Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture

Atlanti Culture

"Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon" de Jean-Paul Dubois (Prix Goncourt 2019) : un roman décalé bourré d’humour acide et de tendresse

Comment un homme vertueux se retrouve en prison ? Le livre le plus abouti de Jean-Paul Dubois. L'auteur vient d'obtenir le prestigieux prix Goncourt 2019 en ce lundi 4 novembre.

Marie De Benoist pour Culture Tops

Marie De Benoist est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

 

 

Voir la bio »

"Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon"

De Jean-Paul Dubois

Edition de L’Olivier, 256 pages. 

 

RECOMMANDATION

En priorité

 

THÈME

Paul Hansen, fils d’une toulousaine et d’un pasteur danois, nous raconte son histoire singulière. Après une vie exemplaire, le voilà en prison à Montréal avec un Hells Angel, « un homme et demi » tatoué, qui a sans doute du sang sur les mains et qui veut couper en deux la moitié de l’humanité ! Contre toute attente, ce duo improbable fonctionne à merveille. Malgré la promiscuité éprouvante de leur cellule minuscule, ils vont se parler, se comprendre et même se confier l’un à l’autre : à l’existence ordinaire de l’un répond la vie cabossée de l’autre. Paul remonte le fil du temps depuis son enfance plutôt heureuse à Toulouse entre un père rigide, tout en restant bienveillant, et une mère distante,  passionnée de cinéma. Puis tout bascule quand ses parents divorcent à cause d’un mauvais film, Paul suit le pasteur au Canada et, après quelques péripéties, devient « superintendant » d’un immeuble à Montréal. Pendant vingt-six ans, il se dévoue corps et âme aux soixante-huit résidents de l’Excelsior. Comment alors se retrouve-t-il condamné à deux ans de prison ferme ? Le lecteur l’apprendra à la fin du livre.

 

POINTS FORTS

• Paul, le narrateur, au prénom-fétiche pour ceux qui connaissent l’œuvre de Jean-Paul Dubois : altruiste et serviable sans jamais perdre sa dignité, ni sa liberté, il aime les gens à qui il se rend indispensable en trouvant une solution à n’importe quel problème. Sa vie modeste de factotum lui suffit, mais il ne supportera pas d’être humilié injustement.

• Son codétenu, une brute épaisse : il terrorise tout le monde, alors qu’il est paniqué par les souris et qu’il peut se montrer sentimental.

• Les trois êtres préférés de Paul : - son père, le pasteur, austère par sa fonction, reste un modèle de tolérance. En proie aux doutes, il finit par perdre la foi et s’étourdit en jouant aux courses ou à la roulette, tout en dilapidant l’argent de son église méthodiste. - Winona, une femme exceptionnelle, à moitié algonquine et à moitié irlandaise, loyale, joueuse, lumineuse, elle offrira à Paul onze ans de bonheur. - sa chienne Mouk qui comprend tout.

• des thèmes chers à l’auteur comme la solitude, l’importance du père, l’amitié salvatrice, la fraternité, les mystères de l’amour, la dégradation d’une époque, symbolisée ici par un odieux personnage, apôtre de la nouveauté à tout prix, un tueur, en fait …

• le goût des détails techniques indiqués avec exactitude comme la NSU Ro 80 au moteur rotatif, l’orgue Hammond ou le Beaver, hydravion piloté par sa femme.

• un ton décalé inimitable grâce à un mélange d’humour acide et de tendresse, qui permet à l’auteur d’évoquer des moments tragiques sans jamais tomber dans la tristesse ou la noirceur.

 

POINTS FAIBLES

• Je n’en vois pas.

 

EN DEUX MOTS 

Tout sonne juste dans ce roman captivant, drôle et profond, écrit d’une plume élégante et alerte.  Le lecteur retrouve avec délectation l’univers si particulier de Jean-Paul Dubois : de Toulouse au Canada en passant par le nord du Danemark, il plonge ses personnages aux comportements imprévisibles dans des situations cocasses, en portant sur eux un regard ironique et indulgent ; il sait aussi susciter avec une humanité touchante l’émotion ou la mélancolie à travers les drames de la vie. Voilà sans doute le livre le plus abouti de cet auteur si modeste et si discret, qui mérite vraiment un prix et pourquoi pas le Goncourt ?

 

UN EXTRAIT

Winona, « cette personne auprès de laquelle j’ai toujours essayé de me tenir droit … Elle possédait le don de révéler la meilleure part de chacun. » p.225

 

L'AUTEUR

Né à Toulouse, en 1950, Jean-Paul Dubois publie depuis trente ans des romans à succès, comme Kennedy et moi, prix France Télévisions 1996,  Une vie française, prix Femina 2004, Le Cas Sneijder (2011)  et La Succession (2016).

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !