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Les prix de l’électricité en Europe sont amenés à progresser significativement dans les 15 ans qui viennent.

Coup de jus

Hausses massives en vue : combien paierons-nous l'électricité en 2025 ?

"Le prix de l’énergie à l’horizon des années 2030-2050 sera très significativement supérieur au coût actuel" a averti le président d’EDF, Henri Proglio, mardi matin sur Europe 1, promettant que "les Français continueront à avoir les prix les moins élevés d'Europe en 2030 et 2050".

Atlantico : Si l'on en croit les hausses annoncées tous les ans et les propos du patron d'EDF, une hausse des prix de l’électricité est inévitable à l’avenir. Pourquoi ?

François Pouzeratte En effet, les prix de l’électricité en Europe sont amenés à progresser significativement dans les 15 ans qui viennent. D’une part, les coûts liés aux réseaux de transport et distribution progressent chaque année du fait des investissements en maintenance et ceux liés aux nouvelles technologies de comptage communicant. Les estimations pour la France s’élèvent à 30% d’augmentation des coûts réseaux à cette échéance, qui seront répercutés dans les tarifs. D’autre part, la nécessité de renouveler les parcs de production dans une logique "décarbonée" (nucléaire, éolien, solaire) signifie des investissements considérables dont les signaux prix sont reflétés dans les coûts de chaque énergie, c’est-à-dire autour de 150 euros le MWh pour le solaire, entre 120 et 180 euros le MWh pour l’éolien (on shore/off shore) et plus de 100 euros le MWh pour le nouveau nucléaire anglais. Soit une hausse rapide, constante et très forte des coûts complets de l’électricité et donc des prix futurs.

Rémy Prud'homme : Dans les quinze années à venir, en France : non. La demande n'augmente pas, ou peu. Nous avons des centrales nucléaires en état de marche, qui produisent au seul coût de fonctionnement, qui est faible. Il n'y a guère que les inutiles électricités solaire et éoliennes pour faire monter les coûts de production. Au-delà, et ailleurs, la situation est bien différente. Il faudra bien un jour remplacer nos centrales, et cela augmentera nos coûts. Ou faire de l'électricité autrement (gaz) ce qui sera également coûteux.

Myriam Maestroni : Il est difficile de se prémunir de la hausse des prix de l'électricité, en tout cas à court moyen terme. Aussi convient-il d'être particulièrement pragmatique et très attentif à sa consommation d'électricité en particulier et d'énergie en général, a fortiori quand le poids de ce poste sur le budget des ménages représente 8,4% et que son évolution préoccupe 80% des Français. Nous voilà donc revenus au temps des économies d'énergie, avec 2 leviers d'actions possibles : celui des comportements et celui de la rénovation énergétique de nos maisons.

Pour ce qui est des comportements plus économes, on va passer du bain à la douche – si possible écourtées -, on va veiller à éviter les mises en veille des appareils électriques (en s'armant d'un peu de patience pour réinitialiser le décodeur TV à chaque nouvelle utilisation), ou encore baisser d'un ou deux degrés notre température de chauffage. Mais le levier le plus déterminant reste sans nul doute la rénovation énergétique des logements. D'autant qu'un logement sur deux en France - soit 15 millions de logements-, présente une étiquette énergie, que l'on a vue fleurir dans toutes les vitrines des agences immobilières depuis qu'elle est devenue obligatoire en 2006 - inférieure à F, nous indiquant que la consommation par m2/an sera, a minima, 5 à 6 fois supérieure à un logement neuf construit selon les dernières normes imposées (soit 50 Kwh/m2/an).

Bref, il y a une vraie urgence à prendre le taureau par les cornes et à s'attaquer à ce chantier. Le gouvernement a proposé de rénover 500.000 logements par an (avec différents niveaux d'incitations financières), mais c'est le double qu'il faut viser. Pour ce faire, il faut continuer à capitaliser sur l'ensemble des mécanismes, mis en place depuis plus de 7 ans, dans notre pays avec le dispositif des Certificats d'Economie d'Energie qui a donné lieu aux Ecoprimes largement promue par la grande distribution (éco prime Auchan, Carrefour, Leclerc notamment). La France est sans aucun doute un pays leader sur ce sujet, avec un succès inespéré et souligné par le récent rapport de la Cour des comptes (publié le 15 octobre dernier) sur le sujet. Le gouvernement devrait dans les prochaines semaines, ou peut être dans les prochains jours, faire connaître sa position sur le sujet avec, une dernière chance de transformer cette expérience inédite en succès durable et envié par les autres pays européens en train de travailler leur copie sur le sujet des 20% d'économie d'énergie à réaliser pour 2020, et vu comme un des axes stratégiques de la politique énergétique européenne.

Les nouvelles technologies de réacteurs peuvent-elles à termes faire baisser les prix de l’électricité ? Quelles autres pistes sont étudiées ?

François Pouzeratte : Les technologies employées pour les nouveaux réacteurs ne sont pas de nature à faire baisser les prix de l’électricité. Le prix de l’électricité retenu pour les projets nucléaires anglais est deux fois supérieur aux prix de marché actuel, plus de deux fois le prix de rachat de l’électricité nucléaire d’EDF en France (42 euros contre 108 euros). L’investissement prévu est de 9Mds d’euros pour la première centrale de technologie EPR, qui garantit une très forte capacité pour un niveau de sûreté inégalé à ce jour. Après Fukushima, l’argument sûreté est la priorité absolue retenue pour le développement de nouveaux moyens nucléaires en Europe. Et la sûreté à un prix important. Pour faire baisser les budgets liés à l’électricité le meilleur moyen est encore de ne pas en consommer, via l’ensemble des pistes d’efficacité énergétique dans les domaines des transports, des bâtiments ou des procédés industriels.

Rémy Prud'homme : On peut toujours imaginer que des technologies nouvelles vont être inventées, telles que le stockage de l'électricité (qui bouterait l'utilité de l'éolien et du solaire) ; ou la fusion nucléaire, ou je ne sais quoi. Mais cela ne se produira pas dans les vingt ans à venir. Les nouvelles centrales EPR ne coûtent pas moins cher que les anciennes, mais elles sont plus sûres.

Myriam Maestroni : On peut envisager dans un futur plus lointain des technologies présentant un rapport coût/investissement plus effectif, mais "wait and see", car il y a encore beaucoup pour passer de la théorie à la pratique, surtout à l'heure où la question première est plutôt de voir comment prolonger la durée de vie de nos vieux réacteurs. Par ailleurs, on peut imaginer d'énormes progrès, également encore à venir, en matière de stockage de l'électricité, ce qui pourrait fabriquer un vrai nouveau souffle pour l'énergie renouvelable notamment solaire ou éolienne qui souffrent, dans notre pays, d'une inadéquation chronique entre leur production et leur consommation. Plus généralement, le secteur de l'énergie est en train de devenir plus innovant qu'il ne l'a sans doute jamais été et il faut rester attentif à tout ce qui va paraître et changer la donne sur ce sujet.

En France, comment vont évoluer les prix de l’électricité dans les prochaines années ? Vont-ils suivre la tendance d’une hausse de 5% par an comme cela est prévu pour les trois années à venir ?

François Pouzeratte : En France, la CRE a annoncé un horizon de hausse prévisible des prix de 30% à cet horizon, en se basant sur la hausse des couts réseaux. Nous bénéficions encore de la manne d’un parc électro-nucléaire amorti, en état de marche, qui pourrait être prolongé de 10 ans en cas d’avis positif de l’ASN. Mais l’arrivée en fin de vie nous obligera un jour ou l’autre, comme les anglais, et ce jour se rapproche, à de nouveau investir massivement dans le renouvellement du parc nucléaire, et ce même si nous développons la part des énergies renouvelables.

Rémy Prud'homme : Cela dépendra des décisions qui seront prises. Si on veut, pour obtenir les voix des Verts, multiplier les éoliennes en mer et le solaire, cela ne manquera pas d'entraîner des hausses de coûts. Si on ferme des centrales nucléaires en état de marche, aussi.

Myriam Maestroni : En France, les prix de l'électricité pour les ménages vont se caractériser par une plus forte volatilité d'une part et par une tendance haussière d'autre part. La raison première est assez simple à comprendre : l'électricité est une énergie finale, c'est à dire qu'elle est produite à partir d'une énergie primaire qu'elle soit traditionnelle (fioul lourd, charbon, gaz naturel) ou nucléaire ou renouvelable (solaire, éolien ou biomasse). Au prix de cette énergie de base, vont s'ajouter un certain nombre d'éléments. Ainsi, dans tous les cas de figure pour produire cette électricité interviennent des technologies et des logiques industrielles plus ou moins sophistiquées et plus ou moins chères, qui donnent lieu à des investissements et des coûts directs ou indirects auxquels il faut rajouter les frais de transport et de commercialisation.

A tout cela s'ajoutent des taxes dont la fameuse CSPE (Contribution au Service Public de l'Electricité), supposée couvrir les surcoûts engendrés par les obligations liées à la loi sur le service public de l'électricité, dont, notamment, l'obligation de rachat des énergies renouvelables, la compensation du surcoût de la production électrique dans les îles afin de garantir la continuité territoriale (ou péréquation) et enfin les tarifs sociaux de la fourniture d'électricité, classée "produit de première nécessité" depuis février 2000. Acquittée par le consommateur final sur sa facture d'électricité, la CSPE augmente régulièrement, et est ainsi passé de 1,66 Md € en 2009 à 5,1 Mds € en 2013, et ce bien que le développement de la part des énergies renouvelables ait été sérieusement freiné avec le moratoire qui a vu disparaître de nombreuses entreprises spécialisées dans l'installation de panneaux solaires, pour prendre un exemple désormais bien connu des Français. 

Pourquoi les tarifs français sont-ils moins élevés que chez nos voisins européens ?

François Pouzeratte : Les tarifs français sont moins élevés que ceux de nos voisins européens car nous bénéficions à plein d’un choix fait dans les années 1970 d’investir dans l’énergie nucléaire, qui représente près de 80% de notre production électrique. Cette capacité de produire à de faibles coûts une électricité très abondante a permis à l’état de réguler les prix, par la mise en place de tarifs favorables aux consommateurs. Mais ce pacte va nécessairement devoir s’adapter à la nouvelle donne : l’heure est venue de réinvestir massivement dans notre outil de production électrique.

Rémy Prud'homme : Parce qu'EDF a été mieux gérée que ses consœurs. Nous nous sommes lancés plus massivement que les autres dans la technologie la moins coûteuse, le nucléaire. Nous avons plus de centrales hydrauliques que beaucoup. Nous avons été plus prudents que d'autres sur l'éolien et le solaire.

Myriam Maestroni : La France a fait le pari de l'électricité nucléaire après les chocs pétroliers des années 1970 pour se prémunir d'une trop grande dépendance énergétique. Aujourd'hui, elle est devenue un des pays parmi les plus nucléarisés au monde avec une production d'électricité encore très majoritairement dépendante de l'atome. Les coûts liés à la production et à l'approvisionnement en matières premières (uranium) ne sont donc pas comparables à ceux des autres pays européens calculés sur un mix totalement différent, et dans un contexte concurrentiel également très différent. De plus, le prix de l'électricité en France est complètement encadré par l'Etat (tarif réglementé). Pour toutes ces raisons les prix de l'électricité en France, sont, en effet, pour les particuliers les moins chers de toute la zone euro (10 centimes d'euros hors taxe par Kwh contre 14 en Allemagne ou 16 en Grande-Bretagne).

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Propos recueillis par Pierre Havez

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