Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Société
©

Bonnes feuilles

Déchirement affectif, culpabilité, rejet : comment sortir sans dommage d'un moule familial qui ne nous correspond pas

Tous les parents veulent que leurs enfants réussissent, c’est évident. Pourtant, beaucoup d’entre eux leur mettent sans le savoir des bâtons dans les roues ! Et ils le font dès que les enfants choisissent une voie qui les écarte trop des modèles familiaux. Extrait de "Ne bouge pas, tu vas tomber !", de Gisèle Harrus-Révidi, Payot (2/2).

Gisèle Harrus-Révidi

Gisèle Harrus-Révidi

Gisèle Harrus-Révidi, psychanalyste, est l’auteur de plusieurs ouvrages aux Editions Payot, dont le classique Psychanalyse de la gourmandise et un essai remarqué sur l’immaturité affective : Parents immatures et enfants-adultes.

Voir la bio »

Qu’est-ce que la mue ? Chez certains animaux, à une certaine époque de leur développement, survient une mutation de la peau, du poil, de la plume. Chez le serpent, c’est un changement total ou partiel du revêtement chitineux et son abandon.

OEuvrer en vue de son élévation sociale nécessite- t-il une transformation comparable à une forme de mue, et celle-ci est-elle totale ou partielle ?

>>>>>>> A lire également : S'extraire de son milieu social nécessite- t-il une mutation de sa personnalité ?

La première étape du candidat qui n’en est pas franchement un, moins évidente qu’il n’y paraît, consiste pour lui à prendre conscience qu’à un changement souhaité (sans plus de précisions dans son esprit, sauf à avoir une vocation très affirmée), mais sans en avoir une représentation claire, correspond une nécessaire évolution de ses codes personnels qui jusque-là semblaient « naturels ». Le mouvement, le changement la rendent obligatoire, mais cela peut créer un véritable déchirement affectif, une culpabilité assimilée à un rejet de sa famille initiale.

Changer c’est changer contre. « Mon goût, c’est le dégoût du goût des autres. » Cette évolution est vécue avec violence par sa famille, qui n’a jamais imaginé vivre autrement. L’erreur à éviter pour l’impétrant consiste soit à minimiser le changement à l’extrême, soit à le marquer avec fracas, quitte à humilier les proches. Par un effet de la balance sociale, à se faire reconnaître d’un côté, on se fait rejeter de l’autre, même quand cette transformation est vécue par tous comme un caméléonisme nécessaire. Des troubles relationnels avec leurs fâcheuses conséquences peuvent alors surgir. Ainsi de l’exemple banal, en région parisienne, du mépris à l’égard du département 93, dans lequel on a vécu son enfance, que l’on nomme devant la famille 9-3.

Les goûts se modifient avec le savoir et le niveau de vie, on mange « culturellement » : une bouffe Coupe de France de football est-elle comparable à une collation à Roland-Garros après match ?

Pour reprendre la comparaison avec la mue du serpent, il s’agit de la mise en place plus ou moins volontaire, plus ou moins consciente, d’une forme de désincorporation des habitus ordinaires, de se mouler dans son corps autrement, de se décorporéiser en quelque sorte. C’est faire du soi un non-soi qui devrait ultérieurement devenir du soi.

La situation est beaucoup plus facile quand les parents n’ont inculqué à leurs enfants que peu ou pas de système de valeurs. Un mode de vie, certes, mais le plus simple possible, sans incrustation dans un terroir ou un pays quelconque. Ce fut le cas d’Edgar Morin : « Il comprit que le plus grand cadeau que lui fit Vidal (son père) fut de ne pas lui donner de culture. Bien que père obsessionnel, Vidal fut père au degré zéro en ce qu’il n’avait aucune idée, aucune morale, aucune croyance à enseigner à son fils1. » Et Edgar Morin de s’en féliciter et de chanter la vertu « de l’absence d’éducation ». Facile certes, et difficile à la fois. Comment expliquer, sans faire de mauvais esprit, que le fils devint sociologue comme pour étudier les croyances et les lois des différents groupes, si loin de lui en apparence ?

Extrait de "Ne bouge pas, tu vas tomber ! - Réussir malgré ses parents ", de Gisèle Harrus-Révidi, ©Editions Payot & Rivages, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !