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Dolce & Gabbana, les "enfants synthétiques" et le boycott de la marque : le respect mutuel victime collatérale de nos guerres idéologiques
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Diktat de la pensée

Dolce & Gabbana, les "enfants synthétiques" et le boycott de la marque : le respect mutuel victime collatérale de nos guerres idéologiques

Pour avoir déclaré ne pas être "très convaincu par les enfants nés de la chimie, les bébés synthétiques, les utérus à louer, le sperme choisi sur catalogue", le couturier Domenico Dolce, en couple pendant de nombreuses années avec Stefano Gabbana, s'est attiré les foudres du chanteur Elton John, qui a appelé au boycott de la marque. Christian Combaz lui répond.

Christian Combaz

Christian Combaz

Christian Combaz, romancier, longtemps éditorialiste au Figaro, présente un billet vidéo quotidien sur TVLibertés sous le titre "La France de Campagnol" en écho à la publication en 2012 de Gens de campagnol (Flammarion)Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages dont Eloge de l'âge (4 éditions). En avril 2017 au moment de signer le service de presse de son dernier livre "Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos", son éditeur lui rend les droits, lui laisse l'à-valoir, et le livre se retrouve meilleure vente pendant trois semaines sur Amazon en édition numérique. Il reparaît en version papier, augmentée de plusieurs chapitres, en juin aux Editions Le Retour aux Sources.

Retrouvez les écrits de Christian Combaz sur son site: http://christiancombaz.com

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Sir Elton,

Moi qui n'ai presque rien à vendre, deux ou trois livres à peine, et donc rien à craindre de vos grotesques consignes de boycott, je voudrais attirer votre minuscule attention sur l'anomalie que représente le fait de trépigner hystériquement dès que quelqu'un critique vos choix de procréation pour le menacer aussitôt de vos foudres, qu'il s'agisse d'un archevêque, d'une mère de famille ou d'un couturier international. Le sujet est sérieux il concerne de vrais gens (real people) qui n'ont ni conseils ni consignes à recevoir d'un orgueilleux sur talonnettes auquel sa fortune permettait déjà toutes les fantaisies en matière de paillettes et qui a tenu à acheter aussi l'éprouvette. Il y a cinquante ans quand un homosexuel voulait s'occuper d'un enfant il adoptait celui de sa soeur, ou de la concierge, ou d'un orpelinat, il ne se livrait pas à des acrobaties chromosomiques entre deux paparazzades.

La procréation assistée en elle-même n'est pas à interdire absolument par principe, comme rien de ce qui peut réussir, mais elle est risquée, elle est délicate, son terme heureux psychologiquement représente une sorte de miracle et d'exception, qui relève dans tous les cas d'un rapport triangulaire de gré à gré, de particulier à particulier. Mais votre attitude tend à exiger qu'elle devienne disponible sur catalogue en agence comme s'il s'agissait d'un droit d'accession à la procréation. Je comprends bien que votre statut de rockstar vous aura permis de débarquer partout depuis trente ans pour acheter la moitié d'un magasin de vêtements, une villa, deux voitures, ou un île déserte, dans le même après-midi, en disant "voyez cela avec mon homme d'affaires". Or il reste partout dans le monde des gens qui jugent que la naissance d'un enfant ne s'achète pas comme un loft. S'ils ont une opinion réservée sur votre genre vestimentaire, vos moeurs tapageuses, vos choix de vie, ça ne leur ôte pas le droit de vivre, de commercer, de manifester leur réticence à l'égard de certaines acrobaties, sans se faire taper sur les doigts parce qu'ils ne sont pas acrobates. Que Dolce ait rappelé ses origines siciliennes, sa culture d'origine, qu'il ait déclaré presque humblement qu'il avait du mal avec ces choix-là ne vous donne aucun droit de lancer contre lui une campagne de représailles façon Castafiore sous le prétexte qu'il est homosexuel comme vous. Sauf si vous voulez coller à votre réputation de vilaine capricieuse, auquel cas vous n'avez qu'à continuer.

En outre, puisque j'ai peut-être réussi à susciter la curiosité d'un lecteur ou deux sur cette question qui dépasse votre cas de tous côtés, j'en profite pour me demander à la cantonade si les "avancées sociétales" le sont vraiment dès lors qu'on s'en sert pour museler, pour blâmer, pour humilier ceux dont l'opinion n'est pas devenue majoritaire. Leur liberté de choix et de conscience reste entière même si leur camp  n'a pas remporté la bataille de la modernité . La nostalgie dont je viens de faire preuve quant à l'adoption "à  l'ancienne" n'est pas fasciste, elle est légitime. Le fait d'être  révulsé par les nouvelles méthodes ne saurait être considéré comme un motif de rééducation. Le fait de dire qu'on préfère se garder, pour soi-même et ses proches, de ce qui se fait en ce moment est un droit de l'homme. Respectez-le et invitez vos amis à en faire autant.

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