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"Vaiana" est un film de princesse signé Disney dans lequel, il n'y a pas des princes qui traînent, pas de garçons, pas d’histoire romantique sous-jacente.

THE DAILY BEAST

Et voilà "Vaiana", la princesse la plus féministe de toute l’histoire

Le dernier long-métrage d'animation de Disney propose une héroïne qui n'a pas besoin d'un homme pour se sentir épanouie.

Jen Yamato

Jen Yamato

Jen Yamato est journaliste au Daily Beast. Elle couvre les sujets de la rubrique "divertissement".

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Copyright The Daily Beast - Jen Yamato

Le 30 novembre  Moana arrive sur nos grands écrans :  c’est l'héroïne qu'il nous faut en ces temps électoraux anxiogènes, c’est la princesse Disney que nous méritons. Elle arrive sous la forme d'une jeune intrépide de 16 ans qui déteste être appelée princesse et rivalise avec son acolyte à qui l’acteur Dwayne Johnson (souvent baptisé The Rock) a prêté sa voix. C'est une adolescente issue d’une longue lignée de chefs polynésiens,qui  apprend à ne jamais accepter de limites.

La sortie de Moana pendant la semaine de Thanksgiving aux Etats-Unis aurait été encore plus significative si Hillary Clinton avait gagné. Mais alors que nous attendons toujours le jour où une First Lady dirigera le bureau ovale de la Maison Blanche, peut-être que cette princesse féministe participera à l’éducation d’une génération de jeunes femmes qui briseront régulièrement le plafond de verre.

Ainsi, pendant que les nationalistes blancs s’installent dans l'administration du nouveau président sexiste élu, Moana permet de faire une pause agréable : c’est à la fois un récit Disney traditionnel et réussi tout en étant le film le plus progressiste de ce studio qui existe depuis 93 ans, un film avec une féroce, , noble et confiante princesse de couleur.

Le film suit Moana (qui a la voix charismatique d’Auli'I Cravalho une découverte hawaïenne âgée de 16 ans), la fille d'un chef à qui on a toujours dit qu'elle conduira son peuple un jour. Se voyant interdire de s'aventurer sur le vaste océan qui l’appelle, elle a du mal à contenir son désir d'aller au-delà de son petit univers. Mais quand l’environnement se dégrade menaçant les sources de nourriture et l'avenir de l'île, elle défie son père, laissant derrière la sécurité de sa maison, afin de sauver son île de la ruine.

Pour ce faire Moana met les voiles sur l’océan en compagnie d’un poulet sans cerveau à la recherche du demi-Dieu Maui (Johnson), déterminée à lui faire rendre la pierre qui donne la vie, dont le vol a déclenché la mort lente de son île. Il se révèle égoïste et peureux, ce surhomme avec ses tatouages ​​magiques qui a un sérieux besoin de suivre une thérapie. Moana, de son côté, trouve en elle le courage d’affronter les ennemis les plus redoutables : des navires de noix de coco chargés de pirates en maraude, un monstre de lave géant, et surtout son propre manque de confiance. 

Écrit par le scénariste Jared Bush (co-réalisateur de Zootopie) et soutenu par une bande sonore signée Lin-Manuel Miranda (compositeur de la comédie musicale Hamilton) Moana est l'histoire d'une jeune personne qui forge son propre destin. C’est un film de princesse signé Disney dans lequel, il n'y a pas des princes qui traînent, pas de garçons, pas d’histoire romantique sous-jacente qui nous ferait oublier de ce qui est vraiment important : la lutte pour la survie, l'indépendance, l'identité, la confiance en soi. On est loin de l’époque où les héroïnes de Disney attendaient qu’un héros leur mette la bague au doigt ou apparaisse avec la chaussure droite à leur taille.

L'aventure magnifiquement réalisée est aussi le premier film de Disney sur les îles du Pacifique, qui met en valeur des habitants des îles du Pacifique, de Cravalho et Johnson à Temuera Morrison en passant par Rachel House jusqu’à Jemaine Clement qui leur vole la vedette en donnant sa voix à un crabe de cocotier. Le scénario s’appuie sur des mythes et des traditions validés par une groupe d'experts, l’Oceanic Story Trust, tandis que le musicien océanien Opetaia Foa'i a collaboré avec Manuel et le compositeur Mark Mancina pour la partition.

Les réalisateurs Ron Clements et John Musker avaient signé en 2009, La Princesse et la Grenouille, dont l'héroïne Tiana était une autre première : la première princesse afro-américaine de Disney. Il y a plus de deux décennies, le couple a également dirigé les classiques de Disney, La Petite Sirène et Aladdin, dont certains éléments résonnent dans Moana. Leurs environnements et leurs animations, riches en détails, n'éclipsent plus la formidable réalisation des visuels de Moana qui, pendant près de deux heures, montrent des personnages avec une peau bronzée, des cheveux ondulés sombres, la main recouverte des traditionnels tatouages.

Bien sûr, il y a eu quelques faux pas, que Disney a réussi à résoudre ou éviter. Lorsque les premières images du surdimensionné MauI ont été dévoilées, le studio a été accusé de perpétuer le stéréotype des hommes polynésiens présentés comme obèses. En septembre, Disney qui a déjà rempli les étagères des magasins avec une énorme ligne de produits dérivés Moana, a retiré de la vente un costume pour enfants accusé d’être culturellement inapproprié.

"L'équipe de  Moana  a pris grand soin de respecter les cultures des îles du Pacifique qui a inspiré le film, et nous regrettons que le costume Maui ait pu offenser certains" a indiqué Disney dans un communiqué. "Nous nous excusons sincèrement."

Cela change de la façon dont Disney a traité les personnages féminins dans sa lucrative série de films Marvel, où les femmes n’ont pas encore leur vraie place.  Scarlett Johansson dans le rôle de la Veuve Noire est peut-être celle qui le plus souffert  d’être utilisée pour mettre ses coéquipiers masculins en valeur sur l'écran tout en étant ignorée dans la ligne des produits dérivés

Moana rend non seulement Les Avengers désespérément rétrograde,et dépasse aussi les contes les plus récents de Disney avec une princesse qui est devenue de plus en plus progressiste abandonnant la tradition de l’héroïne blanche au profit de  la diversité. Il n’est pas difficile d'imaginer l'intrépide Moana menant un village ou une nation, ni jamais difficille pour Moana elle-même de croire que oui, elle peut, parce que partout où elle passe dans son île idyllique de Motunui, les gens lui disent qu'elle en est capable.

Son père, le chef Tui Waialiki, est tellement surprotecteur qu’il interdit à Moana de s'aventurer au-delà de la sécurité de leur récif. Mais il instille aussi en elle la confiance en soi d'un leader, ce qui l'incite à désobéir à ses ordres pour s’embarquer afin de sauver son peuple, alors que les enseignements de sa grand-mère Tala lui donnent un élan spirituel qui s’appuie sur ses racines.

Le mégahit La Reine des Neiges de Disney en 2013 avait trahi les attentes romantiques du conte de fées traditionnel avec sa fin : au lieu du baiser de l'amour vrai d'un prince charmant qui était juste là pour prendre le pouvoir, c’est le lien fraternel entre Elsa et Anna qui a sauvé l’aventure. La duplicité de Hans et son complot nous changeaient d'une Cendrillon obsédée par le mariage, ou de la Belle au Bois Dormant de l’ancienne époque de Disney. La Reine des Neiges montrait aussi le jeune Kristoff qui équilibrait toute la puissance des hormones féminines comme si laisser deux femmes tout diriger était vraiment trop.

Et c’est qui précisément ce qui fait de Moana l'héroïne dont nous avons besoin – nettement plus que  la Reine des Neiges. Même Mulan, seule princesse asiatique de Disney, a dû se déguiser en homme pour combattre le sexisme. Moana au moins, est autorisée à être tout simplement elle-même. Élevée depuis sa naissance pour prendre le pouvoir, elle se voit constamment rappeler qu'elle est capable et forte ce qui lui donne confiance pour diriger les hommes et les femmes autour d'elle à un âge précoce.

Ainsi, elle est plus proche de Merida, la princesse aux cheveux couleur de feu de Disney-Pixar, qui échappe à l’obsession du mariage compulsif pour réaliser son destin royal. Moana n'a pas besoin de l'amour d'un garçon pour se réaliser ou réaliser son destin

Elle ne cherche jamais échapper à son devoir envers son peuple, dont elle respecte les traditions. Son amour pour elles, l’envoie naviguer en haute mer. Même s’il doit y avoir quelques garçons mignons dans le village, parmi lesquels elle pourrait trouver un partenaire un jour, nous ne les voyons pas. Nous n’en avons pas besoin. Moana est une héroïne qui suffit à sa propre histoire, et c’est un choix crucial que Disney et d'autres studios ont mis beaucoup trop de temps à faire.

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