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Le "care" de Martine Aubry :
arme fatale anti-mondialisation ?
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La tête au care

Le "care" de Martine Aubry : arme fatale anti-mondialisation ?

Propulsé sur le devant de la scène par Martine Aubry, le "care" - ce "goût des autres" où l'on prend soin de son prochain - figure en bonne place dans le programme de plusieurs candidats à la primaire PS. Une façon pour les socialistes de proposer enfin une alternative aux principes libéraux de la mondialisation ?

Fabienne  Brugère

Fabienne Brugère

Fabienne Brugère est professeure de philosophie à l’Université Michel de Montaigne Bordeaux 3,

Elle a publié dernièrement Le sexe de la sollicitude (Seuil, 2008), La philosophie de l’art (PUF, 2010) et L’éthique du « care » (PUF, 2011)

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La droite européenne a trouvé sa vision de la mondialisation. Elle fait valoir sans complexe son insertion dans les règles financières mondialisées tout en s’attachant  à la moralisation de la vie politique, entre néo-conservatisme et populisme. Par ce double discours, elle s’adresse en permanence  à la fois au haut et au bas de la société.

A gauche, sans DSK, il reste au Parti socialiste à choisir entre le goût des autres de Martine Aubry, la normalité de François Hollande et la fraternité de Ségolène Royal. Pour Aubry et Royal, l’enjeu est de revenir aux valeurs pour fonder des politiques plus justes. Du coup, la transformation sociale ne tient pas seulement dans la distribution des biens mais dans une démocratisation du pouvoir qui renoue avec la fierté de l’activité contre l’inutilité ressentie. La politique ne concerne pas que les élections, les droits ou la libre entreprise mais aussi la distribution du pouvoir de faire ou de la liberté ; j’y perçois des échos aux éthiques du care. La société et l’État doivent « prendre soin » de chacune et de chacun en fonction de ses capacités propres.

La gauche pourrait tenir alors de manière assez inattendue son accroche dans la mondialisation… Au lieu de rendre invisible et d’appauvrir celles et ceux qui ne correspondent pas à l’image de l’individu performant, méchant ou bien né, pourquoi ne pas valoriser d’autres interdépendances (aussi plurielles que les organisations non gouvernementales, les services publics, des associations, des instances de démocratie participative, des mouvements sociaux comme les indignés) qui se soucient de vulnérabilités économiques, sociales, environnementales, vitales ou même conjugales qui, souvent, transcendent les frontières?

«  Prendre soin » de l’État et de tous les citoyens de ce pays, c’est alors dire qu’il n’y a pas des identités figées, les productifs et les improductifs, les riches et les pauvres, les valides et les handicapés, les femmes et les hommes, les Français et les étrangers. Contre des politiques bureaucratiques ou gestionnaires qui oublient la personnalité individuelle derrière la personnalité collective, les éthiques du care en appellent à des politiques qui se soucient des gouvernés interdépendants et vulnérables, mondialisés. Une société de l’inclusion est non seulement plus juste qu’une société de l’exclusion ; elle est structurée par la reconnaissance des activités et du travail. « Prendre soin » suppose une politique en faveur de gouvernés mondialisés. Redistribuons du désir à s’accomplir, du pouvoir, de l’activité contre les identités, et parfois la corruption. Le care participe de l’idée d’une gouvernance mondiale respectueuse de la démocratie réelle, celle des humains ordinaires qui veulent, grâce à des institutions fortes, maîtriser leur destin.

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