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Honni soit qui mal y parle

Franglais : à chaque tribu sa langue

On recense dans les dictionnaires français actuels plus de 2500 mots empruntés à l’anglais. Le développement de la technologie pourrait accroître ce nombre mais la langue de Shakespeare risque-t-elle vraiment de supplanter celle de Molière ? Que nenni !

Laurence Lasserre

Laurence Lasserre

Laurence Lasserre est spécialiste de la communication publique et des medias.

 
 
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Il parait que certains esprits chagrins s'émeuvent à nouveau de la trituration de la langue française et de l'invasion désormais incontrôlée de termes anglais dans nos conversations quotidiennes. Pas plus tard que la semaine dernière, le très respecté tabloïd l'Express, (un titre au nom bien de chez nous), lançait la formule express yourself sur son site web. Il n'en faut pas davantage pour échauffer les esprits puristes. 

Si certains mots anglais sont désormais parfaitement intégrés dans notre jargon quotidien, (qui s'offusquerait de devoir partir en weekend en mangeant un sandwich?) il est vrai qu'un décodeur est parfois nécessaire pour certains domaines de conversation, et le fossé de compréhension entre les personnes, selon qu'elles sont connectées ou non, peut être brutalement creusé par la nature de certains échanges électroniques ou verbaux contemporains de type : « je t'ai forwardé le mail sur l'open data » ou alors «parlons du business plan autour d'un brunch ». On reste cependant sur le terrain familier d'emploi de termes anglais à la place de mots français, qui a l'avantage de rendre le propos moins désuet. Cela n'est, en soi, pas plus déstabilisant qu'un électricien normand qui vous déclare qu'il passera « ce tantôt » ou qu'un boulangère limousine qui vous demande si vous voulez un « pochon » pour emballer votre pain au chocolat.

Mais que penser de « je l'ai googueulisé pour avoir des infos » ou « reminder : as tu liké mon statut? » Ou encore : « ne pas oublier le save the date pour l'after de vendredi » Ou enfin: « j'ai retwitté ton lien à mes followers ». 

Exemple extrême, la novlangue de twitter est truffée de signes cabalistiques comme # ou @ ou de codes mystérieux tel le fameux RT. Sans compter le livetwitt, le twittpic et le twittclash, usages et mots dont seuls les initiés comprennent la signification. Le cerveau humain s'adapte d'ailleurs relativement bien à cet outil et à ses possibilités ludiques, dont la plus excitante est le détournement de l'utilisation du hashtag pour le transformer en locution parfaitement fantaisiste. 

Nous entrons là cependant dans ce que certains n'hésiteront pas à qualifier de perversion, puisque l'usage immodéré des réseaux sociaux made in usa conduit inévitablement à y perdre son français. Comme lorsqu'on a commencé à boire du coca cola, cette évolution est à la fois inéluctable et irréversible. Certains esprits paranoïaques ne vont pas manquer d'y voir une nouvelle manifestation de l'invasion insidieuse de l'impérialisme américain, qui après nous avoir gavés de son cinéma et de ses sodas, nous abreuve désormais de ses codes et usages. Ceux là ont oublié que nos amis d'outre atlantique ont rédigé leur Constitution en lisant Montesquieu et que leur patriotisme a conduit des milliers d'entre eux à reposer pour l'éternité au cimetière de Coleville afin que nous puissions vivre libres et utiliser Internet en toute tranquillité en vénérant Steve Jobs pour l'héritage qu'il a laissé a l'humanité.

D'autres n'y verront que le résultat de la mondialisation de la communication entre les humains : selon qu'on soit mondialiste, antimondialiste, altermondialiste, optimiste, conservateur, libéral, protectionniste, socialiste, souverainiste ou tout simplement professeur de lettres classiques, on s'en réjouira ou, plus fréquemment, on s'en indignera.

En réalité, le franglais n'est que la langue d'une tribu, celle des humains dotés d'appareils électroniques mobiles permettant les échanges de données en temps réel, et il n'y a pas lieu d'en débattre ou de s'en offusquer. Leur langage est un code de reconnaissance mutuelle qui n'affectera pas les fondamentaux de notre belle langue, mais viendra utilement la compléter et la nourrir, de la même façon que le patois, l'argot ou le verlan. 

Ainsi, face à cette évolution de l'espèce, rien ne sert de s'énerver. La seule chose à faire est de se détendre, en pratiquant par exemple le footing, l'aqua bike ou le power plate, ou en organisant régulièrement des dates avec son sex-friend. Ce qui compte, c'est de rester aware et update en toutes circonstances. Pour ma part je target le top du buzz avec ce papier qui va définitivement détruire ma réputation sur le web.

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