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Emmanuel Macron : il faut que tout change pour que rien ne change (sauf le Premier ministre ?)
©CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP

Remaniement

Emmanuel Macron : il faut que tout change pour que rien ne change (sauf le Premier ministre ?)

Alors qu'Emmanuel Macron vient d'accorder un entretien à la presse quotidienne régionale sur l'avenir de son quinquennat, un remaniement pourrait intervenir dans les prochaines heures ou le sprochains jours. L'avenir d'Edouard Philippe à Matignon est incertain.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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A quelques semaines près, Emmanuel Macron se trouve dans la même situation que Nicolas Sarkozy après les mauvais résultats des élections régionales de 2010. C’est le dernier moment où cela fait du sens de changer de Premier ministre. Or ce dernier est plus populaire, de plusieurs points, que le Président. L’opinion comprendrait-elle que l’on change un chef de gouvernement qui donne satisfaction - en tout cas à titre personnel car, autre point commun, les sondés de l’époque imaginaient aussi de garder la personne en lui confiant une autre politique? 

Nicolas Sarkozy avait décidé de garder François Fillon, finalement; et il semble qu’Emmanuel Macron s’apprête à prendre la décision contraire, en se séparant d’Edouard Philippe. Pour le président de 2020 comme pour celui de 2010, il y a cependant un autre point commun: le monde est plongé dans une crise mondiale - les conséquences de la crise des subprimes hier, l’impact du coronavirus aujourd’hui. En 2012, Nicolas Sarkozy ne fut finalement pas réélu. Aujourd’hui, Emmanuel Macron n’a qu’une question: comment faire pour être réélu malgré le faisceau de facteurs défavorables? 

C’est là qu’entre en jeu le tempérament propre à chaque président. Nicolas Sarkozy se prenait un peu pour Bonaparte: général au regard sûr et incisif commandant à des officiers très loin de son niveau. Emmanuel Macron, lui, se vit sur un mode bien plus solitaire: non seulement il veut décider de tout ce qui importe mais il semble se complaire dans un exercice solitaire du pouvoir sans équivalent dans notre histoire. Objectivement, la situation est, pour ce président, bien plus détériorée, que pour aucun de ses prédécesseurs, même François Hollande. Mais il semble qu’Emmanuel Macron ne se sente à l’aise que dans une situation chaotique, quand il avance au milieu d’un champ de ruines politiques. 

Au fond, le message que l’actuel occupant de l’Elysée a distillé ces derniers jours, c’est: si je pouvais, je ne changerais rien à ma politique; au contraire, il faut remettre la réforme des retraites sur le métier - comme s’il n’y avait pas eu le désastreux hiver 2019-2020; l’écologisme idéologique doit être poussé coûte que coûte: Comme s’il n’y avait pas eu la crise des Gilets Jaunes. Si l’on creuse plus profondément, on voit que le Président ne veut pas sortir du « en même temps », si désastreux pour le pays mais qui lui semble être la seule façon de survivre politiquement. Avec obstination, jusqu’en 2022, Emmanuel Macron va poursuivre le grand écart et la tâche impossible de maintenir avec lui aussi bien le centre-gauche que le centre-droit. C’est un segment de l’opinion qui peut rassembler jusqu’à 30% des électeurs. 

Parce qu’il court en permanence le danger de mécontenter la partie gauche du centre quand il en satisfait la partie droite, ou le contraire, Emmanuel Macron ne réussit qu’à conserver, en gros, son socle de 23/24% d’électeurs du premier tour de 2017. C’est apparemment suffisant pour figurer au second tour en 2022; et, l’espère le président, pour gagner. Emmanuel Macron sait très bien qu’il court un danger à rendre Edouard Philippe à sa liberté et son ancien parti. mais il espère en fait semer encore plus la zizanie à droite, pour que LR soit tiraillée entre le RN et le centre, un peu plus - d’autant plus qu’il fera entrer d’autres LR au gouvernement. Comme il fera entrer d’autres personnalités, proches de la gauche, normalement incompatibles avec les premières, dans son nouveau gouvernement. Mais l’important n’est-il pas de pouvoir continuer ce « en même temps » qu’aucun politique de droite n’a la courage de dénoncer une fois pour toute comme la source des malheurs du pays? 

Emmanuel Macron a été élu sur la décomposition du système politique; il semble survivre à toutes les crises qu’il a lui-même provoquées. Et, selon une formule célèbre, il pourrait ajouter qu’il faut, avec un nouveau gouvernement, que tout change pour que rien ne change...sauf le Premier ministre. 

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