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©Eric CABANIS / AFP

Sacré business

Comment la mafia se retrouve dans votre assiette

En seulement sept ans, les bénéfices annuels du business de l'agromafia ont été multipliés par deux.

Fabrice Rizzoli

Fabrice Rizzoli

Fabrice Rizzoli (né en 1971) est co-fondateur et président de l'association Crim'HALT qui veut impliquer la société civile contre la criminalité. Il enseigne dans divers établissements universitaires. Docteur en science politique à l’université de Paris I (Panthéon-Sorbonne), il est spécialiste de la criminalité organisée et des mafias italiennes et coopère avec le Centre Français de Recherche sur le renseignement. Il a été chercheur à l'Observatoire géopolitique des drogues (OGD), chargé de mission à l'observatoire milanais sur la criminalité organisée (Omicron) dans le cadre du projet de recherche « Falcone » piloté par la Commission européenne. Ensuite, il a été officier de protection au ministère des Affaires étrangères (Direction des Français à l'étranger et des étrangers en France), puis à la Commission de recours des réfugiés (OFPRA). Il intervient régulièrement comme consultant et conférencier sur ces thèmes. Il anime le site mafias.fr (analyse au quotidien d'un phénomène complexe). Il a écrit La mafia de A à Z (aux éditions Tim Buctu), qui regroupe 162 définitions mafieuses, de A comme "Accumulation du capital" à Z comme "Zoomafia". Il est également co-fondateur du Salon "Des Livres et l'Alerte".

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Atlantico : Un article du Financial Times rapporte que le business de la mafia dans le domaine de l'agriculture et l'élevage en Italie est florissant. En seulement sept ans, les bénéfices auraient doublé pour les organisations, passant de 12,5 milliards en 2011 à 22 milliards d'euros en 2018. Comment expliquer cet attrait pour ce business de la mafia italienne ? 

Fabrice Rizzoli : On appelle cela Agromafia : un mot-valise pour désigner des infractions commises par des mafieux concernant le secteur agroalimentaire, qui rejoint désormais la typologie des écomafias, la criminalité environnementale. L'augmentation des bénéfices a deux raisons : ceux qui luttent, magistrats et associations, comptabilisent mieux ces infractions. En outre, les mafias, en particulier en Italie, étant parfois acculées par la meilleure antimafia au monde (magistrature indépendante de l'exécutif, délit d'association mafieuse, statut de collaborateur de justice, confiscation sans condamnation pénale du propriétaire et usage social des biens confisqués), sont obligées de revenir à des activités primaires qui ont l'avantage de rapporter beaucoup tout en étant peu risquées en terme d'années de prison. Il s'agit par exemple du vol de bétail, qui est la première des activités de la mafia sicilienne il y a 200 ans !

Il faut ajouter les escroqueries pour obtenir un financement public, le travail au noir dans le monde de l’agriculture (récolte, transport, vente à la sauvette et affaires liées à la restauration), le transport lié aux marchés de gros. De nombreuses enquêtes en Italie ont mis en évidence la présence de mafias dans les principaux marchés de gros. À Milan, les clans calabrais contrôlaient le Rungis local et y avaient une boîte de nuit ! À Fondi, entre Naples et Rome, le marché alimente toute l’Italie en produits du Sud. Les mafieux calabrais faisaient 2 000 kilomètres inutiles afin de faire passer la tomate de 85 centimes à 2,58 euros le kilo. 

L'explosion des bénéfices est-elle à imputer aux failles de l'Union européenne et d'un commerce mondial globalisé ? Quel est l'impact de ce business sur les paniers français ?

Les failles de l'Union Européenne? Mais les Etats sont souverains !

Je vais vous raconter une histoire. Dans les années 90, l'Europe envoie ses inspecteurs en Corse qui découvrent la fraude systémique à la vache : des centaines de millions d'euros pour des vaches fantômes ou qui divaguent (et font des morts sur la route chaque année). L'Europe décide alors de suspendre les subventions. Que fait l'Etat français? Il paye les subventions aux faux agriculteurs à la place de l'Europe.

Quels sont les risques pour les consommateurs ? 

Les consommateurs paient plus chers, peuvent être empoisonnés et favorisent, en consommant, un monde où la mafia ou ce qui y ressemble gagne toujours à la fin. Cette agromafia a toujours eu une dimension transnationale comme en témoigne l’affaire du beurre frelaté vendu à une entreprise française il y a 20 ans...

C'est pourquoi, il faut se rendre à l'événement de l'année : le Salon "Des Livres et l'Alerte", du 16 au 18 novembre prochain à la Maison des Métallos à Paris. 3 jours, 70 intervenants, des milliers de livres, des dizaines de conférences pour défendre l’intérêt général contre ces mafias ou multinationales y compris françaises qui nous empoisonnent !

Fabrice Rizzoli est l'auteur de :

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