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THE DAILY BEAST

Céderez-vous vous aussi à l'engouement pour la Slow TV sur Netflix, antidote à une année 2016 épouvantable ?

Stressés par le cauchemar politique qu'est 2016 ? Faites un tour sur la Slow TV, la télévision lente, le phénomène scandinave captivant où absolument rien ne se passe. Faites-nous confiance.

Daniel Bukszpan

Daniel Bukszpan

Daniel Bukszpan est journaliste indépendant. Il est producteur et écrit également pour CNBC.com. 

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Daniel Bukszpan - The Daily Beast

Si vous avez toujours voulu voir sept heures d'images inédites filmées par une caméra fixée à l'avant d'un train - et qui n'en a jamais eu envie ? - c’est le moment. Au mois d'août, Netflix a commencé à diffuser le programme norvégien de "télévision lente" - Slow TV - un genre qui offre par exemple quatre heures de soirée nationale de tricot, six heures de feu de bois national, ou le trajet en train précité de Bergen à Oslo.

Si vous vous demandez ce qui se passe dans ces émissions, la réponse est simple : rien. Rien ne se passe du tout dans ces émissions, sauf si l'on considère que les deux minutes qui expliquent l'entassement du bois avant les six heures de crépitement soient "quelque chose". En effet, la télévision lente est vraiment le spectacle du rien ; Seinfeld serait condamné. Inutile de dire que ces émissions ne s'adressent pas à tous. Pour ce qui est du binge watching, ces sessions compulsives d'ingestion de films, les séries aussi palpitantes que Game of Thrones et The Night Of auront toujours une audience importante et fidèle. Mais pour ceux dont la vie est stressante et qui trouvent les émissions de télévision démoralisantes ou anxiogènes, regarder des Scandinaves souriants tricoter des chandails pendant quatre heures pourrait être ce dont ils ont besoin.

Molly Maloney, avocate de 47 ans à Seattle, en est friande. Elle a regardé presque toutes les 'émissions lentes' offertes par Netflix. Elle dit qu'elle les met surtout en effectuant des tâches ménagères banales mais nécessaires qui ne demandent pas toute sa concentration. "Je les mets quand je fais différentes choses, comme de la peinture, m'occuper des factures ou plier le linge" dit-elle. "La télévision lente met de la vie dans la pièce sans altérer mon attention."

Thomas Hellum, employé par la société de radiodiffusion norvégienne NRK, est le producteur et directeur de projet de Slow TV. Il a dit au The Daily Beast que l'émission a vu le jour après une session de remue-méninges avec d'autres employés de la station. Le centenaire du chemin de fer Bergen était proche et il voulait avec son équipe marquer l'occasion en filmant tout le trajet du train d'une côte à l'autre de la Norvège, sept heures au total. A sa grande surprise, NRK accepta. "L'idée était trop folle pour la refuser" dit-il.

Le voyage en train : de Bergen à Oslo a été diffusé en 2009 sur la NRK ; il est disponible sur Netflix, non édité, avec les cinq premières minutes dans un tunnel noir. Vous avez l'impression d'y être ! Dans ses prévisions les plus optimistes, Thomas Hellum pensait toucher 1 000 téléspectateurs ; il en a eu 450 000 au début, et l'émission a été vue par 1,2 millions de personnes, un exploit dans un pays qui compte 5 millions d'habitants. Il a pris cela comme l'autorisation de créer d'autres émissions du même genre, ayant trois choses en commun : elles sont longues, sans interruption, et montrent un processus dans son intégralité. Toutes les émissions ont eu le même succès.

"Tous nos projets lents ont plus ou moins doublé ou triplé leur part de marché pour la chaine cette nuit-là" dit-il. Evidemment, aux États-Unis dont la culture a produit Fuller House et World’s Dumbest Partiers, le public est différent du public norvégien ; la TV lente mettra un certain temps à susciter le même engouement.

Les représentants de Netflix n'étaient pas disponibles pour commenter, mais les analystes de données sur les réseaux sociaux ListenFirst Medias disent que la Slow TV n'a fait l'objet que de 2 588 tweets en août, alors qu'une série originale telle que Stranger Things en a généré plus de 2 millions. Comme la télévision lente devrait s'appuyer sur le bouche à oreille pour élargir son audience, ces chiffres sont impressionnants. Mais elle a tout juste un mois et Netflix voit déjà la concurrence se développer avec The Window Channel d'Amazon Prime. Ce type d'émissions pourrait donc gagner en popularité.

Comme Slow TV, The Window Channel se spécialise dans les images simples, inédites – aussi apaisantes que des plages hawaïennes, des cerisiers en fleurs et des aquariums – prêtes à anesthésier le spectateur dans son fauteuil de relaxation. Mais Thomas Hellum croit que la Slow TV a un avantage, grâce à la variété de l'expérience des téléspectateurs. "Certains sont impatients au bord de leur fauteuil" a-t-il dit. "D'autres sont complètement allongés dans le leur et ne veulent que se divertir. Pour d'autres, c'est une belle image sur le mur sur laquelle ils jettent un regard de temps en temps. Le secret réside dans la continuité, dans laquelle aucun producteur n'a décidé pour nous de ce qui est passionnant et de ce qui ne l'est pas. Tout est là, et le spectateur doit lui-même choisir ce qui est intéressant et ce qui ne l'est pas."

Thomas Hellum dit que le prochain projet de Slow TV suivra une famille laponne guidant des milliers de rennes dans leur migration vers les pâturages d'été. Ce processus annuel dure cinq ou six jours, et il promet de tout diffuser. Pour les Américains stressés par le cycle d'informations de 24 heures, par l'indignation du jour sur les réseaux sociaux, et le spectre d'une présidence de Donald Trump, des images inédites de rennes caracolant à travers les fjords enneigés scandinaves pourraient juste s'avérer l'antidote qu'ils recherchent.

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