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Crédits Photo: Reuters
La trajectoire des prix du pétrole dans les prochains mois dépend majoritairement de la capacité des pétroles de schiste à résister à la baisse des prix.

Ça carbure

25% de hausse en 3 jours : les raisons et les conséquences de l’envolée pétrolière que personne n’avait vu venir

Malgré la chute de la bourse chinoise et les craintes des répercussions sur l'ensemble des places financières, le prix du Brent a augmenté de 25% ces trois derniers jours. Une situation qui ne devrait en revanche pas durer, l'objectif de l'Opep étant de s'attaquer à la rentabilité de la production américaine.

Thomas Porcher

Thomas Porcher

Thomas Porcher est Docteur en économie, professeur en marché des matières premières à PSB (Paris School of Buisness) et chargé de cours à l'université Paris-Descartes.

Son dernier livre est Introduction inquiète à la Macron-économie (Les Petits matins, octobre 2016) co-écrit avec Frédéric Farah. 

Il est également l'auteur de TAFTA : l'accord du plus fort (Max Milo Editions, octobre 2014) ; Le mirage du gaz de schiste (Max Milo Editions, mai 2013).

Il a coordonné l’ouvrage collectif Regards sur un XXI siècle en mouvement (Ellipses, aout 2012) préfacé par Jacques Attali.

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Atlantico: Comment expliquer cette hausse fulgurante du prix du baril de pétrole ?

Thomas Porcher : Les prix du pétrole étaient descendus tellement bas la semaine dernière qu’ils ne pouvaient que regagner quelques dollars. Des éléments ont néanmoins motivé cette hausse : une baisse de la production pétrolière aux Etats-Unis et une rumeur concernant une éventuelle réunion de l’OPEP avec d’autres pays producteurs. Mais dès le début de cette semaine, les prix ont rechuté à cause de doutes sur la santé de l’économie chinoise. Grosso-modo, la trajectoire des prix du pétrole dans les prochains mois dépend majoritairement de la capacité des pétroles de schiste à résister à la baisse des prix. A un prix durablement en dessous de 50$ le baril, une partie des pétroles de schiste aux Etats-Unis n’est plus rentable et les investissements devraient diminuer. Mais, il faut bien noter que les producteurs américains de pétrole de schiste sont très flexibles et peuvent revenir rapidement sur le marché quand les prix remontent. Quoi qu’il en soit, actuellement, les prix semblent centrés autour de 50$ avec une plus grande volatilité.

Comment comprendre le changement de cap de l'OPEP dans sa stratégie d'ensemble?

Entre 2004 et 2014, dans un marché tiré par la demande des pays émergents, la stratégie de l’OPEP était de faire en sorte d’ajuster sa production à la demande pour qu’il y ait des tensions sur les prix. Cette stratégie a bien fonctionné pendant une dizaine d’années car elle permettait au cartel de s’assurer un prix du pétrole élevé. Rappelons qu’entre 2002 et 2012, le prix du baril a été multiplié par cinq. C’est d’ailleurs grâce à un prix élevé du pétrole que le pétrole de schiste américain est devenu rentable.

Avec l’impressionnante croissance de la production américaine de pétrole, les pays de l’OPEP se sont retrouvés face à un dilemme. Doivent-ils baisser leur production pour maintenir des prix élevés et in fine assurer au pétrole de schiste une rentabilité ? Ou doivent-ils laisser plonger le prix pour mettre en danger la rentabilité de la production de pétrole de schiste américain ? L’OPEP a choisi la deuxième stratégie. Actuellement, la production américaine semble résister à la baisse des prix mais un prix à 40$ pendant six mois les affecterait sérieusement. En fait, si l’OPEP veut vraiment en finir avec les pétroles de schiste, il faudrait qu’elle pousse sa production au maximum (35 millions de barils par jour) pendant un an afin que le prix passe sous les 30 $. A ce prix, elle s’assure la mort du pétrole de schiste mais les dommages collatéraux pour certains pays de l’organisation comme le Venezuela, le Nigeria ou l’Angola seraient trop importants.

Quelles conséquences peut-on attendre sur le moyen terme?

Les conséquences globales sont difficilement calculables. Certes la baisse des prix allège la facture des pays consommateurs mais porte également atteinte à des pays producteurs de pétrole. Je pense particulièrement aux pays pauvres et producteurs de pétrole qui n’ont pas de fonds souverains. Ces pays sont extrêmement vulnérables au retournement de leurs recettes pétrolières car ils n’ont pas de stabilisateurs automatiques. Dans certains de ces pays comme en République du Congo ou en Angola une grosse partie de la population vit déjà sous le seuil de pauvreté, une coupe supplémentaire dans les budgets pourrait avoir des impacts très négatifs pour les populations.

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