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Après avoir raté le confinement, le gouvernement tente de s’attribuer le succès du déconfinement
©Philippe LOPEZ / POOL / AFP

Phase 2

Après avoir raté le confinement, le gouvernement tente de s’attribuer le succès du déconfinement

Lors de ses annonces sur la deuxième étape du plan de déconfinement, Edouard Philippe a dévoilé un certain nombre de mesures qui vont changer le quotidien des Français comme la levée de l'interdiction de déplacement des 100 km. Est-ce une prise de risque de la part du gouvernement ?

Sauveur Boukris

Sauveur Boukris

Sauveur Boukris est médecin généraliste.

Enseignant à Paris, il participe à de nombreuses émissions de radio et de télévision sur les questions de santé. Il est l'auteur de plusieurs livres médicaux dont "Santé : la démolition programmée", aux Editions du Cherche Midi.

Il a écrit  "Médicaments génériques, la grande arnaque" aux Editions du Moment.

Son dernier livre s'intitule "La fabrique des malades" aux Editions du cherche midi.

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Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti est Professeur associé à Sorbonne-université et à l’HEIP et rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire.

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Atlantico.fr : Le Premier ministre a décidé de desserrer l'étau lors de la deuxième étape du plan de déconfinement en levant notamment l'interdiction de déplacement au-delà des 100 km dès le 2 juin. Est-ce une prise de risque de la part du gouvernement ?

Arnaud Benedetti : La prise de risques eut été de ne pas desserrer l’étau compte tenu du ralentissement de la circulation du virus et de la nécessité de faire redémarrer la vie économique et sociale. Tout le monde s’accorde à reconnaître que les difficultés aujourd’hui sont devant nous. Le Premier ministre manage le retour à la vie normale, il le fait avec sobriété et prudence. Clairement, dans le duo exécutif, il a pris le "lead " dans le processus de déconfinement, en posant son ton et son tempo. Le ton rassure, redonne du volume à une parole de l’Etat qui en a singulièrement manqué durant la gestion de cette épidémie, il offre une stabilité psychologique à celle-ci, il rassure dans cette période délicate où l’opinion a été elle-même conditionnée à l’anxiété, voire à la peur, pour aller vite il renvoie une image de méthode et de sérieux. 

Mais tout ceci a un côté " micro-management", temporisation qui se heurte à l’impatience bien compréhensible des acteurs économiques mais aussi plus largement d’une grande partie des Françaises et des Français qui veulent retrouver le minimum minimorum de leurs libertés civilisationnelles : se déplacer et circuler librement, se retrouver, s’attabler à une terrasse, etc,... Le tempo du chef du gouvernement est sans doute en-deçà des aspirations de la société d’en revenir au cours naturel de son fonctionnement. Edouard Philippe solde en quelque sorte la séquence. Il imprime sa marque au moment, indéniablement; il y a intérêt; c’est un "Pompidou", toutes choses égales par ailleurs, qui rafistole, fait redémarrer, mais la suite immédiate est une autre affaire. 

Il délivre les Français de leurs contraintes, certes, mais  structurellement face à la vague qui s’annonce, il est presque mécaniquement indispensable que son temps soit compté, non pas qu’il ne dispose pas des qualités nécessaires pour affronter la suite de l’histoire au regard du potentiel humain de la macronie, mais la situation qui vient exige un choc psychologique, symbolique et le choc psychologique passe par un changement d’homme, sauf à risquer l’érosion et l’usure.

Sauveur Boukris : La décision d'interdire les deplacements au-delà de 100 km était une décision arbitraire, bureaucratique qui ne repose sur aucun argument scientifique. 100, 200 ou 300 km cela ne change rien à la diffusion du virus.

Lever cette interdiction relève du bon sens. Aujourd'hui, le risque est faible à condition que tout le monde porte des masques pendant encore quelques semaines. 

Cependant, il est dommage que cela soit possible à partir du 2 juin, cela prive les Français d'un beau week-end. Ils ont ete disciplinés, ils ont joué le jeu et ont contribué à reduire la contamination. Lever l'interdiction dès le vendredi 30 ou le samedi 31 mai aurait été une juste recompense de leurs efforts et sacrifices. 

Le timing de ce déconfinement est-il dû uniquement à des paramètres sanitaires ? Est-il raisonnable sur le plan sanitaire ? 

Arnaud Benedetti : Le sanitaire est en train de passer au second plan. Tout l’enjeu pour l’exécutif était de démontrer que sa politique de confinement a réussi et que la baisse du nombre de malades est indissociable des mesures prises à la mi-Mars. Pour autant, force est de constater qu’il lâche du lest sur le triptyque de l’immunité (protéger, teste, isoler). Il est rattrapé par les nécessités quasi-anthropologiques qu’une société ne peut se contraindre, malgré sa crainte de l’aléa, à une aseptisation forcée, sauf à dépérir et à s’effondrer. La réalité c’’est que la vie, c’est l’échange et qu’une cité ne peut indéfiniment s’enfermer. Néanmoins les paramètres épidémiques à ce stade s’améliorent.

Encore une fois le front qui s’annonce sera économique, social, et politique. Tout laisse à penser que le niveau de vie risque de ne plus être le même. C’est dans quelque mois quand les amortisseurs sociaux ne pourront peut-être plus jouer leur rôle, que les effets de ce que nous traversons risque de se traduire dans le quotidien. Force est de constater, à l’exception des secteurs les plus durement impactés (tourisme, restauration, ...) la phase a été plutôt socialement indolore. L’Etat-providence, tant décrié par la doxa techno-libérale, a permis d’assurer la cohésion de la société. 

L’enjeu maintenant c’est l’Europe. C’est là que le cœur de la bataille à moyen terme se noue. Macron a délégué à Philippe la tuyauterie ; le Président joue sa partition dans une cour européenne, au niveau macro, là où s’affrontent les États et où, en dépit des annonces, rien n’est joué. Les " frugaux " céderont-ils ? L’Allemagne payera-t-elle, nonobstant les déclarations de Merkel ? Les fédéralistes relâcheront-ils un temps leur orthodoxie budgétaire pour sauver la " vieille maison " tout en poursuivant leur politique libre-échangiste (la Commission vient de se prononcer pour un accord dans ce sens avec le Mexique ) ? Autant de questions qui déterminent la suite. Philippe a fait le job de soutier, Macron, lui, est confronté à une toute autre épreuve au moment, faut-il le rappeler, où sa majorité donne partout des signes de craquements.

Sauveur Boukris : Le gouvernement joue encore la prudence. Les mesures de deconfinement prises actuellement reposent essentiellement sur des critères économiques. Les services d'urgence et de réanimation ne sont plus saturés. Il n'y a pratiquement plus de nouveaux cas de Covid-19. Le nombre de décès se reduit de façon régulière et constante. La maladie est bien maîtrisée. J'espère qu'à partir du 15 juin ou début juillet, nous retrouverons une vie "normale" sans masques et que nous pourrons nous déplacer en Europe. 

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