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Crédits Photo: Photo Béatrice Girodet
La fraude la plus répandue concerne les miels à bas prix que l’on peut trouver dans la grande distribution.

Bzzzz

10% du miel commercialisé en France n’en est pas : à quoi reconnaître les fraudeurs de la ruche?

Un laboratoire de Moselle a publié une étude démontrant que 10% du miel consommé et contrôlé en France serait frauduleux, alors que les français sont de grands consommateurs.

Henri Clément

Henri Clément

Henri Clément est président de l'Union national de l'apiculture française (Unaf), et apiculteur professionnel. Il est également rédacteur en chef de la revue Abeilles et fleurs.

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Atlantico : Selon le Centre d'études techniques apicole de Moselle, 10% du miel commercialisé en France serait frauduleux. De quelle nature sont ces fraudes ? Quels sont les différents types de contrôles effectués ?

Henri Clément : la fraude la plus répandue concerne les miels à bas prix que l’on peut trouver dans la grande distribution. Certains d’entre eux sont des miels artificiels élaborés à partir de sucres sans que les abeilles aient butiné la moindre fleur.  Ils proviennent essentiellement d’Asie, de Chine, du Vietnam…il y a très peu de contrôles à l’entrée dans l’Union Européenne et en outre ces fraudes ne sont pas toujours facile à détecter car ces miels élaborés dans des laboratoires sont l’œuvre de spécialistes et de la fabrication et de l’analyse. Par contre il est plus facile pour les fraudes de détecter si un miel ne correspond pas à son étiquetage. Un miel de France dans lequel on trouve du pollen majoritairement de coton n’a pas été produit dans l’hexagone !

Pourquoi le miel consommé en France est-il particulièrement touché ?

La France et l’Europe de l’Ouest en général. Car nos productions sont largement déficitaires au regard de notre consommation. La France consomme annuellement  40 000 tonnes de miel soit environ 600 grammes par an et par habitant. En 1995 nous produisions 32 à 33 000 tonnes mais avec la chute de production de miel de tournesol due à l’emploi d’insecticides neurotoxiques systémiques comme la trop fameuse molécule imidaclopride plus connue sous le nom commercial de Gaucho - dont la Commission de Bruxelles vient de décider enfin la suspension, comme deux autres  molécules,  en raison de leur toxicité abeille- nous sommes passés à moins de 16 000 tonnes et nos importations, elles, ont été multipliées par trois , de 6 à 7 000 tonnes  à  plus de 25 000 tonnes. Quand on pense qu’à l’époque de l’Europe des 12, la France était leader en matière de miel devant l’Espagne et l’Italie….

Comment peut-on reconnaître du faux miel : goût, texture ? Le grand public peut-il se rendre compte de la fraude ?

Il est naturellement plus fade, uniquement sucrant, un peu comme un sirop. Alors que nos miels, très variés en fonction de leurs origine florale ou géographiques exhalent des arômes  floraux, boisés… D’ailleurs, ces faux miels restent durablement liquides alors que nos miels cristallisent plus ou moins vite à l’exception du miel d’acacia, de châtaignier qui eux, restent liquides naturellement très longtemps.

Nous avons une chance inouïe de pouvoir produire sur notre territoire autant de miels variés, des plus doux aux plus corsés, des plus clairs au plus foncés. Romarin, lavande, châtaignier, sapin, acacia, montagne…. Pour le consommateur, même si on peut produire de très bons miels dans toutes les régions du monde,  il est préférable de manger un miel d’origine locale, provenant directement d’un apiculteur car en butinant les fleurs pour le produire, les abeilles les ont aussi pollinisées et cela a été bénéfique pour nos amis agriculteurs, maraichers, arboriculteurs comme pour la biodiversité. N’oublions pas que les abeilles et les pollinisateurs engendrent 35 % des ressources alimentaires mondiales…En outre, ce miel n’a pas voyagé depuis l’autre bout de la planète…

Il faut dès lors,  bien lire l’étiquetage et privilégier les miels dont l’origine du pays est clairement indiquée (France, Italie, Hongrie,  Espagne…)  Les miels issus de mélanges de miels de la communauté européenne ont une traçabilité moins précise. Quant aux miels issus de mélanges de miels d’origine intra et extra communautaire, c’est sûr, ils viennent bien de la planète terre mais d’où et comment…

Existe-t-il des risques sanitaires liés à ce miel frauduleux ?

A priori non. C’est un peu comme si vous mangiez un sirop épais. Cela parfois un peu écœurant. Mais c’est surtout dommage car en raison de l’absence de qualité,  cela peut détourner les gens du miel et des produits de la ruche qui sont des produits fabuleux, naturels et authentiques.

Entre le miel  récolté par les abeilles dans les rayons et le miel qui est sur votre table au petit déjeuner, il n’y a aucune différence. Lors de l’extraction, l’apiculteur n’a rien retiré et n’a rien ajouté.  Et les miels sont riches en oligo éléments, en flavonoïdes, en vitamines rares…

Propos recueillis par Manon Hombourger

 

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