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"Nature humaine" de Serge Joncour : un roman magnifique, quand l’amour de la terre est plus fort que tout

Serge Joncour a publié "Nature humaine" aux éditions Flammarion.

Marie De Benoist pour Culture Tops

Marie De Benoist est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

 

 

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"Nature humaine" de Serge Joncour

Flammarion. Sortie le 19/08/2020 , 400 pages, 21 euros

 

RECOMMANDATION
Excellent

 

THEME
Alexandre Fabrier se prépare à « être le fils sacrificiel, celui qui endossera(it) le fardeau de la pérennisation » de la ferme des Bertranges, perdue dans le Lot, après quatre générations.  De l’été 1976 caniculaire à la tempête de décembre 1999, il se voue corps et âme à cette terre, son « paradis », contrairement à ses trois sœurs, attirées irrésistiblement par la ville. Il va affronter tous les changements radicaux qui bouleversent l’agriculture : le productivisme, l’obligeant à abandonner la culture du safran ou du tabac, non rentables, l’élevage intensif de nombreuses vaches à vendre aux supermarchés, les normes et les contraintes environnementales multiples, sans oublier la menace de la construction d’un viaduc autoroutier. Il faut s’adapter à ce nouveau monde ou mourir ! Par sa sœur Caroline, étudiante à Toulouse, il rencontre un groupe de militants antinucléaires, dont fait partie Constanze, une ravissante allemande de l’Est, blonde et souriante.

Prêt à tout pour la revoir, il accepte de livrer de l’engrais (ammonitrate) à ces activistes dangereux. Les années passent  alourdies par les difficultés du métier agricole. Alexandre, toujours seul, reste soumis aux apparitions de loin en loin de celle qu’il croit être la femme de sa vie. Elle est partie dans une ONG en Inde, alors que lui n’envisage son rôle qu’aux Bertranges. Parviendra-t-il à obtenir une déviation de l’autoroute grâce au secret du vieux Crayssac ?

 

POINTS FORTS
• Alexandre, le personnage principal, incarne au mieux une génération charnière entre deux mondes, l’ancien, protecteur et rassurant, et le nouveau, menaçant et instable. Son attachement viscéral à son domaine, dont il connaît, admire et aime les moindres recoins, lui donne sa force de caractère et l’oriente vers des choix exigeants, tandis que ses oscillations entre espoirs et doutes à propos de Constanze, fuyante, égoïste et finalement cruelle, trahissent une certaine fragilité sentimentale. Courageux, déterminé, sincèrement  engagé dans des conflits familiaux et administratifs, il est habité aussi par les peurs et les angoisses. Il craint de ne pas être à la hauteur des objectifs qu’il se fixe.

• Le vieux Crayssac, un personnage secondaire savoureux très réussi, surnommé le Rouge, est un rebelle. Chevrier à l’ancienne, il a combattu au Larzac, mais se méfiera, grâce à son bon sens paysan, des combats trop violents contre le nucléaire.

• Ce récit rétrospectif nous plonge dans les années Giscard, Mitterrand, Chirac, marquées par le progrès, qui transforme le monde agricole au quotidien avec le téléphone sans fil ou les courses à Mammouth, et plus profondément , avec la mondialisation des échanges, la construction des autoroutes et des centrales nucléaires, - la catastrophe de Tchernobyl est évoquée comme un coup de tonnerre-.

 

POINTS FAIBLES
• Des lecteurs s’interrogeront sur la persévérance entêtée d’Alexandre à l’égard de Constanze, alors qu’il la voit lucidement « comme un oiseau de malheur. »

 

EN DEUX MOTS
En s’inspirant de son enfance, Serge Joncour nous propose ici l’un de ses meilleurs romans. Il maîtrise son sujet, car il connaît mieux que personne cette vie paysanne dans ces coins perdus. La solitude et l’enracinement d’Alexandre envers et contre tout nous valent des pages magnifiques, dans lesquelles il décrit sa terre, son odeur, ses couleurs, sa poésie sensuelle. Au fond, seule cette « nature humaine » tant aimée le comble de bonheur.

 

UN EXTRAIT
« Ce décor c’était elle, en tout cas il lui ressemblait, il inspirait la même liberté, la même simplicité originelle, la même fraîcheur. C’était beau ici. » p.214

« il devait sans cesse se battre pour protéger son coin de paradis, il était en permanence réquisitionné par l’angoisse, comme s’il n’était pas seulement responsable de son bout de territoire mais de la Terre tout entière. » p.337

 

L'AUTEUR
Né en 1961, Serge Joncour est un auteur reconnu. Il a publié une dizaine de romans dont L’Idole (2005), L’Amour sans le faire (2012), L'Écrivain national, prix des Deux Magots 2014, Repose-toi sur moi, prix Interallié 2016 et Chien-Loup (2018).

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