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Skype fête ses 10 ans cette semaine.
Skype fête ses 10 ans cette semaine.
©Reuters

Bon anniversaire !

10 ans de Skype : ces changements que le logiciel pourra encore apporter ces dix prochaines années

Skype a bouleversé notre façon de communiquer. Aujourd'hui chahuté par la concurrence, le logiciel qui permet de passer des appels gratuitement sur Internet doit se renouveler s'il veut garder sa place.

Bertrand Duperrin

Bertrand Duperrin

Bertrand Duperrin est directeur au sein du cabinet Nextmodernity et blogeur. Il est un des spécialistes français de l’évolution conjointe des modes de travail et des technologies.

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Atlantico : Skype fête ses 10 ans cette semaine. Ce programme a en partie révolutionné les modes de communication. Il a notamment modifié les liens sociaux entre les générations. Quelles sont ses perspectives d'avenir ?

Bertrand Duperrin : Skype a en effet réussi à réunir les générations et au delà de la qualité technique du produit c'est sa capacité à sortir de la sphère des Geeks et des early adopters qui a fait une grande partie de son succès. Moins clivant que d'autres solutions en termes d'image ou de clientèle, disponible sur de multiples environnements, permettant d'appeler des téléphones "normaux" à prix modique, c'est son caractère ubiquitaire tant en termes techniques qu'en termes de population qui en a fait un acteur incontournable.

Maintenant, on sait bien qu'aujourd'hui un leader qui se repose sur ses lauriers peut sortir d'un marché en moins d'un an et le plus dur pour Skype sera de durer. Il n'a plus guère de publics à convaincre depuis qu'il a récupéré la base MSN. A la marge, il reste les populations encore réfractaires à ce type de téléphonie et, surtout, les nouvelles générations qu'il va falloir convaincre de rejoindre le gros du troupeau alors qu'ils aiment se différencier et adopter leurs propres standards. Mais encore faut il qu'une alternative offrant vraiment quelque chose de différent en terme de produit voit le jour, mieux qu'une copie améliorée. Le facteur culturel jouera également un rôle le jour ou Skype ne sera plus aussi "cool" qu'avant, sera rentré dans le rang. A ce moment, les early adopters pourront aller ailleurs et les jeunes ne jamais y venir. Mais un renversement brutal n'est pas envisageable : faute d'intéropérabilité, on ne peut pas quitter un service en y laissant son réseau si celui-ci ne suit pas

En termes de marché ensuite. Tenant le grand public et une partie des professionnels à titre privé, la nouvelle marche sera l'entreprise. Le marché PME voire ETI existe. Pour les grands comptes, l'offre n'est pas adaptée et en plus Microsoft dispose déjà d'un produit très compétitif. Le potentiel existe donc mais il n'est pas infini et ce sont des marchés qui restent spécifiques.Peut-être que le vrai challenge de Skype sera la monétisation du service. Ce qui crédibilise la cible entreprise, à condition de proposer une réelle valeur ajoutée.

Quelle pourra être sa place future dans les entreprises et dans le monde du travail ? Quels secteurs doit-il privilégier ?

Comme nous l'avons dit skype n'est pas adapté au monde de la grande entreprise même s'il y fait une carrière intéressante "sous le radar". Mais les contraintes d'intégration et de sécurité peuvent rapidement en avoir raison. Mais il doit moins cette carrière à ses propres qualités qu'au retard pris par les entreprises dans le déploiement de solutions efficaces et simples d'utilisation et à la difficulté des éditeurs de proposer une offre entreprise aussi simple et conviviale.

La cible de skype sera davantage la TPE/PME même si dans de nombreux cas il est déjà un standard de fait. Faute d'alternative le salarié amène déjà ses propres applications au travail. Par contre, Skype peut encore largement progresser en devenant une solution "officielle" fortement intégrée à un environnement de travail cloud MicrosoftEt bien sûr, Skype restera l'outil privilégié de la petite structure ou travailleur indépendant. Là encore, faute de combattant crédible et installé en face, c'est l'usage personnel qui dictera l'usage professionnel.

WhatsApps, Viber sont des concurrents solides, comment Skype peut-il garder sa position de leader dans les dix prochaines années ? 

Skype a des alternatives mais pas de concurrents. En tout cas pas à moyen terme. Les alternatives ne proposent pas un service tellement différenciant qu'il entraine un changement de plateforme. On peut changer de fournisseur mail de manière indolore et transparente, quitter Skype signifie perdre une partie de ses contacts à l'esprit moins aventureux. L'inertie dû au besoin de réunir une masse critique est une barrière à l'entrée sérieuse, indépendamment même de la qualité du produit. C'est un peu comme changer d'opérateur téléphonique si on ne pouvait s'appeler d'un réseau à un autre : oui on peut changer mais on garde un abonnement dans chaque monde. C'est vital. D'autant plus que si Skype a du succès chez les seniors, c'est une population qui ne changera pas de plateforme sur un coup de tête. Donc les familles resteront sur Skype au moins pour garder le contact. Dans cette perspective, les alternatives sont davantage des solutions de complément que des alternatives réelles.

Alors bien sûr, le marché peut se rééquilibrer mais pas jusqu'à faire tomber Skype de son piédestal. Le plus grand danger de Skype…c'est Skype : ils ont plus à craindre de leurs erreurs que des autres.

Son succès peut-il s’essouffler comme celui de MSN à l'époque ? Quelle technologie pourrait le remplacer ? 

Et bien justement c'est là que Skype est son pire ennemi. En devenant un produit Microsoft, l'outil change d'image. Moins "cool", moins indépendant : cela peut entrainer une désaffection progressive qui touchera d'abord les nouveaux utilisateurs (ceux qui se créent leur premier compte et pour qui Skype ne serait plus le premier choix) puis les anciens. Le second risque est la perte de son potentiel d'innovation qui affaiblira et le produit et son image, avec les mêmes conséquences et principalement pour les mêmes causes. L'intégration de Skype dans la galaxie Microsoft est, de ce point de vue, un facteur qui sera primordial. Si cela conduit à une sclérose, les choses peuvent vite changer. Image et capacité à innover sont ce qui fera que Skype finira comme MSN ou pas.

Les Google Glass ou autres montres intelligentes ne sont pas, par contre, un réel danger. Ce ne sont que des périphériques sur lesquels, par contre, Skype devra exister et être utilisable. A la limite, ces outils peuvent même être les leviers de croissance à moins qu'ils mettent en avant l'utilisation d'une technologie maison concurrente de Skype. Possible mais guère évident, même venant de Google ou Apple : l'utilisateur n'appréciera pas d'avoir un service de référence différent selon le périphérique qu'il utilise et il y a de fortes chances que les autorités veillent à ce que la concurrence ne soit pas faussée à ce niveau. A moins que ces services proposent d'un seul coup quelque chose de radicalement innovant, une " killer feature " qui ferait basculer le marché avec un effet d'entrainement fort. Là encore c'est donc une affaire d'innovation. Sans surprise finalement...

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