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Crédits Photo: Pixabay / RaphaelaFotografie

Vent dans les voiles

Et la croissance revint… : ce que nous devrions en faire pour préparer l’avenir de la France au mieux

Si la tentation est grande de dépenser les produits d’une croissance retrouvée, il semble plus judicieux de mettre à profit cette embellie pour améliorer la situation économique du pays.

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico : "Plus forte croissance économique de la zone euro depuis près de 12 ans en janvier", ce sont par ces mots que Markit présentait sa dernière note relative au climat économique de la zone euro, venant ainsi souligner une nouvelle fois le retour en forme du continent. Markit ajoute " La France prend la tête du classement des pays par Indice PMI en janvier, le taux d’expansion restant stable par rapport à décembre dans l’Hexagone et proche de son pic de près de 6 ans et demi atteint en novembre. ". Dans un tel contexte, quelles seraient les priorités pour un gouvernement ayant l'ambition d'assurer un avenir économique solide au pays ? Comment profiter de ce mouvement ?

Un taux de croissance traduit la capacité d’un pays à produire un surcroît de richesse. De ce point de vue, l’année 2017 a été bonne pour la France, meilleure même qu’espérée. Le Produit intérieur brut (PIB) a progressé de 1,9% contre 1,1% en 2016. Et cette tendance positive pourrait s’accentuer en 2018 avec un taux supérieur à 2%, tout à fait envisageable. Ceci signifie davantage de revenus pour les ménages, davantage de recettes pour les finances publiques de l’État et les organismes de Sécurité sociale. Dès lors, la question du bon usage de ce surcroît de richesse est immanquablement soulevée.

Cette question s’est déjà posée en 1999-2000 (Gouvernement Jospin) où l’on a débattu sur l’usage d’une « cagnotte fiscale » créée par un bon niveau de croissance. Les sommes furent employées à des allègements fiscaux plutôt qu’à diminuer le déficit et l’endettement du pays.

Avant d’y répondre, il convient de savoir si ce surplus est conjoncturel ou structurel. On le saura dans quelques mois. D’autre part, ne cédons pas à l’illusion d’une quelconque cagnotte. Elle n’existe pas !

Car la tentation serait grande de dépenser les produits d’une croissance retrouvée. Une erreur, telle que celle réalisée il y a près de 20 ans, ne devra pas être répétée car la France est un pays qui a du mal à contrôler ses dépenses. Il faut mettre à profit cette embellie pour améliorer la situation économique du pays car l’effort sera plus facile à absorber qu’en période de disette budgétaire. Elle doit permettre de rendre la France plus performante, plus compétitive, à être mieux gérée et à transformer l’Etat. Ainsi, si cet excédent de recettes est conjoncturel, il me semble de bon ton que les nouvelles recettes servent notamment à réduire le déficit budgétaire d’autant que les taux d’intérêt remontent. En revanche, s’il est structurel, il pourrait, dans des proportions à déterminer, servir à des dépenses d’investissement et/ou à des baisses d’impôt et à apurer le passif.

Mais, quelles que soient les mesures envisagées, elles ne seront acceptées par les Français que si elles s’appliquent à tout le monde. Or, parmi les premières décisions prises par le Gouvernement Philippe, il y a plusieurs mesures qui ont allégé la charge fiscale des plus hauts revenus. L’objectif est d’encourager un esprit d’entreprise dont la France a effectivement besoin.

Dès lors, n’allons pas plus loin, pour l’instant, dans la transformation du pays avant de s’assurer que ces mesures n’aient produit des effets au bénéfice de l’ensemble de la population.

Si certains veulent mettre l'accent sur la réduction des dépenses et de la dette, d'autres préfèrent soutenir l'investissement. Comment faire la part des choses entre des injonctions contradictoires et quelle serait la stratégie la plus efficace pour renforcer l'économie du pays ? 

L’INSEE a annoncé, fin janvier, que la France avait connu, en 2017, un taux de croissance inégalé depuis 2011 (+2,1%). Ce bon chiffre n’est pas le seul à indiquer la robustesse de la reprise : l’investissement des entreprises et les créations d’emplois sont également bien orientés. Mais, en dépit de ces bons chiffres, les séquelles de la crise restent présentes avec des taux de chômage et d’endettement élevés.

Aujourd’hui, les entreprises utilisent de plus en plus leurs capacités de production mais les chefs d’entreprise commencent à signaler de plus en plus des difficultés de recrutement et, ce, alors que le pic économique n’est pas encore atteint et que l’activité française n’a pas retrouvé le sentier de croissance qui était le sien avant 2008. En effet, selon certains prévisionnistes, en gommant les effets de la crise, la croissance enregistrée actuellement est inférieure d’un peu moins de 10% au niveau atteint il y a près de 10 ans. Cette situation ne permet pas d’anticiper un rattrapage d’autant que la croissance potentielle est de l’ordre de 1,3%.

Ce type de contraintes risque de ralentir l’activité et d’être une entrave à la reprise. La faiblesse de la qualité de la formation professionnelle, l’érosion du tissu industriel… sont quelques marques de faiblesses fondamentales. Plusieurs réformes touchant la formation continue, l’apprentissage… notamment s’avèrent ainsi nécessaires à un redressement satisfaisant du pays. Elles doivent permettre de relever ces défis mais la correction de ces handicaps prendra, sans nul doute, du temps.

La bonne santé de la zone euro n'est-elle pas également une fenêtre d'opportunité pour renforcer la zone euro ? De quelle manière ?

La croissance économique de la zone euro a atteint, en moyenne, pour les 19 Etats-membres, 2,5% en 2017. La zone euro continue ainsi d’afficher une reprise économique étonnamment robuste en dépit du Brexit, de la crise catalane ou des incertitudes engendrées par la perspective de plusieurs élections nationales décisives.

Or, les répercussions mondiales de la crise financière et de la crise des dettes souveraines l’ont démontré : les réalités économiques évoluent plus rapidement que les réalités politiques. L’Europe est confrontée à une période de transformation. Les crises ont révélé les faiblesses structurelles de l’économie européenne et nous devons admettre que l’interdépendance accrue de nos économies impose de réagir de manière plus résolue et plus cohérente au niveau politique.

Ainsi, l’Europe doit changer pour gagner la bataille de la croissance et de l’emploi d’autant que le débat est en train de s’imposer en Europe. En effet, les propositions de réforme de la zone euro ne manquent pas. Le bal a été ouvert, le 26 septembre, par Emmanuel Macron dans son discours de la Sorbonne. Puis, la Commission européenne a proposé, le 6 décembre 2017, une feuille de route pour approfondir l’Union économique et monétaire et, le 17 janvier 2018, 14 économistes franco-allemands ont montré qu’une convergence était possible pour réformer la zone euro et conforter la monnaie unique.

Au plan économique, la politique monétaire doit être plus favorable à la croissance. Un euro plus faible permettra de relancer la compétitivité des entreprises européennes. Les pays qui connaissent une forte reprise, à l’image des États-Unis, ont une politique monétaire qui soutient leurs entreprises.

Ensuite, au plan budgétaire, une différenciation opportunément choisie doit être indispensable. La politique budgétaire doit être plus flexible pour ne pas étouffer la demande. Le rythme de réduction des déficits doit donc être compatible avec des objectifs de croissance et une situation de faible inflation. Ceci permettrait d’avancer dans la même direction à des rythmes différents selon une intégration à plusieurs vitesses, sans laisser d’États membres sur le côté.

Avec cet impératif de la refondation, nous sommes de nouveau convoqués à repenser l’Europe alors que sa mue n’est pas complètement finie.

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