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Donner un nouveau sens à l'Histoire
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Donner un nouveau sens à l'Histoire

Rodolphe  de Saint Hilaire pour Culture-Tops

Rodolphe de Saint Hilaire pour Culture-Tops

Rodolphe de Saint Hilaire est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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Livre

Darwin, Bonaparte et le Samaritain

de Michel Serres

Ed. Le Pommier

L'auteur

Faut-il encore présenter Michel Serres, ce toujours jeune philosophe du bonheur et historien des sciences qui porte beau ses 86 printemps et éclaire souvent le petit écran de son lumineux regard bleu ? 

Académicien depuis 26 années, ancien élève de la rue d'Ulm juste avant Jean d'Ormesson, il devient, comme lui, agrégé de philosophie.... après ses études à l'Ecole Navale et 2 années de campagnes dures dans la Royale.

Auteur de plus de 50 essais, proposant une vision du monde associant Culture et Sciences, des "5 sens" à "Petite Poucette" (270 000 exemplaires), ce dernier consacré, comme son nom l'indique, à la révolution digitale, Michel Serres se veut rassurant, un phare dans la tempête, un espoir quand tout semble perdu. "L'Europe occidentale vit une époque paradisiaque !"  a-t-il déclaré le 15 septembre. Lisons-le pour nous en convaincre.

Thème

Michel Serres traite ce sujet pour la première fois : quelle philosophie pour l'Histoire ? L'Histoire de Michel Serres s'articule en 3 âges : du Big Bang à l'origine des espèces d'après Darwin, pour le premier; des guerres à mort de Gengis Kahn à Hiroshima en passant par Bonaparte pour le second; et enfin l'âge d'or ou, comme dit l'auteur, l'âge "doux" avec la métaphore du bon Samaritain qui se penche sur la misère du monde pour mieux l'assister.

L'auteur estime que nous rentrons donc dans le troisième âge de l'Histoire, l'époque du partage, de la solidarité, de l'empathie et, osons le dire, "l'âge de la paix",  depuis en tout cas 1945.                                                                                                                                          

Ne craignant pas le paradoxe, notre philosophe cultive ainsi sa sagesse :" Dans leur majorité, les hommes sont bons, l'humain est humain". Michel Serres, plaidant pour une nouvelle utopie, nous donne les clés de cette maison du bonheur : "Faisons y rentrer tous les héros de l'âge "doux", les médecins, les samaritains, les négociateurs et diplomates, les Monod, Schweitzer, Schuman... 

Michel Serres continue : "Cessons de sacraliser les tueurs au Panthéon", ne gardons que le meilleur, comme les petites mains qui  pratiquent le numérique au bout des doigts, les "Petites Poucettes ", jeune génération mutante chère au philosophe.  

Pour lui, seul le "doux" compte, même dans le sport tel la natation ou les sports de glisse car, dit-il, "le dur" (la dureté ?) ne dure pas.

Pointsforts

1/ Une belle leçon d'optimisme

Michel Serres est sans doute un visionnaire plus qu'un utopiste. En tout cas il a cette capacité formidable à nous faire croire à ses prédictions ; c'est le discours, solidement fondé sur des arguments scientifiques d'ailleurs, que l'on a envie d'entendre, même s'il nous donne le vertige parfois.

Avec "Darwin, Bonaparte et le Samaritain..." c'est une grande bouffée d'oxygène, un vent d'optimisme, qui  souffle sur nos têtes.

Les dieux sont avec nous, semble-t-il, et on ne demande qu'à en être convaincu : l'espérance de vie progresse partout dans le monde, le niveau de vie aussi, les grandes épidémies sont éradiquées. Fait unique depuis la guerre de Troie, l'Europe traverse une période de paix de soixante dix ans!

La théorie du philosophe n'est pas sans fondements. C'est dans l'atrocité des derniers conflits que l'humanité trouve les ressources qui peuvent fonder une paix mondiale durable.

2/ La clarté du propos, l'art de la rhétorique

Saluons son sens de la formule : plutôt que de faire la guerre à la guerre nous comprenons avec l'auteur qu'il faut mieux faire la paix à (avec, ndlr) la guerre. "Foutons la paix à la guerre", proclame-t-il.

Pour paraphraser l'auteur de "Petite Poucette" lui même, sa démonstration "coule de source" mais par osmose, comme dans une "percolation".

Un Passage de haute volée, parmi d'autres : "Homo homini lupus...". Dans son brillant plaidoyer en faveur de la "nature humaine" et  pour contredire la célèbre sentence de Plaute, socle de la philosophie de Thomas Hobbes et  de son contrat social, Michel Serres exprime tout son art de la rhétorique : mais non, voyons, "les loups ne se mangent pas entre eux" et "la louve éduque ses louveteaux avec une tendresse précise et une efficacité sans égale". Et puis, souvenons-nous des traditions chasseresses qui fondèrent Rome et son droit sous le ventre d'une louve. Démonstration éblouissante !

3/ Un nouveau sens à l'Histoire

Là est l'essentiel de la contribution de notre philosophe scientifique. Les historiens ne font qu'écrire l'histoire à partir... de l'écriture. Ils oublient tout le reste. Cela n'a pas de sens pour l'auteur qui, lui, propose d'écrire l'histoire de l'humanité "de l'aval vers l'amont", à partir des signes  et des codes et non uniquement de l'écriture. Le monde est un livre ouvert, le monde est écrit en langage mathématique, l'histoire n'est compréhensible qu'à la fin ....de l'histoire. Que resterait-il de l'histoire de la prise de la Bastille si le règne de Louis XVI avait survécu ? Le grand récit du monde doit se lire dans les strates du Groenland et non seulement dans les faits qui ne sont que des "circon-stances".

Points faibles

Large part d'angélisme et excès  de "scientisme".

Nous ne suivrons pas Michel Serres jusqu'au bout de son raisonnement. Trop de statistiques tuent la statistique. Pourrions-nous être d'accord avec un Luc Ferry affirmant à l'instar de Michel Serres : "Le monde est 1000 fois meilleur aujourd'hui que dans les années 60" ? Ken Loach et son Daniel Blake viennent de nous démontrer le contraire. Chaque jour, chaque "Une" de quotidien, chaque coin de rue, chaque fait divers souligne l'absence du bon Samaritain.

A moins de consommer de l'Utopie comme un remède à la déprime, force est de constater que, non, la majorité des humains ne pratique pas l'entraide plutôt que la concurrence ou le pillage comme notre conteur du Grand Récit de l'Univers feint de le croire. 

De même, si le programme de "survie" que nous propose l'auteur au sens ou il signifie "vivre mieux que la vie" en même temps qu'insuffler un nouveau sens à l'histoire  au delà de la simple préservation des espèces est enthousiasmant, en quoi la recherche scientifique pourrait-elle  nous le garantir? Battre le record mondial de Jeanne Calment est-il une fin en soi ? Les avancées de la science et des techniques, la révolution numérique, toute pacifique qu'elle est, doivent-elles être érigées en religion?  

Mais comment reprocher un tel d'enthousiasme au pétillant et malicieux Michel Serres ?

En deux mots

Guerre et paix à l'heure du numérique : l'Utopie dans le sens de l'histoire.

Une phrase

"L'Homme n'est ni bon ni mauvais ; les philosophes qui en décident ainsi jouent du piano avec des gants de boxe (mais,ndlr) ...nous risquons tous, selon les circonstances, de nous métamorphoser en psychopathes égoïstes et cruels".

Recommandation  

Excellent 

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