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La cigarette électronique ne serait pas inoffensive.
©Reuters

Vapoter tue (peut-être)

Faut-il déjà brûler la cigarette électronique ?

Selon le magazine 60 millions de consommateurs, des "molécules cancérigènes en quantité significative" seraient présentes dans la vapeur des e-cigarettes.

Jacques Le Houezec

Jacques Le Houezec

Jacques Le Houezec est conseiller en Santé publique et en Dépendance tabagique, charter member de la SRNT (Society for Research on Nicotine and Tobacco) et directeur de www.treatobacco.net, la base de donnée sur les traitements de la dépendance au tabac, développée par la SRNT.

Voici son blog :

http://jlhamzer.over-blog.com/

Voir la bio »

Atlantico : La revue 60 millions de consommateurs pointe du doigt les effets néfastes de la cigarette électronique et a décelé des « molécules cancérogènes en quantité significative » dans les vapeurs de l’e-cigarette qui, jusque-là, n’avaient jamais été mises en évidence. Faut-il arrêter de considérer la cigarette électronique comme un gadget inoffensif ?

Jacques Le Houezec : .La revue "60 millions de consommateurs" est une revue très respectable, qui généralement fait des analyses assez poussées. Mais cet article sur la e-cigarette, basé sur un protocole que j'ai pu me procurer, semble sortir de la rigueur habituellement observée. D'autres études, en particulier celle de Maciej Goniewicz, un chercheur qui publie depuis plusieurs années sur le sujet ont montré qu'effectivement certaines substances toxiques ou cancérigènes pouvaient être trouvées, mais en général soit à l'état de traces, soit dans des proportions considérablement moindres que dans la fumée de cigarette (9 à 450 moindres). Dans l'article de "60 millions de consommateurs", le tableau résumant les résultats indique uniquement la présence des substances recherchées. Pourtant l'article mentionne des quantités très significatives, certes, mais ne donne pas de chiffres.

Selon la revue, les teneurs en formaldéhyde relevées dans la cigarette électronique flirtent avec celles observées dans la cigarette classique. Peut-on affirmer que l’e-cigarette est aussi dangereuse que la cigarette traditionnelle ?

Malheureusement, le protocole n'est pas assez détaillé pour interpréter ces résultats, et encore une fois aucun chiffre n'est donné. Dans l'étude de Goniewicz, les taux retrouvés étaient 9 fois inférieurs à ceux de la cigarette conventionnelle. Mais dans un cas comme dans l'autre, il n'est pas sûr que le mode de production des bouffées de e-cigarette représente une utilisation normale. Dans l'étude de "60 millions de consommateurs", il est mentionné des bouffées de 3 secondes, toutes les 30 secondes, mais sans préciser le volume des bouffées. Dans celle de Goniewicz, basée sur l'observation de quelques vapoteurs, les bouffées étaient de 70 ml, duraient 1,8 secondes toutes les 10 secondes. Un rythme très rapide et des bouffées importantes, plus que dans cet article. Il est donc surprenant qu'ils aient trouvé des valeurs plus importantes. Mais en aucun cas on ne peut prétendre que la e-cigarette est aussi dangereuse que la cigarette conventionnelle, bien au contraire, ce serait de la désinformation.

Faut-il douter de l’étiquetage des cigarettes électroniques ?

Là encore, la méthodologie employée est médiocre. La revue a surtout testé des produits vendus hors des boutiques spécialisées, et certainement de piètre qualité. Le modèle le plus utilisé par les vapoteurs est celle de type eGo, elle n'a pas été testée ici. Les e-liquides de marques françaises réputées n'ont pas non plus été testés. Pourquoi ces choix ? Pour ce qui est des teneurs en nicotine, il faut savoir que l'analyse chimique est rendue difficile par le fait que la nicotine est diluée dans le propylène glycol et la glycérine, j'aimerais savoir combien de mesures ont été réalisées sur chaque échantillon. Quant au bouchon de sécurité, la plupart des marques vendues en boutique en portent, si ce n'est toutes.

Les autorités de santé doivent-elles réagir ? Faut-il mieux contrôler l’e-cigarette ?

Oui, il est nécessaire que des contrôles de qualité aient lieu, dans le cadre de la protection des consommateurs. Cela permettrait d'éliminer les mauvais produits, au profit de ceux de qualité. Il suffit d'une volonté de l'Etat pour cela, les autorités de santé n'ont pas besoin d'intervenir. Ce serait une erreur de médicaliser la e-cigarette, cela la figerait dans sa forme actuelle, avec peu d'espoir d'évolution. En effet, si une autorisation de mise sur le marché devenait nécessaire, le coût de l’innovation deviendrait exorbitant. Au contraire, en contrôlant les produits, mais sans pour cela en faire un médicament, la pression des consommateurs fait évoluer les produits vers plus de qualité. C'est ce que l'on a observé au cours des 2 dernières années, et le fait que les vapoteurs discutent entre eux et se conseillent sur des forums de discussion a énormément aidé à cette évolution. L'association AIDUCE en est le parfait exemple.

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