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Une oeuvre de Zhang Daqian.
©Reuters

La magie de ses mains

Connaissez vous Zhang Daqian, le peintre dont les œuvres rapportent plus que celles de Picasso ?

Les Chinois ne conquièrent pas seulement les secteurs de l'industrie, ils prennent aussi la main sur le marché de l'art. Zhang Daquian, décédé en 1983, accroche la troisième position au niveau mondial en termes de chiffre d'affaires pour l'année 2013 : 225 millions d'euros. Mieux que Picasso ou Manet...

Nina Rodrigues-Ely

Nina Rodrigues-Ely

Nina Rodrigues-Ely enseigne le Marché de l'art contemporain et l'Art contemporain à l'INSEEC Business School et participe au comité de perfectionnement de l'IESA. Nina Rodrigues-Ely est également la fondatrice de l'Observatoire de l'art contemporain, une plateforme numérique de décryptage, d'analyse et de conseil depuis 2006.

Voir la bio »Pierre  Cornette de Saint Cyr

Pierre Cornette de Saint Cyr

Pierre Cornette de Saint Cyr est commissaire priseur et président du Palais de Tokyo.

 

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Le marché de l'art ne connaît pas la crise : une sculpture d'Alberto Giacometti a été vendue près de 101 millions de dollars à New York lors des enchères d'Automne de Sotheby's. Les artistes chinois ne sont pas en reste, notamment Zhang Daquian, décédé en 1983, mais qui se positionne en troisième position au niveau mondial en termes de chiffre d'affaires pour l'année 2013 : 225 millions d'euros.

En 2011, son chiffre d'affaires posthume a même atteint les 445 millions d'euros, contre 254 millions pour Picasso, la référence de l'art du XXe siècle..

Cet méconnu du grand public, dont les œuvres s'arrachent à prix d'or et qui a détrôné le maître catalan, est né en 1899 dans la province du Sichuan, limitrophe du Tibet. Jusque dans les années 1940 il se contente de reproduire fidèlement les techniques héritées des grands maîtres chinois, avant d'ajouter à ses productions des influences bouddhiques et occidentales.

Son internationalisation, il la doit à l'exil auquel l'avancée communiste l'a contraint, lui qui est partisan du Kuomintang. Ironie de l'histoire (ou signe du destin), il rencontre Pablo Picasso en 1956 à l'occasion d'un voyage en Europe. Déjà, les observateurs contemporains ont conscience du caractère exceptionnel de cette rencontre au sommet de l'art : le maître occidental et le maître oriental, s'échangeant des tableaux. 55 ans plus tard, le Chinois dépasse le Catalan, et s'installe durablement au sommet des ventes.

Quelles qualités spécifiques le marché de l'art reconnaît-il à Zhang Daquian ?

Nina Rodrigues-Ely : Les artistes chinois sont particulièrement soutenus financièrement par les Chinois eux-mêmes, qui comptent de plus en plus d'acheteurs d'art dans leurs rangs. Pour la nouvelle génération en particulier, l'art contemporain est un champ de spéculation, dans lequel agissent beaucoup de fonds d'investissement. Zhang Daquian est considéré par ces acheteurs ultra-riches comme un peintre historique, qui a réussi très tôt son entrée sur le marché international. C'est ainsi qu'on assiste à une extension du domaine de l'art, et à une relecture de l'histoire de l'art dans la mondialisation.

Pourquoi se vend-il aussi cher ?

Nina Rodrigues-Ely : Parce que les collectionneurs chinois achètent à 99% à des fins spéculatives. La jeune génération de collectionneurs est plus ouverte au monde que la précédente, mais elle continue d'acheter chinois, car cela reste un acte gratifiant.

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Cela fait déjà vingt ans que je me suis rendu en Chine pour rencontrer les artistes contemporains. Dans cette civilisation qui a 8 000 ans, l'art est extrêmement important : avant de parler business, il faut avoir des rapports culturels. En revenant j'avais averti les collectionneurs du déferlement de ces artistes. Pourquoi ? Parce que les productions sont de qualité, et parce que la Chine a désormais le statut de "presque première puissance mondiale". Le marché a changé, il est devenu planétaire, et les Chinois l'ont bien compris : ils se positionnent aussi bien au niveau national que mondial. En France, on serait bien inspiré d'en faire autant. Au contraire, nous assassinons nos artistes.

Pourquoi ces artistes peintres chinois qui vendent leurs œuvres à prix d'or sont-ils encore méconnu du grand public français ?

Nina Rodrigues-Ely : Il est vrai qu'en Chine, les gros vendeurs que sont Zhang Daqian, Xu Beilhong ou encore Fu Baoshi ont le statut de "stars". Ils sont très connus dans le monde global de l'art, il faut simplement laisser le temps au temps pour qu'ils touchent un plus grand public. Vu de loin, la culture chinoise reste mystérieuse, il n'est pas étonnant que les noms des grands maîtres et des grandes stars actuelles ne viennent pas à l'esprit aussi simplement que Manet, Picasso ou Giacometti. Pourtant François Pinault contribue à les mettre en avant, notamment Zeng Fanzhi (21e au classement ArtPrice, ndlr).

Le prix de ces artistes contemporains chinois va-t-il se poursuivre à la hausse ?

Nina Rodrigues-Ely : On assiste  une sorte de petite guerre au niveau international. Dans le cadre de ce marché global de l'art, la surenchère est permanente. Les fonds d'investissement, les collectionneurs, matérialisent leurs liquidités dans ces œuvres. Mais attention à ne pas caricaturer, beaucoup d'œuvres d'art contemporaines se vendent à des prix raisonnables. Ce dont nous parlons ici, c'est d'œuvres hors norme. Tous les Giacometti ne se vendent pas à plus de 100 millions de dollars ! Et je tiens à préciser que la dimension identitaire de l'art reste incontournable. Pour les Chinois, il est important d'acheter chinois.

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Pour le moment les artistes chinois sont surtout collectionnés par les Chinois eux-mêmes, mais les logiques à l'œuvre aujourd'hui laissent à penser que les Américains et les Européens seront de plus en plus nombreux à se les approprier, comme François Pinault, qui en féru. Pour les collectionneurs du monde entier, le fait de posséder une production chinoise devient de plus en plus incontournable. Ce qu'il faut comprendre, c'est que ce succès n'est pas arrivé par accident, il est l'émanation de 8000 ans de civilisation, et d'une société enfin libérée des chaînes maoïstes.

 

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