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Disparition de la première Femen de Tunisie : les femmes musulmanes sont-elles victimes du Coran ?
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Droits des femmes

Disparition de la première Femen de Tunisie : les femmes musulmanes sont-elles victimes du Coran ?

Une tunisienne de 19 ans a reçu vendredi des menaces de lapidation après la diffusion de photos d'elle seins nus sur une page Facebook dédiée au mouvement Femen. Selon Inna Schevchenko, leader du groupe, elle serait depuis séquestrée par sa propre famille.

Zeina  el Tibi

Zeina el Tibi

Zeina el Tibi est présidente de l'Observatoire d'études géopolitiques, chercheur et essayiste, auteur de L'islam et la femme. Rappel pour en finir avec les exagérations et les clichés chez Desclée de Brouwer.

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Atlantico : L'idée reçue sur le fait que le Coran réserve une place dégradante de la femme dans la société musulmane a  la vie dure. Qu’en est-il exactement ?

Zeina el Tibi : Il est clair qu’il existe un grand décalage entre, d’une part, les clichés et les idées reçues et, d’autre part, la véritable doctrine de l’islam, telle qu’elle découle du Coran et de l’enseignement du Prophète Mohammed. Il suffit de lire le Coran pour être convaincu que le livre saint de l'islam a représenté un progrès pour la condition féminine. Non seulement, l’égalité hommes-femme est affirmée sur le plan spirituel, le Coran parlant constamment des croyants et des croyantes, mais encore la complémentarité entre l’homme et la femme qui sont un couple, "un vêtement l’un pour l’autre", et aussi l’égalité des droits entre l’homme et la femme sur le plan social. Outre les principes du Coran, tout l’enseignement du Prophète prône le respect de la femme. C’est donc à ses sources fondamentales qu’il importe de remonter.

Les traitements parfois extrêmes réservés aux musulmanes n’auraient donc pas une origine religieuse ?

Il faut faire la distinction qui s’impose entre la religion musulmane et les coutumes et autres pratiques ou habitudes qui sont très éloignées des prescriptions islamiques. S’il est incontestable que la condition de la femme dans certains pays musulmans - et plus particulièrement dans certaines couches de population - est déplorable, ce serait une erreur d’imputer la responsabilité de ce genre de situation à l’islam. Par exemple, des déguisements comme la burqa et le tchador sont des coutumes locales (afghane, perse) qui n’ont rien à voir avec la religion. L’excision est une pratique africaine, régulièrement condamnée par l’islam et d’ailleurs inconnue dans les pays musulmans en dehors de l’Afrique noire (où elle concerne d’ailleurs aussi bien les chrétiennes que les musulmanes). La polygamie n’a pas été initiée par l’islam qui, au contraire incite à y mettre un terme en posant des conditions si strictes qu’elle est irréalisable. Le voile lui-même n’a rien d’islamique : il n’y a aucune prescription en ce sens. En réalité, ce qui fait du mal à l’islam, ce sont les ignorants et les charlatans qui racontent n’importe quoi et trahissent le vrai message progressiste et humaniste de l’islam. C’est ainsi qu’a pu prospérer un conservatisme outrancier, enfermé dans la stagnation et la routine et encouragé par l’ignorance, la répétition d’habitudes folkloriques et de coutumes surannées.

Ne peut-on pas dire par ailleurs que les femmes ont joué un rôle dans la construction de l'islam ?

Bien sûr. C’est un fait historique qu'il y a un rôle éminent joué par de nombreuses femmes dès les origines de l’islam puis dans l’épanouissement de la civilisation arabo-musulmane. Il est notable que le premier musulman, c'est-à-dire la première personne à croire en la Révélation transmise par le prophète Mohammed était une femme : Khadija, l’épouse du Prophète. Ensuite, beaucoup d’autres femmes ont tenu une place importante durant la montée en puissance de l’islam. Au fil des siècles, des femmes musulmanes se sont illustrées par leur foi, leurs connaissances, leurs actions au service du développement de la société islamique.

Où en est la condition féminine aujourd'hui dans l'islam ?

Trop souvent, le véritable enseignement de l’islam a été oublié laissant la place à des explications fallacieuses de quelques esprits égarés, ridiculement formalistes ou tout simplement incompétents. Dans le désordre des événements que l’on a rassemblé sous le slogan frelaté le "printemps arabe", on voit prospérer des courants extrémistes qui ont des conceptions totalement  farfelues de l’islam, notamment pour ce qui concerne la femme. C’est notamment le cas en Tunisie et en Égypte. Il est indispensable que les grands oulémas et les sages de l’islam dénoncent ces dérives et réaffirment vigoureusement la doctrine du juste milieu, celle de l’islam modéré. En tout cas, il existe des pays musulmans où la condition féminine progresse et est très satisfaisante, je citerai par exemple le Maroc, grâce il est vrai à l’action éclairée du roi qui est le chef spirituel incontesté, le Commandeur des croyants. C’est peut être cette autorité légitime qui manque dans certains pays…  

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