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Guerre fratricide

Convention nationale des investitures socialistes : le PS a-t-il encore la force suffisante pour étrangler Macron ?

Ce samedi 17 décembre, les instances du Parti socialiste valideront les investitures pour les prochaines législatives ainsi que les candidats pour la primaire de la Belle Alliance Populaire. L'exercice n'est pas si anodin à l'heure où Emmanuel Macron menace sérieusement de plomber le PS pour 2017.

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Atlantico : Alors que se tient ce samedi la convention nationale du Parti socialiste d'investiture des candidats pour les législatives de 2017 et la validation des candidatures à la primaire de la gauche par la haute autorité ad hoc, le PS peut-il se trouver confronté à une désertion de députés tentés par l'aventure Macron ? Le parti a-t-il les moyens d'empêcher de tels ralliements ?   

Christophe Bouillaud :  Au regard de l'histoire, cette hypothèse me parait très peu probable. Toutes les scissions du PS depuis les années 1980 n'ont pas porté chance à ceux qui les ont menées, car la marque Parti socialiste est restée jusqu'à aujourd'hui la marque la plus attirante pour les électeurs de gauche ordinaires. En revanche,  il est possible que nous soyons arrivés à un moment où cette marque Parti socialiste ne porte plus et qu'une autre marque s'impose. Ce serait une surprise historique qu'un homme relativement isolé soit capable de désarticuler ce vieux parti politique.

Selon la dernière enquête Cevipof réalisée en partenariat avec Ipsos-Sopra Stéria et Le Monde, le candidat socialiste (Arnaud Montebourg et Manuel Valls ont été testés) serait classé à la cinquième place du premier tour de l'élection présidentielle avec 11 à 13% d'intentions de votes, tandis qu'Emmanuel Macron se classe à la troisième place avec 13 à 15% d'intentions de votes. Si la primaire de la Belle Alliance populaire mobilisait peu d'électeurs, et au vu de la dynamique dont bénéficie Emmanuel Macron, la candidature de ce dernier pourrait-elle être plus légitime que celle du candidat désigné à l'issue de la primaire de la gauche ?

Pour qu'on en arrive à cette hypothèse, il faudrait qu'une grande partie des élus - sinon la majorité des élus - se rallie à Emmanuel Macron. Cette hypothèse me parait très peu crédible.

Par ailleurs, le sondage auquel vous faites allusion enregistre un état de l'opinion à un moment où le Parti socialiste n'a plus de candidat à l'élection présidentielle : François Hollande s'est retiré de la course et la primaire de la Belle Alliance populaire commence à peine. Une fois que le Parti socialiste aura retrouvé un candidat légitimé par cette primaire, on verra le rapport de forces s'inverser de nouveau en faveur de ce candidat.

Le PS a-t-il selon vous les moyens de "cornériser" Emmanuel Macron pour faire de lui un Bayrou, c’est-à-dire une personnalité politique qui fait 17% à la présidentielle mais à qui il manque un vrai parti ?

De fait, lorsque le moment des élections législatives arrivera, dans l'hypothèse d'une défaite de la gauche, la résistance électorale se fera à partir de ceux qui disposent de fiefs. Dans ce cas-là, cela favorisera plutôt les politiciens socialistes les plus implantés. A moins qu'Emmanuel Macron réussisse à se rallier ces politiciens, il aura très peu de chances de faire élire des députés.

En dehors de l'hypothèse d'une scission du Parti socialiste en sa faveur, Emmanuel Macron serait une personnalité ayant certes fait un bon résultat mais sans implantation au Parlement. Historiquement, aucune force entre le principal parti du centre-droit et le principal parti de centre-gauche n'a réussi depuis des décennies à s'implanter durablement et fortement dans la vie politique française, l'aventure du MoDem en témoigne. 

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