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"Tumulte" de John Harris Dunning : Poupées russes et psychopathes
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"Tumulte" de John Harris Dunning : Poupées russes et psychopathes

La BD d'aujourd'hui tape de plus en plus dans le "dur". Témoin cet album, sur les troubles de la personnalité multiple, construit autour du personnage de Leila, crédible et attachante.

Dominique  Clausse pour Culture Tops

Dominique Clausse pour Culture Tops

Dominique Clausse est chroniqueur pour Culture Tops

Voir la bio »

LU PAR DOMINIQUE CLAUSSE

 

BANDE DESSINEE

TUMULTE

Scénario :  John Harris Dunning, dessin : Michael Kennedy

Ed. Presque Lune

178 pages

 25€

 

RECOMMANDATION 

            EXCELLENT

 

THEME

"Tumulte" est une histoire à la fois brillante et déroutante. Brillante, car elle met en place une trame complexe et captivante, l’histoire de la rencontre d’Adam, un metteur en scène désabusé de clips vidéos, et d’une jeune femme étrange, Leila, dont l’esprit renferme des personnalités multiples. Et déroutante, car le récit semble parfois obscur, et le graphisme pas toujours à la hauteur de l’ambition du scénario.

C’est, en tous cas, l’occasion de découvrir en BD ce phénomène dont la littérature et le cinéma se sont souvent emparés: le trouble de la personnalité multiple. C’est une maladie psychiatrique qui prend sa source dans un traumatisme de la petite enfance, dont le malade se protège en créant des personnalités distinctes qui endossent chacune une partie du fardeau. Un des héros emblématiques de cette maladie est Norman Bates, le héros de « Psychose », d’Alfred Hitchcock, qui avait absorbé la personnalité de sa mère. Dans le film « Split », sorti en 2017, Night Shyamalan, le metteur en scène, montrait la lutte d’un jeune homme en proie à plus de 20 personnalités.

Leila, elle, a quatre personnalités « stables » et une cinquième plus dangereuse. Adam, par amour pour Leila, va enquêter sur cette cinquième personnalité, et cela va constituer la trame de cette BD, plutôt inclassable. Est-ce une BD d’espionnage, car Leila apparaît manipulée par des puissances militaires, une BD polar, car des meurtres étranges jalonnent ce récit, une BD psychologique sur la vie intérieure de Leila ? Ou un peu de tout ça ?

 

POINTS FORTS

Le processus narratif est très élaboré et demandera au lecteur beaucoup d’attention et de concentration. Mais ces efforts seront facilités par de jolies trouvailles des auteurs. Par exemple, pour aider le lecteur à s’y retrouver dans les différentes trames qui constituent ce récit, les auteurs les identifient par des couleurs différentes de cases de commentaires : le jaune correspond au récit principal, le mauve indique l’histoire psychotique de Leila, l’orange nourrit le cadre politique, … Cet artifice, lorsqu’on l’a identifié, aide à la fluidité de la lecture.

Dans la même idée, ils ont opté pour un style graphique très particulier pour tous les épisodes où les personnalités multiples de Leila se retrouvent entre elles. C’est un hommage très réussi aux BD américaines des années 50.

Enfin, pour alléger la tension créée par le récit, ils ont créé un personnage secondaire, Marek, colocataire d’Adam et critique de cinéma, qui rythme le récit par des insertions érudites et amusantes sur des films mythiques des années 80 (Die Hard, Rocky, Terminator,…).

Le style graphique du dessinateur, Michael Kennedy, permettra de faire la transition entre les points forts et les points faibles de cette chronique. En point fort, il a un graphisme très épuré, et très expressif, avec un travail sur les cadrages impressionnant et rempli d’originalité.

 

POINTS FAIBLES

Mais ce graphisme manque de précisions, les personnages sont assez mal caractérisés et les décors apparaissent pour le moins sommaires.

L’autre point faible est une maîtrise fluctuante des différentes trames du récit. Deux exemples : je n’ai toujours pas compris à quoi servent les 30 premières pages, en dehors, peut-être, de la mise en scène de trois cartes du Tarot, qui rythment ensuite l’histoire d’Adam. D’autre part, de façon assez flagrante, la partie de l’histoire qui suit la trame d’espionnage apparaît bâclée, comme si elle n’était qu’un prétexte à mettre en scène la personnalité de Leila.

 

EN DEUX MOTS

UNE VISION GRAPHIQUE ORIGINALE ET PLUTOT REUSSIE DU TROUBLE DE LA PERSONNALITE MULTIPLE

Il faut lire cette BD surtout pour découvrir le personnage féminin de Leila. C’est la grande force des auteurs que de l’avoir rendu crédible et attachante. La couverture de l’album dit tout sur cette réussite. L’originalité graphique de ces poupées russes qui s’emboîtent les unes dans les autres, jusqu’à la dernière, la plus petite et la plus difficile à découvrir, suggère bien l’intérêt que le lecteur pourra trouver à suivre cet (ou ces) étrange (s) personnage (s).

Ce tandem d’auteurs britanniques mérite d’être découvert et apporte une belle originalité aussi bien de fond que de forme, dans la façon de conduire leur récit. On leur pardonnera les quelques maladresses évoquées ci-dessus, car elles ne constituent pas un frein au plaisir du lecteur. Finalement, le titre résume tout, cette BD est un tumulte, quelque chose de bruyant et de désordonné, mais qui ne nous laisse pas indifférent.

 

UNE IMAGE

LES AUTEURS 

(d’après BDGest)

John Harris Dunning est l’auteur du roman graphique Salem Brownstone. Il est l’instigateur et le commissaire de la plus prestigieuse exposition de bande dessinée organisée en Grande-Bretagne Unmasked : Art and Anarchy in the UK à la British Library. Il a écrit pour GQ, Esquire, Dazed, iD, The Guardian et Metro.

Michael Kennedy est un caricaturiste de Tamworth, dans le Staffordshire. Il est l’artiste de Spiritus from Vault Comics et a produit des bandes dessinées dans la presse et sur la scène indépendante. Tumulte est son premier roman graphique.

 

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