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Dérapage

Homophobie dans TPMP : Cyril Hanouna ou le crime contre l'humanisme validé par le système

En allant dans le sens du "populo" contre la vie privée d'une poignée de victimes recrutées par petites annonces, Hanouna révèle qu'il est tellement soutenu par le système marchand qu'il n'a plus aucune règle.

Christian Combaz

Christian Combaz

Christian Combaz, romancier, longtemps éditorialiste au Figaro, présente un billet vidéo quotidien sur TVLibertés sous le titre "La France de Campagnol" en écho à la publication en 2012 de Gens de campagnol (Flammarion)Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages dont Eloge de l'âge (4 éditions). En avril 2017 au moment de signer le service de presse de son dernier livre "Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos", son éditeur lui rend les droits, lui laisse l'à-valoir, et le livre se retrouve meilleure vente pendant trois semaines sur Amazon en édition numérique. Il reparaît en version papier, augmentée de plusieurs chapitres, en juin aux Editions Le Retour aux Sources.

Retrouvez les écrits de Christian Combaz sur son site: http://christiancombaz.com

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La presse, unanime, agite en ce moment l'épouvantail de l'homophobie pour reprocher à un bateleur au front bas d'avoir piégé quatre homosexuels pour faire rire à leurs dépens devant un million de spectateurs. Sur les réseaux sociaux on rappelle non sans raison que la méthode du faux rendez-vous est au coeur de toutes les exactions commises aujourd'hui contre les homos, qu'elles soient privées ou publiques, en Tchétchénie, en Iran, et dans la banlieue parisienne,qu'il s'agisse de rafles ou d'expéditions punitives. On pourrait aussi rappeler que l'esprit de ce genre d'émission consiste à rameuter du monde pour dire "venez on va se marrer aux dépens de quelqu'un"  et ce n'est jamais bon signe. C'est le prétexte de départ des bizutages et puis ça finit par la torture, la laideur, le vice. Ca finit par le "gang des Barbares". Quand un crétin de l'espèce Hanounah glapit "venez les mecs on va se marrer", les gens civilisés prennent le large mais les autres montent le son et regardent Direct8. Pour être complet on pourrait aussi rappeler la méthode qui consiste à se trémousser au micro façon Cage aux folles pour aller dans le sens des préjugés de la jeunesse banlieusarde qui a du mal à croire que le pilote de ligne, le légionnaire ou le ministre peuvent avoir des moeurs spéciales, alors qu'un tiers des homosexuels masculins sont plus virils et plus courageux que ceux qui ont mis leur culotte à l'endroit, sans parler de ceux qui ont mille fois plus de talent qu'eux.
 
Mais dans cette affaire il est question de bien d'autre chose, de quelque chose de bien pire, c'est la propension que manifeste notre système Orwellien à rameuter les gens, tous les gens, contre l'intimité d'un seul. Le plus inquiétant de tout cela n'est même pas que cet animateur soit sur la pente de l'anti-humanisme absolu, c'est qu'il s'y soit engagé après l'adoubement suprême que constitue l'attribution d'un "salaire-record" qui a fait frétiller Paris Match. En fait le plus gênant dans les pitreries de ce type, c'est le sentiment qu'il nous donne de son impunité, la conscience qu'il semble en avoir, le sentiment qu'il peut tout se permettre puisqu'il exerce un chantage aux bonnes audiences, sur des financiers, des entrepreneurs, des industriels qui n'ont aucune morale eux-mêmes et qui récompensent les chiffres de la veille. Au royaume des clowns Hanounah est bankable. Au royaume des politiques, Macron l'est devenu grâce aux mêmes soutiens. On pourrait se dire qu'il y a un plafond, et que ce plafond serait le risque de déplaire, mais on voit bien, comme dans toute société orwellienne, que la sanction par la défaveur n'existe plus, du moins si le système en a décidé ainsi. Alors que si le système a décidé le contraire ça donne Fillon chez le juge en deux semaines. Quelles que soient les turpitudes que l'on découvrira dans les deux années prochaines sur Macron et son équipe, la presse fera semblant de n'avoir rien entendu. Quelles que soient les laideurs morales déployées par le sinistre Hanounah, il va continuer à toucher son chèque en mimant un repentir gnan-gnan à l'exemple de ses devanciers,  les anciens membres de Sexion d'Assaut, Maître Gims et Black M, qui chantaient en 2010 "Je crois qu'il est grand temps que les pédés périssent, coupe-leur le pénis, laisse les morts sur le périph", mais qui se sont excusés d'avoir été homophobes avec de gros clins d'oeil à leurs fans d'un air de dire "il faut bien donner le change ". Résultat, des millions de disques vendus, une invitation à chanter à Verdun annulée de justesse pour Black M. Sept ans plus tard les Apparu, les Juppé, les Emmanuel Macron, tout le gratin du  "surtout pas de vagues" ont déploré  l'intolérable raideur de l'opinion réactionnaire à l'égard d'un chanteur noir dont le grand père avait combattu dans les forces françaises - sans vouloir s'aviser que ce garçon avait invité la jeunesse à émasculer les pédés au bord des routes en 2010, dans l'indifférence parfaite du Parquet de Paris. Quant à François Hollande, au nom de la tolérance, il a convié l'auteur de cet appel au meurtre à venir fêter son départ de l'Elysée , rien de moins , léger paradoxe qui lui sera reproché par l'Histoire au regard de ce qui va se passer . Car cette affaire que j'ai signalée en vain dès 2010 à Catherine Pégard dans son bureau de l'Elysée n'est pas finie, elle grossira lentement, sourdement pour éclater un jour comme un monstrueux symptôme de la barbarie de nos élites, c'est écrit. La façon dont le système social tout entier a couvert un appel au meurtre explicite, enregistré sur disque, expliquera bien des choses quant à la suite de ce qui nous attend.

 

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