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Baisse de la consommation de tabac suite à la hausse des prix : pourquoi cette fois-ci ca marche

À quel point l’augmentation répétée des tarifs a-t-elle joué un rôle dans la diminution de la consommation de cigarettes ? N'y a-t-il pas une vraie tendance de fond qui se dessine en France ?

Gérard Dubois

Gérard Dubois

Gérard Dubois est membre de l’Académie nationale de médecine, où il occupe la fonction de président de la Commission Addictions. Il est le co-auteur du rapport des "Cinq sages" au ministre des Affaires sociales sur la Santé Publique à l'origine de la loi Evin.

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Atlantico : À quel point l’augmentation répétée des tarifs a-t-elle joué un rôle dans cette tendance ? La vente de cigarette électronique, n'y a-t-elle pas contribuée ?

 
Gérard Dubois : La cigarette électronique a eu une influence lors des premières années de son apparition sur le marché et la baisse de vente des cigarettes ne s’est accompagnée ni d’une augmentation des appels aux lignes spécialisées sur le tabac ni d’une augmentation au recours aux traitements pharmacologiques de la dépendance au tabac. Comme en 2003 –2004, la forte augmentation du prix du tabac en 2018 avec le paquet de cigarettes le plus vendu à 8€ s’accompagne d’une baisse sensible des approvisionnements des buralistes ( de 10% entre le deuxième trimestre 2018 et le deuxième trimestre 2018) et d’une augmentation d’un tiers des ventes de traitements de la dépendance au tabac (+2/3 pour les timbres ou patchs, et +189% pour le Champix dorénavant remboursé). Sur l’ensemble du premier semestre 2018, la baisse des ventes de cigarettes se maintient à environ 10%. C’est le résultat d’une volonté politique qui est une bonne nouvelle pour la santé des Français qui n’ont pas commencé à fumer et celle des fumeurs qui ont réussi à vaincre leur dépendance. A remarquer aussi que cette fois-ci l’annonce est faite par les Douanes et non par les cigarettiers, ce qui était une demande des associations de lutte contre le tabac.
 

Si la baisse des ventes est une tendance couramment observée dans les premiers mois suivant une augmentation des prix, elle peut être suivie par une ré augmentation si une autre hausse ne s'applique pas durant l'année qui suit. La prochaine hausse, qui sera de 50 centimes, est prévue pour avril 2019. Est-ce suffisamment proche selon vous ? L'histoire ne risque-t-elle pas de se répéter ?

 
Les augmentations faibles (<5%) sont sans effet. Seules les augmentations fortes (10%) sont dissuasives comme le démontrent toutes les études économiques. Une augmentation de 10% provoque une baisse des ventes de 4%, plus si le pouvoir d’achat est faible. Cette baisse est rapide au début puis ralentit et se stabilise en 18 mois à 2 ans. Il faut donc renouveler les augmentations dissuasives au moins tous les deux ans. Faute de nouvelles d’augmentations sur plusieurs années, l’inflation rogne le prix réel et l’on peut alors voir remonter les ventes. Les augmentations prévues d’ici 2020 permettront de relancer l’effet dissuasif et permettront de sauver plus de vies humaines.
 
 

Depuis le début de l’année, les livraisons de cigarettes ont diminué de 9,2 % par rapport à l’année dernière. Comment l'expliquez-vous ?

 
Le paquet neutre (en fait le paquet “moche”) a permis de dévaloriser, dénormaliser le tabac, en faisant un produit du passé, un produit “has been” notamment auprès des jeunes.
 

Autres chiffres éloquents, les ventes de traitements pour l'arrêt du tabac ont progressé de 21.2%. Le nombre de patients traités à lui aussi fortement augmenté de même que le nombre d'appels à Tabac Info, +10%. En dehors de l'aspect financier, n'y a-t-il pas une vraie tendance de fond qui se dessine en France ?

 
La majorité des fumeurs (environ 80%) ne sont pas des fumeurs heureux. Ils regrettent avoir commencé, préfèreraient ne plus fumer. Ils ont souvent essayé mais l’augmentation brutale des prix leur donne une nouvelle occasion d’essayer à nouveau. Il recourent donc plus souvent aux lignes d’aide à l’arrêt du tabac et aux traitements de la dépendance au tabac et beaucoup plus réussissent. La lutte contre le tabac est une bataille de longue haleine qui dépend terriblement des décisions au plus haut niveau de l’ Etat et de sa sensibilité aux appeaux de l’industrie de tabac. Par contre, l’opinion des Français est dorénavant bien ancrée envers une industrie du tabac est si dévalorisée qu’elle n’a plus de porte-parole, a disparu de radios et des télévisions et ne procède plus que par communiqués. Il ne lui restait plus que la Confédération des Buralistes comme porte-voix, mais pour combien de temps encore ?

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