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©ERIC FEFERBERG / AFP

Quand le pouvoir sort de l'ombre

Emmanuel Macron, Alain Minc et la Primaire de la gauche : "En marche" ou la Révolution par les élites

Aujourd'hui, la révolution qui se produit en France n'est pas celle du peuple mais des ploutocrates qui souhaitent s'emparer du pouvoir politique.

Virginie Martin

Virginie Martin

Virginie Martin est une professeure-chercheure à Kedge Business School et politologue française. Elle est présidente du Think Tank Different, laboratoire politique créé en 2012, et est l'auteur de Ce monde qui nous échappe : pour un universalisme des différences paru en 2015 aux éditions de l'Aube.

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Les guerres des gauches sont bien déclarées ce soir

Tout d’abord, au sein de la primaire entre Manuel Valls et Benoît Hamon. Ici, ce seront deux projets de société qui s’affronteront dimanche prochain ; l’un tout en République, en laïcité et en sécurité ; l’autre tout en écologie, en conception du travail et en modernité.

En arrière plan, une gauche s’agite : celle d’un Mélenchon qui ne lâche rien et duplique même sa radicalité en hologramme.

Enfin, un autre mouvement reste placé à gauche et veut faire marcher sa Révolution.

Il va visiblement revoir ses copies tant nous avons l’habitude de mettre le mot "révolution" dans la bouche du peuple, un peuple qui voudrait prendre une partie du pouvoir, de l’argent, de la visibilité ; un peuple de "laisser pour compte"  – qui aurait enfin voulu avoir accès aux services et aux conforts de la modernité.

La révolution, intuitivement et historiquement, est une émancipation, l’émancipation de ceux enfermés dans les geôles de la tradition, de la pauvreté, des injustices ; c’est l’émancipation de ceux qui n’ont pas une vie assez bonne (comme aurait dit Judith Butler) pour être pleinement reconnus.

La révolution s’accompagne de coups d’Etat qu’ils soient en France lors du 18 brumaire ou durant février 1917 en Russie.

Elle met fin à la société des ordres et aux privilèges, elle abolit le servage et affranchit les serfs.

Nous assistons en France, aujourd’hui, à une révolution d’un type un peu nouveau ; une révolution des élites non politiques ou para politiques qui ont tout mais, qui, à l’instar de Trump, veulent aussi s’emparer directement du politique.

Une révolution des élites cristallisées sur le jeune Macron ; la nuit debout des traders comme dirait un politologue.

La cohorte des suiveurs de celui qui marche devant, telle une caution politique, est impressionnante : c’est le who’s who des médias, des lobbies, des visiteurs du soir, des hommes du CAC 40, des seconds couteaux de formations politiques, les sucessman du digital, les startupeurs du nord-est parisien, les go between façon ouest de la capitale… le monde des élites économiques et médiatiques.

Tout ce petit monde marche en Weston – mais aussi en Louboutin  – pour faire la Révolution et mettre hors des murs de l’Elysée la bourgeoisie d’Etat installée sous les ors de la République depuis trop longtemps à leur goût. 

Cette oligarchie façon Macron cumulant les ENA, Sciences Po et autres Business School ne veut plus tendre le micro à Obama, elle veut être Obama elle-même ; elle ne veut plus faire du lobbying pour ses entreprises du CAC 40, elle veut faire elle-même la loi ; les Uber ne veulent plus se battre contre le Parlement, ils veulent être le Parlement…

Un rétro-pantouflage grandeur nature qu’on essaye de nommer révolution…

Des hommes et des femmes du privé qui n’auront plus besoin de faire du lobbying auprès des ministres, ils deviendront eux même ministres…

Finalement, à l’instar de Trump le milliardaire, ce gotha de succesman, ces ploutocrates ont enfin compris qu’il était temps pour eux d’apparaître au premier plan ; de ne plus être ceux qui ont du pouvoir dans l’ombre, ceux qui doivent plaider leur cause en sous-main, ceux qui doivent encore et malgré leurs richesses être soumis aux lois de l’intérêt général…

Ces ploutocrates n’ont plus envie de laisser aux hommes et aux femmes politiques le pouvoir ; ils veulent être le pouvoir ; tout simplement.

C’est une révolution qui est en marche, une révolution qui veut piétiner ceux qui ont consacré leur vie à la chose publique et politique, qui veut remplacer des hommes et des femmes politiques par des mini Trump qui n’auront même plus besoin d’avoir à demander un permis de construire pour ériger leur propre tour.

La révolution des élites : en voilà un beau projet en forme d’oxymore. Pourtant, ce projet va visiblement, compter dans la guerres des gauches, à moins que ça ne soit dans la guerre des droites… 

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