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Bonnes feuilles

Ancien journaliste devenu pourfendeur des médias, populiste de gauche, apôtre de la décroissance... De quoi François Ruffin est-il le nom ?

Où va la France ? Où va l’Europe ? Où va le monde ? À travers le désordre idéologique où nous vivons, Gaël Brustier classe et ordonne les faits politiques pour les interpréter et les remettre en perspective. Un essai roboratif, indispensable pour ne plus être passif devant les changements qui s’annoncent. Extrait du livre "Le désordre idéologique" de Gaël Brustier aux éditions du Cerf (2/2).

Gaël Brustier

Gaël Brustier

Gaël Brustier est chercheur en sciences humaines (sociologie, science politique, histoire).

Avec son camarade Jean-Philippe Huelin, il s’emploie à saisir et à décrire les transformations politiques actuelles. Tous deux développent depuis plusieurs années des outils conceptuels (gramsciens) qui leur permettent d’analyser le phénomène de droitisation, aujourd’hui majeur en Europe et en France.

Ils sont les auteurs de Recherche le peuple désespérément (Bourrin, 2010) et ont publié Voyage au bout de la droite (Mille et une nuits, 2011).

Gaël Brustier vient de publier Le désordre idéologique, aux Editions du Cerf (2017).

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François Ruffin est candidat dans la première circonscription de la Somme. Cela renforce encore l’unité de sa démarche, vieille de deux décennies. Journaliste passé par le Centre de formation des journalistes (CFJ), ancien de l’équipe de Daniel Mermet à France Inter, collaborant fréquemment au Monde Diplomatique, il a lancé Nuit Debout et remporté un César pour son documentaire Merci Patron !. François Ruffin a ainsi quelques solides atouts pour peser au sein de la gauche d’après l’élection présidentielle.

À l’instar d’Emmanuel Macron (ils ont deux ans de différence), François Ruffin a grandi à Amiens, où il vit encore. Pour le comprendre, il faut être conscient que le fil rouge de sa démarche passe par cette fidélité à un territoire et par l’application d’une stratégie contre-hégémonique de long terme. Chaque action de François Ruffin –  journalisme à Fakir, réalisation de Merci Patron !, inspiration de Nuit Debout, candidat désormais – s’inscrit dans cette logique.

Parti à la conquête de la France des ouvriers et employés, celle qui a tourné le dos au PS, adepte de solutions économiques protectionnistes, et partisan de la décroissance, François Ruffin sait que l’action politique passe par le développement de références communes et donc par un combat idéologique et culturel, dans lequel l’adversaire doit être nommé clairement. Hostile au Parti socialiste, il fait prêter serment aux militants de Nuit Debout de « ne plus jamais voter PS » puis engage une campagne visant à mettre fin à la « discipline républicaine », accusée de contribuer au maintien en vie d’un Parti socialiste passé de la lutte des classes à l’accompagne‑ ment du capitalisme financier. Dans Merci Patron !, il tourne en ridicule Marc-Antoine Jamet, élu socialiste de l’Eure et Secrétaire général de LVMH. Cette fois, c’est à une autre « fabiusienne » du PS qu’il s’attaque en défiant la secrétaire d’État Pascale Boistard dans la circonscription de la Somme, dont le communiste Maxime Gremetz fut longtemps le député.

François Ruffin rejoue-t‑il là un « classe contre classe » récurrent au sein du mouvement ouvrier ? François Ruffin dresse le constat implacable du bilan d’un Parti socialiste qui aurait changé de nature en 1983 en adhérant au libéralisme. Ce n’est pas l’opposition de la « révolution » au « réformisme » qui motive Ruffin, mais l’idée qu’il existe une gauche et une gauche qui a cessé d’être de gauche, le PS. C’est à un « populisme de gauche » – façon Podemos – que François Ruffin pense, tout en s’affirmant authentiquement « social-démocrate », façon d’occuper l’espace traditionnel du PS en le  chassant de ses dernières terres. Fakir publie un grand entretien avec Chantal Mouffe, la théoricienne du « populisme de gauche » et apporte son soutien à Jean-Luc Mélenchon, candidat de la « France insoumise ». Sur le fond, il milite notamment pour le protectionnisme et manifeste plus que de la sympathie pour les thèses de la décroissance. Cherchant ainsi à forger une unité entre des éléments issus de la gauche radicale et de l’écologie politique, il maintient ce rêve unitaire tout en développant une indépendance certaine par rapport aux formations déjà existantes. « Les faire plus chier que le Front national » est ainsi l’un des slogans d’une campagne dont les couleurs rouge et verte symbolisent les bases du renouvellement idéologique promu par Ruffin.

François Ruffin est venu à l’action politique par le journalisme. Et par la critique des médias, c’est-à-dire de la galaxie qui adhère aux thèses de Serge Halimi et s’est formée à la lecture de journaux comme Pour Lire Pas Lu, « un bimestriel sardonique contre les organes du spectacle de l’ordre mondial capitaliste » ou le Plan B.  C’est ce qui l’a poussé à créer Fakir, qui édite un journal, mais aussi des livres – Contre les gourous de la croissance, Faut-il faire sauter Bruxelles ? – et constitue le vaisseau amiral de l’engagement de François Ruffin, un vaisseau qui met le cap sur la France populaire.

Lors de la cérémonie des César, sa prise de parole défend la France des salariés de Whirlpool, dont l’usine d’Amiens est menacée de délocalisation incriminant les dirigeants gouvernementaux depuis trente ans et unifiant question sociale et contestation démocratique. Ce combat social motive son actuelle campagne législative, soutenue par le PCF, Europe Écologie Les Verts, La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon et Ensemble, parti né de l’union de plusieurs courants de la gauche radicale et anticapitaliste. L’issue de cette campagne de François Ruffin donne aujourd’hui une idée de la possibilité pour une gauche refondée de renouer avec des groupes sociaux qui l’ont quittée et d’engager une stratégie contre-hégémonique après la vague de défaites qu’elle vient de subir.

Avril 2017

Extrait du livre "Le désordre idéologique", de Gaël Brustier aux éditions du Cerf 

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