bien plus critique, indique la revue scientifique Science. À commencer par ce système de cobayes payants, qui se généralise notamment dans d'obscures cliniques qui proposent des thérapies cellulaires aux effets non prouvés contre compensation. "Il n'y a aucune preuve clinique que le traitement sera bénéfique, et on abuse ainsi de la confiance des personnes, de l'excitation publique autour de cela", avait lancé Wyss-Coray. De plus, les receveurs de ce sang n'étant pas forcément très âgés, les résultats seront difficilement perceptibles. Les cent marqueurs biologiques présentés sur lesquels les chercheurs d'Ambrosia se reposeront pour évaluer une potentielle amélioration ne font également pas consensus.

Enfin, comme le suggère Wyss Coray, pourquoi ne pas inclure un groupe placebo, c’est-à-dire un certain nombre de patients à qui l'on fait croire que l'expérience se déroule normalement, alors qu'ils se font réinjecter leur propre sang. Un tel procédé permettrait de constater ainsi d'éventuels effets psychosomatiques de la conscience sur l'état physique, c’est-à-dire une amélioration spontanée de la santé du patient induite par le simple contentement d'avoir reçu un traitement. Jesse Karmazin, le directeur d'Amrbosia, a simplement rétorqué qu'il ne pouvait faire payer des patients pour des traitements effectués en placebo.

La quête de l'élixir de jouvence se poursuit. Peut-être dans quelques dizaines d'années arriverons-nous à enfin nous saisir de ce qui nous a toujours filé entre les doigts : le temps. Mais est-ce vraiment désirable ? La mort amène un renouvellement, nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmes. Les meilleures choses n'ont-elles pas une fin ? 

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